Dix ans sans Claude Nougaro : 15 chansons emblématiques

Par @annieyanbekian Journaliste, responsable de la rubrique Jazz-Musiques du Monde de Culturebox
Mis à jour le 06/03/2014 à 17H09, publié le 03/03/2014 à 16H38
Claude Nougaro sur la scène du Palais des Sports de Toulouse le 23 février 1983

Claude Nougaro sur la scène du Palais des Sports de Toulouse le 23 février 1983

© Jean-Pierre Muller / AFP

Il y a dix ans, le 4 mars 2004, Claude Nougaro disparaissait. Il a laissé un patrimoine riche de plus de 300 chansons. Poète et parolier hors pair, il a travaillé avec différents compositeurs, quand il n'a pas simplement posé ses mots sur des standards de jazz ou de musique brésilienne. Voici une sélection de chansons qui ont marqué sa carrière et laissé une trace indélébile dans notre mémoire.

"Une petite fille" (1962), musique de Jacques Datin
Claude Nougaro : "Une Petite Fille" (1962)
Cette chanson haletante et dramatique fait de Claude Nougaro une vedette. Le jeune homme de 33 ans en donne une interprétation remarquée à la télévision en octobre 1962. Dans un premier temps, elle avait été proposée à Philippe Clay, qui l'avait refusée. Un mal pour un bien.


"Le Cinéma" (1962), musique de Michel Legrand
Claude Nougaro : "Le cinéma" (1962)
Devenu un artiste populaire, Claude Nougaro, auteur et interprète habité, crève les écrans de télévision en défendant cette chanson inclassable, à la structure hors norme, sans refrain, et dans laquelle le compositeur Michel Legrand a glissé une citation du "Caravan" de Duke Ellington.


"Le Jazz et la Java" (1962), musique empruntée à Dave Brubeck pour le refrain (le standard "Three to get ready"), Jacques Datin ayant composé les couplets
Claude Nougaro : "Le jazz et la java" (1962), à la télévision en novembre 1967, avec l'orchestre de Maurice Vander.

Cette chanson illustre à merveille la cohabitation entre les passions de Claude Nougaro : d'un côté le jazz, et de l'autre la chanson telle que l'ont incarnée Charles Trenet, Edith Piaf ou Maurice Chevalier. Marcel Amont sera le premier à enregistrer ce titre. Il sera suivi d’Yves Montand, et enfin de Claude Nougaro lui-même, dans un arrangement de Michel Legrand qui lui assurera le succès.


"Cécile, ma fille" (1963), musique de Jacques Datin

Claude Nougaro : "Cécile, ma fille" (1963)

Née le 30 mai 1962, à une époque où son père commence à connaître le succès, Cécile Nougaro est bien malgré elle l'héroïne de cette chanson d'une tendresse et d'une délicatesse infinies. La chanson sort juste avant un grave accident de voiture qui immobilisera Claude Nougaro durant plusieurs mois. Quant à Cécile, elle préfèrera grandir et vivre loin des médias, jusqu'en 2007 où elle prendra en charge le projet d'une future "Maison Nougaro" (qui sera inaugurée en 2015).


"Je suis sous..." (1964), musique de Jacques Datin

Claude Nougaro : "Je suis sous..." (1964) - Avec la participation de Jean Yanne et Sacha Distel...

Cette ode pleine de dérision à la beuverie et la "lose" a eu Philippe Clay pour premier interprète. Avec des clins d'œil assumés à "Roméo et Juliette" pour le texte, et au célèbre "I put a spell on you" de Screamin' Jay Hawkins (1956) pour l'introduction musicale.


"À bout de souffle" (1965), musique de Dave Brubeck ("Blue Rondo a la Turk")

Claude Nougaro : "À bout de souffle" (1965), à la télévision en novembre 1967

La passion de Claude Nougaro pour le jazz resurgit dans ce nouvel hommage, revendiqué, à Dave Brubeck, avec cette fois une adaptation de son "Blue Rondo a la Turk" (1959). La chanson, dont le texte est écrit en prose, n'est pas liée au film "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard, bien que portant le même titre et relatant aussi un fait divers tragique. Le chanteur, qui conserve le tempo effréné du morceau de Brubeck, réalise une authentique performance vocale.


"Sing Sing Song" (1965), musique d'Oscar Brown Jr ("Work Song"), paroles de Claude Nougaro d'après le texte de Nat Adderley

Claude Nougaro : "Sing Sing Song" (1965)

Prison américaine de sinistre mémoire (les époux Rosenberg y furent été exécutés en 1953), Sing Sing inspire un texte à Claude Nougaro alors qu'il réarrange les paroles américaines écrites à partir du standard "Work Song". Il a découvert cette musique dans un album d'Oscar Brown Jr que la chanteuse Nicole Croisille lui a rapporté des États-Unis.


