Menace sur les clubs techno berlinois : manifestations

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 06/09/2012 à 17H04
Dj SST au Watergate , club mythique de Berlin.

Dj SST au Watergate , club mythique de Berlin.

© Enters/Imago/Sipa

Depuis des mois, les clubs technos de la capitale allemande tirent la sonnette d'alarme : la réforme qui prévoit d'augmenter massivement les droits d'auteur pour les discothèques risque de conduire nombre d'entre elles à mettre la clef sous la porte. Le monde de l'électronique et de la fête, très dynamique en Allemagne, se mobilise. Jeudi, plusieurs milliers de personnes ont défilé jeudi dans les grandes villes allemandes contre cette loi censée entrer en vigueur en janvier prochain.

A Berlin, les manifestants se sont rassemblés sous les fenêtres de la Gema, la société allemande qui gère les droits d'auteurs et veut introduire cette nouvelle taxe pour les clubs, bars et discothèques. A ce titre, les clubs devront verser 10% du prix de chaque entrée.

Accompagnés par des chars diffusant de la musique façon Love Parade, les manifestants arboraient des pancartes et autocollants tels que : "La musique ne doit pas devenir un luxe !" ou "la Gema, l'histoire d'une exploitation musicale".

Le Berghain dénonce une "dictature des prix"
Selon les responsables du Berghain, lieu emblématique du clubbing berlinois qui attire des milliers de clubbers du monde entier chaque week-end, ce nouveau système de tarification pourrait se traduire par une augmentation de " jusqu'à 1.400% des droits" reversés à la Gema, "menaçant de nombreux clubs dans leur existence même".

"Beaucoup de clubs vont devoir fermer ou devront augmenter massivement leur prix d'entrée et de nombreux clients ne pourront plus se permettre de 'clubber'", soulignent-ils, en évoquant "la dictature des prix" de la Gema. La rumeur a couru cet été que le Berghain, installé dans une ancienne centrale thermique, allait devoir fermer. Il n'en est rien. En revanche, ses responsables ont dû renoncer pour raisons financières à leur projet d'ouverture d'un espace culturel attenant.

Tous les grands noms de la fête berlinoise mais aussi les établissements plus modestes s'élèvent contre le nouveau système. Une pétition contre la réforme adressée au Bundestag a déjà recueilli 286.000 signatures depuis avril.

"La Gema affirme défendre les auteurs mais avec ces nouveaux tarifs, beaucoup d'entre eux ne pourront plus se produire dans les clubs" qui n'auront plus les moyens financiers de les inviter, explique Michael Beyer du collectif "Sauver la culture". D'autant qu'avec la chute des ventes de disques, les artistes vivent désormais essentiellement de leurs prestations live ce qui a fait s'envoler les prix des cachets ces dernières années.

Les arguments de la Gema et de ses partisans
De son côté, la Gema assure que cette nouvelle tarification est "plus transparente et compréhensible" et qu'elle se traduira pour les discothèques de petite surface et au prix d'entrée modéré par de "nettes réductions" des droits à reverser. Certains assurent en outre que les clubs berlinois sont suffisamment rentables pour "digérer" la hausse des tarifs.

"Certains clubs ouvrent sans discontinuer du vendredi au lundi à la mi-journée", explique un DJ renommé, qui a requis l'anonymat, dans le quotidien Süddeutsche Zeitung. "Durant un week-end pareil, il vient dans chaque grand club de Berlin jusqu'à 2.000 personnes. Ils font au moins 50.000 euros de recettes si ce n'est pas le double", selon lui.

"Je ne supporte plus d'entendre les lamentations des clubs (...) C'est du mensonge. C'est hallucinant ce que les grands clubs berlinois font comme argent", affirme-t-il.

La Gema, qui représente quelque 66.000 auteurs, est considérée dans le milieu comme l'une des plus virulentes société des droits d'auteur européenne. Elle mène notamment un combat contre la plateforme de diffusion de vidéo YouTube et a obtenu en justice qu'il efface de ses serveurs des vidéos musicales dont les droits sont protégés en Allemagne.