Benjamin Biolay revient en vengeur masqué

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 05/11/2012 à 11H27
Benjamin Biolay en mars 2011 aux Victoires de la Musique.

Benjamin Biolay en mars 2011 aux Victoires de la Musique.

© Bertrand Guay /AFP

Successeur de l’acclamé « La Superbe », le sixième album du sale gosse de la chanson française est une nouvelle réussite. La liberté et la maîtrise dont il fait preuve sur « Vengeance » hissent résolument Benjamin Biolay en haut de l’affiche. Mais alors qu’il n’a jamais eu l’air aussi apaisé, de quelle vengeance est-il question ici ?

Il a été longtemps la tête à claque de la chanson française. Ce gamin surdoué qui avait ressuscité Henri Salvador avec Keren Ann ne tenait pas sa langue et les médias, ravis de tenir un si bon «client », s’en donnaient à cœur joie. Et puis, après des années à ramer à contresens, est arrivé l’album « La Superbe ».

Chez beaucoup, Benjamin Biolay est alors entré par effraction. Ses chansons d’homme blessé, universelles, leur ont soudain chuchoté personnellement au creux de l’oreille. Des bataillons de réfractaires ont alors succombé à leur corps défendant à celui-là même qu’ils aimaient tant détester. On en connaît personnellement. 100.000 albums écoulés et deux Victoire de la Musique ont formalisé le succès. Aujourd’hui pourtant, Biolay ne veut encore y voir qu’un « épiphénomène », un coup de chance, une sorte de malentendu.

"Aime mon amour", premier single de "Vengeance" de Benjamin Biolay

Un album moins plombé et musicalement varié
Trois ans ont passé. Trois ans qu’il a laissés passer, pas pressé de revenir en découdre au micro. Un temps mis a profit pour produire pour les autres (trois albums dont ceux de Vanessa Paradis et Carl Barat mais aussi la B.O. de "Toutes les filles pleurent") et pour imposer sa présence magnétique sur grand écran en tournant dans pas moins de 5 films.

Lorsqu’il s’est remis à l’ouvrage sur cet album, l’état d’esprit n’était pas le même que pour son prédecesseur. Manifestement plus léger, plus optimiste. Car « Vengeance », en dépit de son titre belliqueux en trompe-l’oeil, est un disque beaucoup moins plombé que « La Superbe ». Nettement plus varié, il se nourrit de toutes les musiques qu’il aime : le rock, la new wave synthétique mais aussi le rap et la variété, avec quelques beaux éclats de soul aux chœurs et aux cuivres.

Un disque plus allègre donc, où l’on décèle un apaisement, une confiance nouvelle, perceptible aussi dans l’assurance de sa voix. Pour autant, Biolay n’a pas chaussé de lunettes roses et laisse toujours affleurer ses détresses, ses fantômes et ses démons - « Le passé me jette encore la pierre (…) la nuit putain je n’oublie presque rien » (« Sous le Lac gelé »). La douleur (de l’absence, de la perte, ou même de l’incompréhension face à la lâcheté de ses concitoyens durant la dernière guerre mondiale) sourd toujours au détour du chemin cabossé de ses textes (plus ou moins enigmatiques et à double sens) et la mélancolie se déploie à chaque partie de cordes.

Le Teaser 2 de l'album, avec extrait de "L'insigne honneur"

Des invités de luxe bien choisis
La vengeance, on le sait, est un plat qui se mange froid. Il la présente souvent ces derniers temps comme un attrape-nigauds, un clin d’œil pour attiser la curiosité. Le doute subsiste pourtant. La revanche réside peut-être tout simplement dans le fait d’éviter la redite après « La Superbe ». Ou dans l’obstination à refuser d’écrire le tube forcément réducteur que l’on attend de lui. Et si la vengeance était juste le luxe de pouvoir suivre encore son instinct avec une liberté folle ?

Comme celle de s’offrir sur presque la moitié de ces  14 nouvelles chansons des voix qui comptent : les amis Vanessa Paradis, Carl Barat et Julia Stone, mais aussi les rappeurs Orelsan et Oxmo Puccino que ce fan de rap est aller solliciter personnellement.

Des invités de luxe qui ne masquent aucun manque d’inspiration mais apportent soit un supplément de grâce et de délicatesse (Vanessa Paradis et Julia Stone, exquises sur «Profite » et « Confettis »), soit le contrepoint au flow chaleureux qu’imposait le thème (Oxmo sur «Belle Epoque/Night Shop #2») ou encore la formidable déflagration verbale venue libérer l’orage (Orelsan très remarqué sur la fin de «Ne regrette rien»).

le Teaser 5 de l'album avec l'intervention d'Orelsan sur "Ne regrette rien"

L'oubli reste la seule et unique vengeance
Et seul ? Biolay s’en sort très bien merci. Ecoutez comme il module sa voix sur le premier single, l’entêtant « Aime mon amour », ce cadeau à un rival qui lui a ravi sa belle. Ou le très new wave « L’Insigne honneur » où il s’essaye encore à un autre style vocal, entre plainte et arrogance.

Personnellement, on a aussi un faible pour « Trésor Trésor », modèle de simplicité aux accents velvetiens où Biolay, plus charnel que jamais, sonne au refrain comme Bashung. Et que dire de son style crooner à l’ancienne sur  « La fin de la Fin » ? Fatal. Comme ce disque kaleidoscopique qui ne parle finalement que d’amour. "Il n'y a ni pardon, ni revanche/L'oubli, l'oubli en revanche/Reste la seule et unique vengeance". 

Benjamin Biolay est en concert le 11 novembre à la Cigale (Paris) dans le cadre du festival des Inrocks. Il sera ensuite en tournée en France à partir du mois de mars.

« Vengeance » de Benjamin Biolay sort chez Naïve le 5 novembre 2012