Lisa Roze, photographe de stars sans fard

Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/08/2012 à 12H39
Lisa Roze en séance photo avec la chanteuse Mai Lan

Lisa Roze en séance photo avec la chanteuse Mai Lan

© France3 / Culturebox

Lisa Roze est photographe, son nom est inconnu du grand public. Et pourtant, c’est elle qui a signé les portraits et les pochettes d’albums d’artistes aussi célèbres que Matthieu Chedid (-M-), Alain Souchon, Arthur H, Eddy Mitchell ou encore Juliette. Ses clichés sont publiés dans "Libération", "Paris Match", "Vogue", "Muze", "L'Expres"s ou "Les Inrocks". Rencontre avec une artiste qui travaille à l’ancienne et qui fait confiance au hasard.


Reportage E. Cornet, M. Diawara, L. Gyesse, F. Menin, M. Delassaussé

https://videos.francetv.fr/video/NI_131763@Culture


« De tous les photographes avec qui j'ai travaillé, c'est elle qui m'embellit le plus et qui arrive à me rendre gracieux, même quand elle m'habille en Indien, en cowboy ou en Blues Brother ». Ces mots sont ceux de Matthieu Chedid. La photographe et le musicien se connaissent depuis l’enfance. Leur complicité est évidente et a même conduit Lisa Roze à réaliser un ouvrage sur son ami, "Le Livre Extraordinaire de -M-" sorti en novembre 2011.

"Le Livre extraordinaire de -M-" par Lisa Roze

"Le Livre extraordinaire de -M-" par Lisa Roze

© Lisa Roze

Mais il suffit d’écouter les témoignages d’autres artistes pour se rendre compte du lien unique que Lisa Roze a su établir avec chacun d’entre eux. Le batteur Cyril Atef parle d’une «artiste totale», le chanteur Ours (alias Charles Souchon) ne se voit pas travailler avec quelqu’un d’autre « tellement c’est rare de trouver un alter ego comme ça », la danseuse étoile Marie-Agnès Gillot explique que travailler avec Lisa, « c’est très facile, c’est que du bonheur parce qu’elle capte tout de suite la beauté et la grâce qu’il y a chez chacun ».

Le duo Scotch et Sofa vu par Lisa Roze

Le duo Scotch et Sofa vu par Lisa Roze

© Lisa Roze

Pour Lisa Roze, la photo a d’abord été un hobby, découvert à l’âge de 15 ans. Des photos noir et blanc, des tirages dans la salle de bain et des camarades d’école qu’elle fait poser en classe verte...

On sait peu de choses de son parcours, si ce n’est qu’elle a eu la chance d’être l’assistante du photographe italien Paolo Roversi. Un « anti-technique », comme il le dit lui-même, qui travaille avec une chambre Deardorf et du film polaroïd (20 x 25). Ces clichés sont marqués par une ambiance nimbée de féérie et de poésie. Deux caractéristiques que l’on retrouve dans le travail de Lisa Roze.

La photographe utilise un petit appareil et n’a jamais recours à la lumière artificielle. « Mes photos sont très simples, un modèle avec un fond derrière. Je ne prévois pas, je crois au moment présent de la prise de vue ». Cela ne l’empêche de retravailler manuellement ses images, notamment avec des surimpressions. C’est Matthieu Chedid, encore lui, qui résume le mieux sa façon de travailler, lorsqu’il évoque la préparation du "Livre Extraordinaire de -M-" :  "Il s'agit des séances les plus rapides que j'aie jamais faites. Souvent, cela prenait cinq minutes. J'arrivais dans son appartement au dernier étage, toujours à une certaine heure pour avoir une certaine lumière. Elle tirait deux ou trois rideaux. Je me mettais devant la fenêtre. Elle prenait une pellicule. Et la photo était belle..."

A l’instar de Lisa Roze, de nombreux artistes ont lié leur nom à celui de musiciens, réalisant plusieurs pochettes d’albums. Il y a bien sûr Andy Warhol (Rolling Stones, Velvet Underground & Nico, John Lennon), mais aussi le dessinateur Robert Crumb ou, plus récemment, Kelsey Brookes qui a illustré les 9 pochettes de l’album «I’m with you » des Red Hot Chilli Peppers.

Faire appel à un artiste, photographe ou dessinateur, cela peut être un gage supplémentaire de réussite pour la sortie d’un album. Si tant est que ce dernier ait à la fois un univers suffisamment fort et une capacité à saisir la personnalité du groupe avec lequel il travaille. C’est aussi un pari moins risqué que d’utiliser des clichés d’inconnus. Le groupe Placebo en a fait l’amère expérience : il s’est retrouvé devant la justice pour avoir utilisé la photo de David Fox, alors âgé de 12 ans, pour la pochette de son premier album sorti voilà quinze ans... Pour les amateurs de vinyles et de pochettes originales, nous conseillons la lecture de deux ouvrages, intitulés « Cover Story » (Vol. 1 et 2) et réalisés par l’équipe de la revue musicale bimensuelle Wax Poetics

"Le livre extraordinaire de -M-", éditions Flammarion, 88 pages, 31,50 euros