Laurent Garnier fait le point : album, live et rêves de cinéma

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 12/07/2012 à 18H18
Laurent Garnier et Scan X (au second plan) à Marseille Rock Island le 29 juin 2012

Laurent Garnier et Scan X (au second plan) à Marseille Rock Island le 29 juin 2012

© Laure Narlian / FTV

Revenu à l'ivresse du dance-floor après quelques années de digressions techno-jazz, Laurent Garnier est en tournée depuis des mois en formation trio avec son équipe LBS (L comme Laurent, B comme Benjamin et S comme Stéphane). Au récent festival Marseille Rock Island, fin juin, où il a retourné la foule avec un live généreux et puissant, le plus accompli des dj techno français a pris le temps de nous parler de ses projets, de son album en préparation et des soucis de santé de son complice Benjamin Ripert. Mais aussi de ses désirs de cinéma et de ce qui le fait danser.

Où en es-tu de  ton album ? Tu étais censé te claquemurer pour y travailler à partir du mois d’avril…
Laurent Garnier : Je me suis enfermé mais pas pour l'album : pour faire la musique d'un documentaire sur le sport, « Play», qui m’a demandé quatre mois de travail 24h sur 24. Ca a été compliqué, fastidieux, excitant : au total il y a 40 morceaux, 70 minutes de musique... Avec Stéphane (Scan X), nous avons été beaucoup plus loin que ce qu’ils attendaient de nous et je crois qu’on les a un peu étonnés. Certains disent qu’on a réinventé la façon de faire de la musique pour les documentaires... Nous avons travaillé l’image à la seconde près. Ca a été compliqué parce qu’ils changeaient le montage des images tout le temps. Ils nous envoyaient des scènes le matin et le soir quand on renvoyait la musique, ils nous disaient bah non ca ne marche plus ! Mais je suis super heureux parce que le cinéma, je rêve de ca depuis toujours . Donc, oui, j’ai pris du retard par rapport à mon album. Mais s'il sort en janvier ou février 2013 plutôt que fin 2012, ce n’est pas très grave.

Qu’est-il arrivé à Benjamin Rippert qui n’est plus sur la tournée LBS avec toi et Scan X ?
Il a des problèmes cardiaques et il ne peut plus tourner. Nous étions en plein montage du film quand il m’a appelé de l’hôpital, il y a un mois et demi (c'est-à-dire mi-mai). Il peut continuer a travailler mais il ne peut plus dormir 3 heures par nuit, mal se nourrir et repartir en avion pour 12h de voyage. Il n’a plus le droit et il ne pourra plus jamais le faire, je pense.

Comment faites-vous sans lui pour la tournée ?
Il y a eu un mois de flottement. Avec Stéphane (Scan X)  nous nous sommes vus tous les jours et petit à petit, nous avons entièrement retravaillé le live. Sans Benjamin (qui était aux claviers) il a fallu remplacer tous les moments musicaux à deux et donc retourner en studio pour faire les mixes. Ca a été, là aussi, long et fastidieux. Nous nous étions donné le Sonar (festival barcelonais, mi-juin) comme date butoir pour décider de continuer ou d’arrêter LBS. Le Sonar a été génial donc on maintient LBS en tournée. Nous avons juste un peu réduit la longueur des sets : nous faisons trois heures au lieu de cinq avec Ben. Mais finalement tout ça nous a permis de faire plein de nouvelle musique. Donc ça vient, nous allons bientôt commencer à enregistrer.

Laurent Garnier et Scan X jouent "Jacques in The Box" à Marseille Rock Island, le 29 juin 2012

Peut-on considérer que l’hymne « Jacques in The Box » (sur le "Timeless Ep" sorti en avril chez Ed Banger) est représentatif de l’album à venir ?
Ce qui est sûr c’est qu’on est sur un esprit très dance-floor. Nous continuons à tester et expérimenter les morceaux grâce aux live de LBS. Tout est très fragile. Chaque soir les choses changent. On travaille tellement les morceaux que même ceux qui nous accompagnent en tournée sont perdus : d’une semaine sur l’autre ils ne reconnaissent plus les titres ! C’est plutôt positif. On arrive vers l’album. Ensuite, pour la tournée qui suivra, je voudrais faire un live qui ait de la gueule, avec de beaux visuels,  quelque chose de fort, avec des morceaux plus courts.

Y-a-t-il des chances que l’album sorte chez Ed Banger ?
On en parle. Mais je ne pense pas que la direction que je prends sur l’album convienne à Pedro (Pedro Winter, patron du label Ed Banger de Justice, Uffie …). Même s’il est toujours surprenant comme personnage. Musicalement, je comprends qu’il ait signé « Jacques in The Box ». Mais LBS ça reste quand même des morceaux très techno comme j’aime faire, avec de longues plages, assez tripées, j’emploierais presque le terme de psychédélique. Disons que j’aime bien prendre mon temps, j’aime que ce soit un peu mental, que ca fasse réfléchir et il y a beaucoup de ça dans ce qu’on enregistre en ce moment. Je doute que cette musique touche vraiment Pedro. Il sera en tout cas le premier auquel je vais soumettre la musique, et puis on verra. De toutes façons, que l’album sorte chez Ed Banger ou pas, nous ferons encore des choses ensemble avec Pedro. Il se peut aussi que je monte un label … Mais pour l’instant je vais commencer par prendre un mois de vacances.
Scan X et Laurent Garnier lors de notre entretien à Marseille Rock Island, juin 2012.

