Johnny Hallyday : de l'idole des jeunes à l'icône nationale

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/12/2017 à 22H18, publié le 06/12/2017 à 06H09
Johnny Hallyday, Bordeaux le 2 juin 2017

Johnny Hallyday, Bordeaux le 2 juin 2017

© Nicolas Tucat/AFP

Johnny Hallyday, c'était le "patron", le seul dans la musique à faire à ce point l'unanimité autour de sa personne. Référence absolue dans le rock et la chanson, véritable idole pour des générations successives de Français. Retour sur la carrière de ce chanteur et comédien, devenu au fil des décennies une véritable institution nationale.

De l'enfance à l'idole des jeunes

Jean-Philippe Smet naît le 15 juin 1943 à Paris. Son enfance est marquée par l'absence d'un père parti peu après sa naissance, et qui vaudra au petit Jean-Philippe d'être élevé à Londres par sa tante et marraine Hèlène Mar. Une des filles de celle-ci, Desta, se marie avec un certain Lee Lemoine Ketcham, danseur américain connu sous le nom de scène de Lee Halliday. Ce dernier surnomme le jeune ado "Johnny". Lorsque à la fin des années 50, après quelques petits rôles (publicité, télévision ou "Les diaboliques" de Clouzot) Jean-Philippe découvre Elvis Presley dans le film "Amour frénétique" (titre original "Loving You"), il décide qu'il sera chanteur de rock'n'roll et prend naturellement le pseudonyme de Johnny Halliday (avec un "i", comme son cousin).
Le jeune Jean-Philippe Smet en 1960

Le jeune Jean-Philippe Smet en 1960

© UPI / AFP

A partir de 1958, il fréquente régulièrement ce qui va devenir le lieu culte du rock français : le Golf-Drouot, surnommé "le temple du rock". Il y cotoie entre autres Long Chris, Dany Logan, Jacques Dutronc et Eddy Mitchell. Repéré par la maison de disques Vogue, il sort son premier 45T "T'aimer follement" le 14 avril 1960. Suite à une erreur d'impression, la pochette affiche "Hallyday" avec deux "y", orthographe qui sera définitivement adopté. Dès juin de la même année, "Souvenirs souvenirs" lui vaut son premier succès. C'est le début de l'ère des "yé-yé", symbole de la jeunesse insouciante des années 60, qui rompt avec l'austérité de la génération précédente qui a connu la guerre. L'émission "Salut les copains" va très largement contribuer au succès de cette nouvelle scène française, dont Johnny va être la figure de proue, en devenant "L'idole des jeunes".

"Souvenirs Souvenirs", à la télévision suisse en 1961

Johnny devient rapidement une star dont on suit tous les faits et gestes, sa vie devenant un feuilleton musical, sentimental et familial : en 1964 il n'hésite pas à donner l'exemple en étant appelé sous les drapeaux. Le 12 avril 1965, il se marie avec Sylvie Vartan, formant ainsi LE couple yé-yé, et donnant naissance à David l'année suivante.

Sylvie Vartan et Johnny Hallyday dans les années 60

Sylvie Vartan et Johnny Hallyday dans les années 60

© UPI / AFP

Les succès s'enchaînent, souvent des adaptations de tubes anglais ou américains : "Retiens la nuit", "Pour moi la vie va commencer", "Le pénitencier". Il a ainsi l'occasion de côtoyer des (futurs) grands noms de la musique anglo-saxonne : Jimi Hendrix fait sa première partie à l'Olympia à la fin de l'année 1966 (il joue également de la guitare acoustique sur une des versions de "Hey Joe" du chanteur français), et un certain Jimmy Page, alors musicien de studio, est à l'oeuvre sur "Mon fils est psychedelic" en 1967.

Après avoir fustigé les "cheveux longs, idées courtes" d'Antoine, Johnny ralliera finalement lui aussi le mouvement hippie et parcourra les années 70 dans un style country-rock avec d'autres morceaux devenus incontournables : "Toute la musique que j'aime", "Requiem pour un fou", "Gabrielle", "Ma gueule"...

Du rock'n'roll au cinéma

Très tôt dans sa carrière, à l'instar de son modèle Elvis, Johnny a été attiré par les sirènes du grand écran : du film à sketches "Les Parisiennes" en 1962, à "Chacun sa vie" de Claude Lelouch en 2017, l'acteur Johnny Hallyday a fait preuve de choix éclectiques (Jean-Luc Godard, Costa-Gravras, Patrice Leconte...) parfois surprenants (le western "Le spécialiste" de Sergio Corbucci), a plusieurs fois joué son propre rôle ("L'aventure c'est l'aventure" de Claude Lelouch en 1972 ou plus récemment "Rock'n'roll" de Guillaume Canet) et a fait preuve d'autodérision à plusieurs reprises ("Wanted" avec Renaud, le long métrage d'animation "Titeuf, le film" ou encore "Jean-Philippe", dans lequel il incarne un Jean-Philippe Smet qui n'est pas parvenu à devenir Johnny). Il a également joué pour la télévision (la série "David Lansky" en 1989) et même au théâtre avec en 2011 "Le paradis sur terre" de Tennessee Williams. C'est d'ailleurs le prénom du dramaturge américain qui lui donnera un de ses plus grands succès en 1985 : "Quelque chose de Tennessee", sur l'album "Rock'n'roll attitude", écrit et composé par Michel Berger.

