Oldelaf, de la drôlitude à la tristitude

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 25/06/2012 à 15H44
Oldelaf

Oldelaf

© DR

« La Tristitude, c’est quand tu marches pieds nus sur un tout petit Lego ». Depuis l’automne, Oldelaf fait le buzz avec sa « Tristitude » et continue d’empiler les briques sous ses pas. Un vent drôle et impertinent souffle sur la chanson française.

Peut-on faire carrière avec des chansons exclusivement humoristiques ? Cette question, Oldelaf - Olivier Delafosse de son vrai nom - l’a tournée mille fois sur son piano. Après dix ans de duo avec Monsieur D et aucun disque d’or, le chanteur a lancé son projet personnel. Le Monde est beau, un album plus « sérieux » et ambitieux. « Des chroniques sociales. La France en 2012. Un état des lieux indirect », comme aime à le définir Oldelaf. Un pari osé quand on s’est bâti une belle réputation avec Raoul mon Pitbull, Le café ou Nathalie mon amour des JMJ ? Non, car Oldelaf ne renie pas ses « chansons cons », au contraire, il veille seulement à ne plus brouiller les cartes. Son ton reste caustique et impertinent mais les chansons sont plus personnelles. « Si je fais une chanson débile, personne ne m'en voudra mais ça doit être contrebalancé par les chansons plus jolies. La Tristitude est encadrée par d'autres chansons plus sérieuses qui crédibilisent mon travail et mon personnage. Ce n'est pas une connerie de plus. »


« Henri Dès Métal »

Le premier virage d’Oldelaf date du printemps 2008. A l’époque, son deuxième Monsieur D lui annonce qu’il arrête l’aventure. Depuis quelques mois, Milan Jeunesse veut lancer une nouvelle collection (Tintamarre) pour faire chanter nos chers bambins. L’éditeur a eu vent de l’univers décalé du chanteur. Une proposition de conte musical pour enfant l’attend sur un coin de son bureau. Sonné par ce mauvais coup de D, Oldelaf se jette dans l’écriture de « Bête et méchant ». Une révélation ! « Quand le 2e Monsieur D m'annonce qu'il arrête (ndlr : elles trois personnes différentes à faire ce personnage). Je fais une petite déprime. Bilan, je me suis enfoncé à fond dans ce projet. Je rends 14 chansons enregistrées en juillet. Ça a été très intense et une vraie psychanalyse de me rendre compte que je pouvais faire un projet seul. Que je n'étais pas qu'un duo. Que je pouvais aussi faire des chansons sérieuses. » Le résultat fût à la fois surprenant et libérateur. « Je ne voulais pas faire un truc cul-cul », se justifie-t-il. Très rock et très impertinent dans les paroles, le disque scotche les enfants et les parents. Joué sur scène depuis février, il s’apparente plutôt à du "Henri Dès Métal". Si la chanson enfantine le titillait depuis la naissance de son premier enfant, il n’est pas question de s’y installer durablement. Un troisième Monsieur « D »ébarque. Retour aux conneries…


Made in Normandie

Ce troisième album avec Monsieur D va conduire le groupe jusqu’à un Olympia bondé. L’ultime feu d’artifice après dix années de route entre la Normandie et l’Ile-de-France. Fini la départementale. Direction la grande route en solitaire. Sans D mais pas sans idée… « Il a fallu réapprendre à chanter des chansons tristes ou personnelles, avoue Oldelaf. Il m'a fallu un petit peu de temps. » Dans son album se côtoient des chansons réalistes, sentimentales, grinçantes et souvent décalées. Et au milieu on y trouve La Tristitude qui va propulser Oldelaf sur le devant de la scène médiatique. « C'est une chanson qui parle à chacun dans sa vie. "Marcher sur un petit Lego", ça marque... On l'a tous vécu, raconte-t-il. Elle me faisait rire mais je l'avais laissé dans un placard pendant deux ans. Autant Le Café était ma chanson préférée, j'avais un bon feeling. Mais là, j'ai été surpris par l'ampleur que ça a pris. » Sur la route du succès, Oldelaf est pris en stop par Michel Drucker. Il multiplie les apparitions dans « Vivement Dimanche » sur France 2 et s’invite toutes les semaines dans « Faites entrer l’invité » sur Europe 1. Le buzz est immédiat. « J'ai fait un Olympia, des gros festivals comme les Francos ou Solidays. Mais si j'additionne tous les gens qui m'ont vu sur scène, on doit être dans les 100.000 personnes. Tu fais une fois Drucker, tu fais cinq millions, indique-t-il. C'est une proportion incroyable par rapport à ceux qui viennent aux spectacles ! »