Scan X et Laurent Garnier lors de notre entretien à Marseille Rock Island, juin 2012.

© Laure Narlian / FTV
 Laurent Garnier rêve de cinéma…


Qu’en est-il du film adapté de ton autobiographie, « Electrochoc » ?
J’ai eu la productrice au téléphone ce matin, elle a été très occupée par des tournages ces deux dernières années mais elle est décidée à démarrer. Deux personnes écrivent actuellement le scénario, il me soumettront bientôt une première mouture et nous la retravaillerons ensemble.
As-tu prévu de jouer ton propre rôle dans ce film ?
Sur le projet tel qu’il est aujourd’hui, c’est moi qui jouerais mon rôle. Mais n’attendez absolument pas que le film soit fidèle au livre. Comment dire ? Ca va etre un film très actuel avec peut-être un personnage central à la recherche du passé et pour lequel le bouquin fera office de déclencheur. Nous allons partir d’une fiction pour aboutir sur des documentaires, voilà l’idée. Je ne veux pas trop en dévoiler car tout est encore susceptible de changer. En tout cas, c’est quelque chose de singulier et qui me plaît.

De toutes tes activités : composition, dj’ing, production pour d’autres, musiques de films, radio, quelle est l’activité que tu voudrais privilégier dans le futur ?
Sans hésitation le cinéma. Depuis toujours. J’ai 46 balais, alors après la tournée suivant le nouvel album, qui nous amènera vers 2015, je pense qu’il sera temps, peut être pas de tourner la page mais de faire d’autres choses, notamment dans le cinéma. Deux approches me plairaient : composer de la musique de films mais aussi travailler en tant que directeur musical avec des réalisateurs, un peu comme ce que fait Loïc Dury, ancien de Nova, avec Cedric Klapish. Sans me vanter, j’ai une bonne connaissance de la musique en général, c’est au-delà de la passion, c’est une obsession. J’écoute énormément de choses, depuis la musique africaine jusqu’aux sonorités chinoises, au rock et à la salsa, et je pourrais très bien aider des réalisateurs à faire des choix musicaux pour leurs films. J’aime travailler avec l’image. Quand tu vois les films de Tarantino, ses choix musicaux sont hyper forts, tu t’en souviens 20 ans après.

Laurent Garnier en tournée avec LBS Crew comme si vous y étiez

A Marseille Rock Island, tu joues après Brodinski et Gesaffelstein. Que t’inspire la jeune génération de dj’s ?
C’est bien de commencer à jouer avec eux car longtemps nous sommes restés un peu séparés. En mai aux Nuits Sonores, nous avons joué ensemble avec Agoria et Brodinski et c’était génial. On a beau être trois générations, je n’ai pas senti de différence. Quand j’écoute leur production, je ne me sens pas vraiment loin. Dans les raves il y a 15 ans, les mômes écoutaient aussi des choses super énergiques.  Je pense qu’on fait partie de la même famille. Plus généralement, j’ai l’impression que la scène musicale française, et pas que dans l’électro, est en train d’exploser en ce moment. Il y a dix ans, il n’y avait pas ce choix, cette abondance de propositions, d’énergie, et je pense qu’on n’a vraiment pas à rougir par rapport aux autres pays. C’est très excitant.

Ton métier est de faire danser. Mais qu’est-ce qui te fait bouger toi ?
Tout dépend du moment. J’ai fêté récemment mes 15 ans de mariage en compagnie d'une dizaine d’amis. Nous sommes montés tout en haut du Lubéron en 4x4, avec un groupe électrogène, du son et des super bouteilles de pinard. Or on n’a pas dansé sur les mêmes choses à 20h en regardant le soleil se coucher qu’à 2h du matin quand on avait 10 bouteilles dans le cornet. On a passé une soirée fantastique en débutant sur du Al Green, des trucs soul super chauds pour le soleil couchant, et puis une version de 10 minutes de « Gloria » des Doors. On a terminé en dansant sur Donna Summer et sur de vieux classiques de house parce que tard, tu finis toujours par revenir à ça.
Moi, ce qui me fait bouger ce sont soit des choses très énergiques dans le rock ou des trucs psychédéliques qui me font partir en voyage ou alors tout ce qui est très black et chaud, groove. Dans la musique que je joue, il y a toujours du groove, parce que je n’arrive pas à danser sur des trucs trop froids. Ce qui me fait danser, donc, c’est avant tout le bon choix au bon moment. Il y a de la musique pour chaque moment de la journée. Tu peux même danser sur un truc quasiment indansable si c’est la bonne heure. C’est ça en réalité notre métier : saisir le moment et arriver à le traduire avec un disque.
Scan X et Laurent Garnier à Marseille Rock Island, juin 2012.

Scan X et Laurent Garnier à Marseille Rock Island, juin 2012.

© Erica Simone
 Laurent Garnier poursuit sa tournée cet été : il est le 13 juillet à Ibiza (Pacha Club), le 14 juillet au Melt! festival à Liepzig (All), le 15 juillet à Novi Sadr (Serbie), le 19 juillet au Hartera festival (Croatie), 21 juillet au Monegros festival (Esp), le 16 août au Pukkelpop festival (Bel)