Nas : son album "Life is good" à la loupe

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 18/07/2012 à 14H43
Nas sur la pochette de "Life is good".

Nas sur la pochette de "Life is good".

© Def Jam

Après quatre ans d'absence, marqués notamment par son divorce avec la chanteuse Kelis, l'une des plus fines lames du hip-hop américain remet son titre en jeu avec "Life is Good", son onzième album studio, produit en grande partie par Salaam Remi et No I.D. Comment s'en sort-il sur le ring ? Les uppercuts ciblent juste et les crochets du doit sont légion mais au coeur du match, de grosses erreurs de jugement manquent de le mettre à terre.

Une pochette qui en dit long : D'habitude, lorsque la pochette d'un disque est évoquée d'emblée, il est à parier que le journaliste est à cours d'inspiration sur la musique. Cette fois, on peut s'y attarder deux minutes. La robe verte que Nas porte en travers de ses genoux est la robe de mariée de Kelis, dont il a divorcé en 2009 dans l'amertume après presque 5 ans de mariage. Nas a précisé qu'il ne savait que faire de cette robe, oubliée par Kelis lors de son déménagement, et avait pensé un temps à la brûler. Ambiance. L'un des titres les plus intimes de "Life is Good", "Bye Baby", concerne d'ailleurs la rupture (voir ci-dessous).

Le passé continue de le hanter : "Je veux être la voix des jeunes en détresse des ghettos, la voix de la rude Amérique urbaine", déclarait Nas à ses débuts, en 1994. Dix-huit ans ont passé et Nas atteint maintenant la quarantaine. Ses préoccupations et ses fréquentations ont un peu changé, mais il évoque toujours, notamment dans "A Queens Story" et "Accident Murderers" (en duo avec Rick Ross), la cité du Queens de sa jeunesse et les complices de galère qui n'ont pas eu comme lui la chance de "passer entre les gouttes" et ont souvent fini prématurément six pieds sous terre. Il se souvient aussi dans "Back When" de comment tout à commencé pour lui, au 5e étage d'un appartement d'où il avait une vue aérienne imprenable sur sa cité oubliée des dieux de Queensbridge (Queens, New York). Le tout dans son formidable style imagé et avec le phrasé fluide qui le caractérisent. 

Nas "The Don"

Deux titres très personnels : nous le disions donc, Nas atteint la quarantaine. Sa vie a changé. Et comme tout rappeur d'excellence, il continue à parler de son environnement, des bons comme des mauvais aspects. Dans "Daughters", il évoque sa fille Destiny, 17 ans, et partage ses doutes de père aux prises avec l'éducation d'une enfant lucide, déjà amoureuse d'un garçon derrière les barreaux, pas prête à se laisser donner des leçons par un géniteur loin d'être un saint (vieilles histoires de rapines, fumette, inconstance avec les femmes...). Sur "Bye Baby" il revient avec amertume mais sans animosité sur le naufrage de son mariage avec la chanteuse de R&B Kelis. "Je pensais que rien ne pourrait nous arrêter... J'étais ton Johnny Depp, tu étais ma Janis Joplin". .. "Au moins je peux dire que j'ai essayé (le mariage) et apprécié l'aventure", conclut-il en soulignant sa fierté d'être le père de l'enfant de Kelis, qui n'était pas encore né lors de la séparation.

"Daughters" live à Paris le 4 juillet (vidéo amateur)
Un quatuor de titres FM sirupeux qui gâchent la fête : A ses débuts, Nas se disait "écoeuré" de voir des légendes du rap se fourvoyer "dans des trucs limite R&B pour conquérir de nouveaux marchés" et se posait en gardien de la flamme. Aujourd'hui, il est de toute évidence moins regardant. Au point qu'il y cède carrément le coeur de son album. En plein milieu, exactement,  alors que brillent de part et d'autre 5 excellents morceaux, ont été placées quatre chansons odieusement racoleuses qui empêchent ce disque d'être le diamant brut qu'il aurait dû être. Seul "World's an addiction" avec le chanteur soul Anthony Hamilton aurait pu passer. Mais "Reach Out" avec Mary J Blige, l'atroce "Summer on Smash" avec Swizz Beatz ainsi que "You Would'nt Understand" avec Victoria Monet sont à oublier d'urgence. Un jour, il faudra que Nas nous explique...

Un morceau avec Amy Winehouse : Que ceux qui n'ont jamais été touchés par la voix d'Amy Winehouse jettent la première pierre. Enregistré en 2008, "Cherry Wine" est le frère du duo "Like Smoke", qui figurait sur l'album posthume de Amy Winehouse "Lioness Hidden Treasures" sorti fin 2011. Comme lui, il  a fait l'objet d'un habile redécoupage-remontage par l'orfèvre Salaam Rémi (producteur de Amy comme de Nas). Et témoigne dignement de l'amitié qui unissait les deux artistes nés tous deux un 14 septembre. Il l'appelait "ma petite soeur", elle avait rendu hommage à son rappeur préféré dans sa chanson "Me and Mr Jones". Craquant. 

Deux bijoux cachés : Sur l'édition Deluxe de l'album, on trouve quatre morceaux en supplément. "Nasty", sorti en éclaireur à l'automne dernier, et qui ne figure pas sur l'album "normal" (une absence absolument incompréhensible), est un must. Mais il est possible de l'acquérir à part et on vous le recommande car les autres titres de la version Deluxe sont dispensables. Reste le bonus track de la version iTunes, "Trust", un titre dépouillé, loin d'être sur-produit, qui peut faire penser à une démo mais vaut néanmoins le détour. 

'Nasty" de Nas
"Life is Good" de Nas (Def Jam) est sorti le 17 juillet