La Tristitude, c‘est de réécrire la Tristitude

Percer avec une chanson drôle, un juste retour des choses. Petit à petit, La Tristitude gagne les foyers. Tandis que les internautes sont invités à écrire leur version, Oldelaf multiplie les copies pour passer chez Drucker. Un exercice de plus en plus barbant pour cet ancien prof de musique dans un collège, désespéré par le manque de moyen qu’on octroyait à sa matière. « C’était comme enseigner la musique par le CNED… » Jouer La Tristitude oui, mais la réécrire est devenu lassant. « On me l'a souvent demandé et c'était nécessaire que je le fasse mais je ne veux plus. C’est pas sympa de te dire ‘’Ta chanson est géniale mais réécris-là’’. Non, écoutez-là et laissez-moi mes idées pour d'autres chansons. Que les gens la réécrivent, ça me fait très plaisir. Qu'ils fassent des adaptations à leur vie, je trouve ça super. Un garagiste n'aura pas les mêmes tristitudes qu'un trader. En revanche, j'aime toujours la jouer et j'ai de la tendresse pour une chanson qui a accéléré les choses pour moi. »

« J’aime ce côté méchanceté gratuite »

De plein pied dans le showbiz, Oldelaf n’a pas perdu son ton décapant envers ses collègues. Un humour trempé dans le goudron et les plumes qu’on ne lui a jamais reproché. Pas de cercueil dans la boîte aux lettres ou de coup de fil anonyme à l’horizon… « Les gens savent que c'est gentil ou ils ne l'ont pas su ou alors c’est parce que j'ai un visage qui fait peur et que je pèse 85 kilos, s’amuse-t-il. Thomas Dutronc n'avait pas compris sur le plateau de Chabada les vannes de La Tristitude. Depuis, tout va bien et on se retrouve avec plaisirs sur les plateaux. C'est surtout mon entourage qui a été choqué par sa réaction. » Si les célébrités ont de l’humour, c’est moins le cas en Lorraine où Oldelaf est un peu « l’ennemi public N.1 ». En cause sa chanson qui parle d’une histoire d’amitié déçue. « Ce ne serait pas une bonne idée d'aller jouer là-bas… C'est très violent mais ce n'est pas contre Nancy. On est 65 millions dans ce pays avec autant de sensibilités. J'assume Nancy et je regrette l'effet que ça a eu. Mais elle me fait toujours rire. J'aime ce côté méchanceté gratuite. On touche une fibre patriotique, à la terre des gens, ce n'est pas anodin. »

Un nouvel album en octobre 2013

Qui dit buzz dit emploi du temps dilaté. Cette immersion brutale dans le tourbillon médiatique impose des cadences infernales. Tant que la machine encaisse, pas question de lever le pied. « Ce n’est pas tant la présence médiatique qui m’impose un emploi du temps chargé mais ce sont toutes les propositions que j'accepte qui font que c'est chargé. Je suis entre deux feux. Il y avait beaucoup d'engagements que j'avais pris avant que tout explose, le présent que je vis à fond et les projets que j'ai. Ce n'est pas raisonnable et ça m'abime un peu. Mais c'est très excitant car c'est une période que j'ai attendu pendant longtemps. » Aperçu dans des sketches ou des spectacles à thème, Oldelaf serait-il plus amuseur que chanteur ? Dans l’esprit d’Olivier Delafosse, aucun doute. « Je suis chanteur. Après, faire d'autres trucs comme un match de foot caritatif, une expo de peinture ou animateur télé ponctuellement, je suis joueur. Tout m'amuse tant que je reste chanteur et je ne veux pas en sortir. Les médias aiment bien mettre des gens dans des cases et c'est dur de faire des trucs à côté. » La case chanson sera bien remplie cet été avec de nombreux festivals au programme. La tournée d’Oldelaf se poursuivra également cet automne et cet hiver avec comme point d’orgue l’Olympia le 29 janvier. Un deuxième album en solo est lui en préparation et devrait sortir en octobre 2013.