Des islamistes attaquent des étudiants organisant un Harlem Shake à Tunis

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/02/2013 à 17H06, publié le 27/02/2013 à 15H21
Militant islamiste ayant participé à l'attaque de l'Institut des langues Bourguiba

Militant islamiste ayant participé à l'attaque de l'Institut des langues Bourguiba

© FETHI BELAID / AFP

Une dizaine de militants islamistes radicaux ont investi mercredi matin l'Institut des langues Bourguiba à la cité El Khadra de Tunis, provoquant une bagarre pour tenter d'empêcher la tenue d'une mise en scène du buzz planétaire en ligne "Harlem Shake" organisée par les étudiants. Des incidents ont également eu lieu à Sousse, plus au sud.

A l'arrivée des islamistes, accompagnés de femmes voilées, quelque 200 étudiants de l'Institut des langues ont commencé à scander "Dégage ! Dégage !", déclenchant des affrontements à coups de poings. "Nos frères sont tués en Palestine par les Israéliens, et vous, vous dansez !", a lancé l'un de ces militants, disant vouloir faire comprendre aux autres étudiants ce qui est "haram" (interdit) et "halal" (autorisé) en islam.
Tunis

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© Fethi Belaïd/AFP
Un autre homme, portant la barbe et une tenue militaire, a participé aux échauffourées, tenant à la main un cocktail Molotov qu'il n'a cependant pas utilisé. Finalement, les militants islamistes se sont retirés et les étudiants ont pu filmer leur "Harlem Shake". La chanson électro-dance Harlem Shake a déclenché un phénomène viral sur Internet, dont se sont emparés plusieurs dizaines de milliers d'internautes sur Youtube. Sur les vidéos de 30 secondes, on peut voir plusieurs personnes déguisées à outrance ou dénudées danser de façon frénétique.

La cité El Khadra de Tunis est un bastion de la mouvance radicale salafiste. De nombreuses pages proches de ce courant et d'autres groupes islamistes ont dénoncé le "Harlem Shake", le jugeant indécent et non conforme à l'islam. Cette manifestation festive est devenue, en quelques jours, un sujet épineux de discorde entre tenants de la morale islamique et jeunes laïcs.

"C'est un échantillon de ce qui se passe en Tunisie. Une minorité est prête à avoir recours à la violence pour imposer ses lois", a observé, auprès de l'AFP, Manoubia Ben Ghadahem, professeur de français. "La danse est un moyen d'expression et ça ne fait mal à personne ce genre de mises en scène, au contraire ça fait du bien!", explique sa collègue Imen Gamoudi.

Une polémique dans un contexte d'instabilité politique
La controverse du "Harlem Shake" intervient aussi en plein pourparlers sur la formation d'un nouveau gouvernement dirigé par les islamistes d'Ennahda après la démission du précédent dans la foulée de l'assassinat d'un opposant, pour lequel les autorités incriminent des salafistes.

Affrontements entre policiers et lycéens à Sousse
Par ailleurs, à Sousse (120 km au sud de Tunis), la tentative de lycéens d'organiser cette même danse a dégénéré en affrontements avec la police après que le directeur du Lycée concerné a interdit la mise en scène. "Certains lycéens ont essayé d'organiser (la danse) à l'intérieur du lycée, mais le directeur a refusé. Les étudiants se sont ensuite rassemblés devant l'établissement, près d'un hôpital et ont allumé des fumigènes", a expliqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Tarrouche. "Les forces de l'ordre ont voulu dialoguer pour qu'ils éteignent les fumigènes (...) mais ils ont refusé et ont jeté des pierres sur la police, blessant deux agents. Les forces de l'ordre ont été obligées de répliquer avec du gaz lacrymogène", a-t-il ajouté.

Prochain "Harlem Shake" vendredi
Une version du Harlem Shake, réalisée samedi dans la cour d'un lycée de Tunis, avait déjà provoqué la colère du ministre de l'Education, Abdellatif Abid, qui a ordonné une enquête. En réaction, le site de son ministère a été piraté et un appel a été lancé sur les réseaux sociaux pour la tenue d'un prochain "Harlem Shake" géant, vendredi, devant le ministère de l'Education.

Initiatives culturelles attaquées : des précédents en 2012
Au cours de l'été 2012, la mouvance salafiste tunisienne avait déjà pris pour cible des manifestations culturelles, attaquant notamment une exposition d'art à La Marsa, un évènement qui avait provoqué des émeutes dans plusieurs villes.