Hommage à Jean Ferrat : y a-t-il encore des chanteurs engagés ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/03/2015 à 12H13, publié le 13/03/2015 à 11H59
Jean Ferrat, le chanteur engagé © BENAROCH/SIPA

À l'initiative de Marc Lavoine, l'un de ses plus grands fans, plusieurs artistes comme Hubert-Félix Thiéfaine, Cali ou Julien Doré se sont approprié le répertoire de Jean Ferrat dans un album collectif. Mais cinq ans après la mort du chanteur engagé, où en est la chanson politique et militante ?

Chanteur engagé, une espèce en voie d'extinction ? Cinq ans après la mort de Jean Ferrat, à qui rendent hommage Marc Lavoine, Cali et d'autres dans un album-hommage, l'époque n'est pas vraiment à la chanson politique et militante, sauf chez les rappeurs. Les Toulousains Zebda, qui se revendiquent un groupe "citoyen", ne pouvaient rater l'hommage au poète engagé.

L'album de reprises "Des airs de liberté" réunit une quinzaine d'artistes à l'initiative de Marc Lavoine, cinq ans après la disparition de Ferrat qui, pendant 50 ans, a chanté l'idéal communiste, la fraternité et l'amour et dénoncé la misère humaine.

Mais cet hommage appelle une question : Ferrat a-t-il des héritiers dans la chanson actuelle, des artistes fredonnant l'amour tout en levant le poing ?
Reportage : Eric Cornet- Dominique Dumas

https://videos.francetv.fr/video/NI_155981@Culture

Depuis les années 1990, de Louise Attaque à Dominique A en passant par Miossec ou Vincent Delerm, la chanson se fait élégante, mais rarement militante. Plusieurs artistes comme M ou Grand Corps Malade ont certes rendu hommage en chansons aux dessinateurs tués dans l'attentat contre Charlie Hebdo, alors que Benjamin Biolay a écrit en mai 2014 un titre en réaction à la percée du Front national aux Européennes. Mais ils sont finalement peu à prendre la relève des diatribes d'un Renaud ou du "Charlie défend-moi" clamé par Noir Désir en 1996 dans son hymne anti-FN, "Un Jour en France". "Le style musical de l'époque n'est pas à l'engagement", confirme la sociologue Béatrice Mabilon-Bonfils, qui étudie le sujet en se rendant aux concerts.

Jean-Marie Le Pen, cible du groupe Zebda avec leur chanson "N'attends pas qu'ils reviennent..."  
"Pour autant, il existe encore des endroits où des choses se disent", assure l'universitaire en citant Bernard Lavilliers et Zebda. Elle pense aussi au rap, une musique désormais loin d'être cantonnée à "une seule génération ou une seule catégorie sociale".

Les rappeurs Médine, avec sa récente chanson "Don't Laïk" dénonçant un "laïcisme" synonyme d'exclusion, ou Kery James, auteur d'une "Lettre à la République" publiée en 2012, apparaissent ainsi comme des "héritiers" de Ferrat, estime la sociologue.

La particularité du rap, "c'est d'avoir les mains dans la réalité des quartiers populaires, c'est-à-dire dans les endroits les plus sinistrés du point de vue économique et social", explique Ekoué, membre du groupe de hip-hop La Rumeur, tout en regrettant les "postures" engagées de certains rappeurs, plus avides de "provocation" ou de "buzz" que de porter un réel message. Héritiers à leur façon de Ferrat, les rappeurs sont toutefois absents de son album-hommage.

La Lettre à la République de Kery James :
L'interprète de "La Montagne" n'était pas, il est vrai, un grand amateur de ce style, selon son producteur historique Gérard Meys.