"Armstrong" (1965), musique traditionnelle américaine (gospel "Go Down Moses"), arrangement de Maurice Vander

Claude Nougaro : "Armstrong" (1965) à la télévision en avril 1979, avec Tony Russo à la trompette

L’illustre Louis Armstrong a enregistré en 1958 le morceau gospel "Go Down Moses", qui inspire à Claude Nougaro la chanson "Armstrong" sept ans plus tard. Le texte a été écrit sur l'île de Ré, où se situait la maison du père de l’artiste. Il comporte un message antiraciste. Dans le disque, les parties à la trompette sont assurées par le jazzman Roger Guérin.


"Bidonville" (1966), musique de Baden Powell ("Berimbau")

Claude Nougaro : "Bidonville" (1966)

Dans les années 60, le Brésil connaît une effervescence musicale qui rayonne dans le monde. À partir du thème "Berimbau" (1964) du grand guitariste Baden Powell, célèbre en France, Claude Nougaro écrit un texte à forte dimension sociale. Avec pour conséquence un quiproquo sur l'usage du mot "camarade" dans le texte, qui sera souvent assimilé au jargon communiste alors qu'il ne s'agissait, pour le chanteur, que d'un clin d'œil phonétique au terme portugais "camará" des paroles originales de Vinícius de Moraes.


"Toulouse" (1967), musique de Claude Nougaro et Christian Chevallier

Claude Nougaro : "Toulouse" (1967), sur scène en août 1978

Au départ, Claude Nougaro écrit un texte amer sur Toulouse, une ville dans laquelle il a connu une jeunesse malheureuse, vécue loin de ses parents. Finalement, il signe une ballade solennelle de plus de quatre minutes, véritable hymne à sa ville. Néanmoins, sa maison de disques n'a que faire d'une chanson dédiée à Toulouse… Par chance, le comédien Gérard Klein, alors animateur sur France Inter, matraque la chanson sur les ondes, contribuant fortement à son succès.


"La pluie fait des claquettes" (1968), musique de Claude Nougaro et Maurice Vander

Claude Nougaro : "La pluie fait des claquettes" (1968)

Claude Nougaro aime la pluie. Il glisse ce thème dans diverses chansons. Les paroles de "La Pluie fait des claquettes" pourraient faire allusion à "Singing in the Rain" et Gene Kelly. Elles mentionnent d’ailleurs une star de Hollywood, Marlene Dietrich.


"Dansez sur moi" (1973), musique de Neal Hefti ("Girl Talk")

Claude Nougaro : "Dansez sur moi" (1973)

Depuis 1971, Claude Nougaro tente d'écrire un texte sur ce standard écrit en 1965. C'est chose faite en 1973 avec cette version sophistiquée aux paroles empreintes de philosophie et d'une certaine sérénité.


"Tu verras" (1978), musique de Chico Buarque ("O que será")

Claude Nougaro : "Tu verras" (1978), à la télévision française en avril 1979

"O que será" est une chanson du chanteur et poète Chico Buarque de Hollanda. Elle a été écrite pour un film brésilien sorti en 1976, "Dona Flor et ses deux maris". De retour du Brésil, l'épouse de Claude Nougaro, Marcia, lui ramène le disque. Le chanteur, qui ne parle pas plus le portugais que l'anglais, y greffe immédiatement un texte très personnel en français. Il y prend l’engagement de corriger ses erreurs et débordements passés. "Tu verras", l'un des plus grands succès de Nougaro, lui vaudra son premier disque d'or et le Grand Prix Charles-Cros.


"Nougayork" (1987), musique de Philippe Saisse

Claude Nougaro : "Nougayork" (1987) lors des Victoires de la Musique en 1988

Évincé de la maison de disques Barclay qui le juge dépassé et peu vendeur, Claude Nougaro part pour New York sur le conseil de l’ingénieur du son Mick Lanaro, qui a travaillé sur plusieurs de ses disques. Il rencontre Philippe Saisse, arrangeur pour Al Jarreau. Invité à résider chez la veuve de Charles Mingus, Nougaro s’immerge dans les racines du jazz et la magie de New York, qui l’inspirent. Il écrit le texte de "Nougayork" en dix minutes. Saisse y pose une musique qui lui est venue dans le métro. De retour à Paris, le chanteur signe chez Warner. Nile Rodgers joue de la guitare sur le futur tube.


"Il faut tourner la page" (1987), musique de Philippe Saisse

Toujours extrait de l’album "Nougayork", ce texte prémonitoire avait été écrit à Paris avant que l’idée d’un album new-yorkais ne germe. Claude Nougaro vivait alors les affres d’une douloureuse convalescence après l’opération d’une hernie discale. Mark Egan, bassiste de Pat Metheny, joue sur la chanson. L’album "Nougayork", véritable revanche sur l'adversité, recevra la Victoire du meilleur album en 1988, tandis que Nougaro sera sacré artiste masculin de l’année.


> Beaucoup d'informations relatives à l'histoire de ces chansons - et de tant d'autres- figurent dans le livre "L'Intégrale Nougaro", sorti récemment aux Éditions de La Martinière, dont nous parlons ici, avec d'autres sorties relatives à l'anniversaire de la disparition de l'artiste.