Dj et pasteur, Robert Hood, le père de la techno minimale, prêche en musique

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 11/11/2018 à 22H27, publié le 10/11/2018 à 12H31
Le Dj et prêtre Robert Hood "prêche et joue" dans une église de Berlin vendredi 9 novembre 2018.

Le Dj et prêtre Robert Hood "prêche et joue" dans une église de Berlin vendredi 9 novembre 2018.

© John MacDougall / AFP

Robert Hood, le père fondateur de la techno minimale et fondateur du mythique label "Underground Resistance", est devenu pasteur en 2009. Vendredi soir, platines posées sur l'autel illuminé de cierges, il a fait résonner dans une église luthérienne de Berlin un culte protestant entrecoupé de techno.

L'église de Kreuzberg a tremblé sous l'assaut des basses

Devant un millier de jeunes berlinois, accompagné par un choeur amateur de gospel, et de deux femmes pasteurs, le charismatique DJ américain, tout de noir vêtu, a pris possession de l'église Saint Thomas du quartier de Kreuzberg.

Aux premières notes, le bâtiment, l'une des plus vastes églises de la capitale allemande, en style néogothique de briques et dédié au culte luthérien, a tremblé sous la force des basses.

"Cette église est magnifique, je ne m'attendais pas à ce qu'il s'en dégage une telle énergie, je suis si heureux d'être là, j'ai rêvé de cet instant depuis des années", a lancé de sa voix caverneuse Robert Hood, à la foule debout, visiblement venue pour danser et voir le mythique producteur de Detroit, plus que pour prier. 

Le retour de la techno "minimale"

Robert Hood, 53 ans, considéré comme le père fondateur de la musique techno dite minimale, a régné sur les clubs les plus undergrounds de Detroit et Berlin avec son label "Underground Resistance". Et il continue de le faire régulièrement.
 
La techno dite minimale a émergé au début des années 1990 à Detroit, ville américaine considérée comme la rivale de Berlin pour les amateurs de musique électronique. Ce style, particulièrement répétitif, est actuellement plébiscité par la jeune génération de clubbers européens, attirée par la touche vintage de cette variante de la techno. 

Ordonné prêtre en 2009, Robert Hood, qui souligne que la house music dérive du gospel, dit avoir vécu un "éveil". "Dieu m'a dit littéralement "je veux que tu introduises un message gospel dans la musique", expliquait-il dans une interview à Rolling Stone en juin 2016. "Quand je suis derrière les platines, je suis à la chaire (de l'église). Je prêche un message d'amour - il passe juste par les fils électriques et les enceintes."

Robert Hood joue "We magnify his name" en 2016 au club Mondo Disco de Madrid

Mariage de house music et de voix gospel

Le DJ/pasteur a réalisé vendredi à Berlin un set mariant house et voix gospel, notamment avec son morceau phare "We magnify his name" (2011), mettant en transe aussi bien le public de jeunes clubbers que les fidèles plus âgés de la paroisse.

L'afro-américain Robert Hood, qui a quitté Detroit pour vivre en retrait dans la campagne de l'Alabama, a été ordonné pasteur en 2009, mais continue de produire une musique connue à travers le monde.  "Je vivais une vie loin de Dieu, comme un fils indigne, j'ai dû opérer une renaissance, dites le ensemble +renaissance+, a-t-il clamé, devant un public plutôt sceptique. 

Après ce "preaching and playing" à l'église, Robert Hood a pris les commandes de la nuit dans l'un des temples, cette fois-ci entièrement païen, de la techno berlinoise: le mythique club Tresor, connu pour ses sous-sols moites et ses fêtes longues de 48h. 
Robert Hood preaching and playing - affiche Berlin 9 nov 2018