"Humour Liberté" : Pierre Perret estime vivre dans "un monde qui l'inquiète"

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2018 à 10H54, publié le 06/12/2018 à 10H30
Pierre Perret (2018)

Pierre Perret (2018)

© BALTEL/SIPA/SIPA

Infatigable combattant des ostracismes et de la xénophobie, Pierre Perret qui a sorti le 9 novembre un 30e album studio en 61 ans de carrière, "Humour Liberté", est toujours inspiré par l'actualité "d'un monde qui l'inquiète", et où "les politiques sont hors sol", confie-t-il.

"On est censés aujourd'hui arriver dans une ère civilisée, malheureusement elle ne l'est pas... Ça aiguise ma combativité et ma rage que je traduis en chansons", déclare celui que l'on surnomme "l'ami Pierrot" qui semble un peu désenchanté dans ses déclarations, malgré la persistance d’un humour au service d’une vision affirmée de la société française et de l’état du monde.
Pierre Perret Humour Liberté © DR

Les copains de Charlie

"Je n'ai jamais autant bossé! Peut-être que c'est l'âge qui me fait serrer les boulons deux fois plus", plaisante le chanteur dont les plus grands succès sont devenus des marqueurs d'une époque, comme "Le Zizi", "Les jolies colonies de vacances" ou "Lily" (1977), qui s'inquiétait déjà du sort des immigrés. Plus de quarante ans après, Pierre Perret constate "avec amertume" que le problème est toujours d'actualité. "C'est pire et je ne peux rester impavide et j'en parlerai tant qu'il restera de l'encre dans mon stylo", dit-il.

"On est tous des émigrés/Qui arrivent avec la marée/Au lieu de murs de barbelés/Bâtissez plutôt des ponts/Qui sait un jour, vous viendrez/Vous réfugier dans nos maisons", chante Pierre Perret.

Avec le titre "Humour Liberté", parmi ses douze nouvelles chansons, l'amoureux des mots rend un émouvant hommage "à (ses) copains de Charlie Hebdo" assassinés par des islamistes en 2015. En chanson, Pierre Perret assimile les terroristes à "des scorpions et des cancrelats débiles qui ont courageusement fait la preuve qu'égorger est aussi facile que de filer une trempe à sa meuf". "Dire des vérités, c'est plus fort que moi, comme un travers que j'ai. Il faut que cela sorte !", explique l'enfant de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne).
https://www.youtube.com/watch?v=V55QMpE78PQ

"Les politiques sont hors sol"

"Ma France à moi, qu'avant tout j'aime/Celle de la liberté d'expression/Les mots d'amour voire les blasphèmes/Sont essentiels à ma respiration" chante-t-il aussi avec un dernier couplet adressé à ceux qui haïssent la France : "A ceux qui l'aiment, il vous faut la laisser". "Jusqu'au bout, je combattrai les ostracismes. Mes chansons sont ma contribution, comme une goutte d'eau. Si elles rencontrent le succès, je me dis que je n'ai pas bossé pour rien", confie-t-il encore.

Pierre Perret fustige aussi en chanson les prêtres pédophiles, "espérant simplement que le titre passe au moins une fois à la radio, même si ce n'est pas Radio Vatican" : "Un curé violeur/C'est un grand souci/Dieu merci Seigneur/Les faits sont prescrits".

Gilets jaunes : "c'est le début d'une révolution"

A propos du mouvement des "gilets jaunes", dont il pourrait faire une chanson, Pierre Perret rappelle qu'il s'est porté très tôt "garant de leur combat". "Les gilets jaunes iront jusqu'au bout. C'est le début d'une révolution. Souvenez-vous de ce que je vous dis. Les gens n'en peuvent plus!", ajoute Pierre Perret qui assure "ne pas avoir oublié (ses) origines modestes" et pour qui "les politiques sont hors sol".

"On ne galérait pas autant en 1968. Ce n'était pas la même pauvreté. C'était encore les Trente glorieuses", estime-t-il. "La jeunesse était exaspérée par une vieille France rassie. Aujourd'hui, la vie quotidienne est beaucoup plus difficile". Pierre Perret condamne toutefois les dégradations et saccages : "c'est une grande connerie qui décrédibilise le combat, due à une poignée de mecs. 98% des ‘gilets jaunes’ n'adhèrent pas".

Avec deux livres dont une suite du "Parler des métiers" et d'autres chansons en chantier, Pierre Perret est à 84 ans "un homme encore un peu occupé". Sans compter une cinquantaine de concerts par an et bientôt, peut-être, une escale parisienne.