Johnny Hallyday & Michel Berger - "Quelque chose de Tennessee"

Les années 80 lui font prendre une nouvelle direction musicale avec, après Michel Berger, Jean-Jacques Goldman qui écrit et réalise l'album "Gang" en 1986, regorgeant de tubes dont "J'oublierai ton nom" et "Laura", dédié à sa fille, qu'il a eue avec Nathalie Baye.

Grand séducteur, patriarche et personnalité attachante

En effet, Johnny s'est séparé de Sylvie Vartan en 1980, au terme d'une relation tumultueuse de 15 ans. Après un bref mariage de 2 mois avec Elisabeth Etienne entre fin 1981 et début 1982, il restera en couple avec l'actrice Nathalie Baye pendant 4 ans (de 1982 à 1986), et ils donneront naissance à Laura, le 15 novembre 1983. Il se mariera ensuite avec la jeune Adeline Blondieau (fille de son ami Long Chris), deux fois : en 1990 et en 1994, après une première séparation en 1992. Il se séparent à nouveau en 1995, année où il épouse le mannequin Laeticia Boudou, de 32 ans sa cadette. Ils adoptent deux petites filles d'origine vietnamienne : Jade en novembre 2004 et Joy en décembre 2008. Avec les trois enfants de David, il se retrouve ainsi à la tête d'une grande famille.

Johnny avec sa femme Laetitia et leur fille Jade à Bonifacio, en 2005

Johnny avec sa femme Laetitia et leur fille Jade à Bonifacio, en 2005

© PHOTOPQR/NICE MATIN

Personnalité incontournable, il est une des cibles privilégiées des Guignols de l'info au début des années 90, avec la fameuse "boîte à coucou", image qui lui collera longtemps à la peau. Mais Johnny a souvent su rire de lui-même et prendre avec humour les caricatures à son encontre.

Parallèlement, les années 2000 vont être celles des stades et des tournées gigantesques. S'enchaînent alors les shows pharaoniques avec écrans géants, feux d'artifices, mise en scène hollywoodienne et surenchère pyrotechnique. En 2006, le "Flashback Tour" amène le chanteur à se produire dans toutes les salles parisiennes qui ont jalonné sa carrière avec en point d'orgue le Palais des Sports de Paris. Puis en 2009, c'est le "Tour 66" qui s'achève au Stade de France fin mai. 

"Allumer le feu" lors du concert du 10 juin 2000 à la Tour Eiffel

Les ennuis de santé et le rêve américain

Après des ennuis de santé qui ont entrainé l'annulation de la troisième et dernière partie du "Tour 66", l'année 2010 voit Johnny revenir sur scène pour célébrer ses 50 ans de carrière. C'est aussi sur scène, le 15 juin 2013 à Bercy, qu'il fête ses 70 ans, l'âge de la génération baby-boom qui l'accompagne depuis ses débuts.

Au début de l'année 2013, il s'installe avec sa famille défintivement à Los Angeles. Une façon pour lui de finaliser la concrétisation du rêve américain : après avoir sillonné l'Amérique en tournée ou à moto, après avoir enregistré à Nashville ou Memphis, il devient résident américain pour de bon.

L'année suivante, il retrouve ses anciens complices Eddy Mitchell et Jacques Dutronc pour un spectacle intitulé "Les Vieilles canailles". Le succès est tel qu'une tournée est signée pour le printemps 2017. Boulimique de travail, il trouve l'énergie d'intercaler deux albums entre-temps : le bien nommé "Rester vivant" en 2014, et "De l'amour" qui sort le jour des attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015. Durant la tournée qui suit, baptisée "Rester Vivant Tour", il fera référence plusieurs fois aux terribles évenements de cette période, et une de ses chansons rend hommage à l'élan républicain du 11 janvier 2015.
Le 10 janvier 2016, un an après la marche républicaine, Johnny Hallyday rend hommage aux victimes en chantant "Un dimanche de janvier"
En même temps qu'il termine cette tournée au mois de juillet 2016, Johnny tourne un film "Chacun sa vie" sous la direction de Claude Lelouch, aux côtés de Jean Dujardin, Béatrice Dalle ou Antoine Duléry. Il ne pourra pas en assurer la promotion, à cause de son cancer qu'il annonce lui-même sur Facebook au printemps 2017. Il trouve quand même la force de reprendre et terminer la tournée des Veilles canailles.

Le 17 novembre 2017 est sorti un album de reprises par Biolay, Louane et la nouvelle génération de la chanson française, reprenant les chansons de celui qui a été l'idole des jeunes.

Depuis 1960, Johnny Hallyday avait enregistré plus de 1000 titres, dont une centaine de sa composition, et vendu 110 millions de disques, pour une discographie officielle qui compte 50 albums studio et 27 albums live. 

Récit : Nicolas Lemarignier / Olivier Lenuzza / K. Annette

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