Florence, berceau de la mode italienne, accueille son salon le Pitti Uomo

Mis à jour le 08/01/2018 à 15H40, publié le 08/01/2018 à 14H28
Federico Curradi printemps-été 2018, Pitti Immagine Uomo 92, Florence, en juin 2017

Federico Curradi printemps-été 2018, Pitti Immagine Uomo 92, Florence, en juin 2017

© WWD/Shutterstock/SIPA

La mode italienne est souvent associée aux Fashion Weeks de Milan mais c'est à Florence que le "Made in Italy" s'est fait un nom. Comme chaque année, la cité toscane se transforme en capitale de la mode masculine et accueille le salon Pitti Uomo pour quatre jours de défilés de prêt-à-porter masculin du 9 au 12 janvier 2018.

Le Pitti Uomo est un rendez-vous incontournable pour les acheteurs, journalistes, blogueurs et influenceurs qui se pressent toujours plus nombreux (ils étaient 36.000 en 2017) à la Fortezza da Basso, fortification du XVe siècle où se tient l'événement. 1.200 marques, présentant les collections automne-hiver 2018-19, sont attendues pour cette 93e édition dont la tête d'affiche sera Karl Lagerfeld. Le styliste allemand devrait y dévoiler un nouveau projet consacré à l'homme. 

Le 9 janvier, premier jour du salon, se tient la finale de l'International Woolmark Prize qui récompense 2 créateurs parmi 12 finalistes (6 hommes et 6 femmes) et lance un nouveau Prix, l'Innovation Award par Fashion Tech Lab, décerné au créateur ayant l'approche la plus novatrice permettant de réduire son empreinte sociale et environnementale. 

Premiers défilés haute couture en 1951 à Florence

Devenue au fil des ans une référence du chic et de l'élégance au masculin, Florence a organisé ses premiers défilés de haute couture italienne en 1951, sous la houlette de Giovanni Battista Giorgini, un homme d'affaires toscan, exportateur d'artisanat transalpin aux Etats-Unis. Ils ont d'abord eu lieu dans ses propres salons avant de s'installer un an plus tard dans le Palais Pitti où se pressent les acheteurs des plus grandes griffes américaines et les journalistes mode les plus en vue du moment. Des maisons alors inconnues du public comme Simonetta, Pucci, Fontana, Cappucci apparaissent et l'enthousiasme est immédiat. Jusque dans les années 1980, les plus grandes maisons défilent : Gucci, Schiaparelli, Ferragamo... et le "Made in Italy" devient un label pour la mode internationale.

La puissance de 21 corporations des métiers du tissu

"La relation de Florence avec la mode trouve ses racines dans son histoire économique, politique et culturelle, dominée par les puissantes corporations des métiers du tissu", explique Angelo Cavicchi, président de la Fondation Pitti Discovery et du Centre Florence pour la Mode Italienne. Du XIIe au XVIIe siècle, Florence compte 21 corporations d'arts et métiers, associations laïques qui défendent les intérêts et les savoir-faire de ces riches et influents groupes d'activités professionnelles. Équivalents de nos actuels lobbies, elles gèrent d'abord la vie économique de la cité, avant de s'impliquer dans la vie politique et surtout dans les affaires culturelles.

Les plus puissantes corporations, dites des Arts majeurs, sont dominées par les métiers du tissus : Calimala, qui gère l'importation de tissus bruts, leur transformation et leur exportation en tissus raffinés, et les corporations de la laine et de la soie. Ces dernières se livrent à une compétition qui produira les plus belles réalisations architecturales et artistiques de la ville comme la façade du Dome de Florence par Arnolfo et la coupole de Brunelleschi commandées par l'Art de la Laine.

"Un phénomène comparable au soutien fondamental que les entreprises privées, dont de nombreuses maisons de mode, apportent aujourd'hui aux projets culturels et de développement du territoire", explique Saverio Pacchioni, de l'Association Partners Palazzo Strozzi, qui mène des projets de promotion du territoire. Elle est présidée par Leonardo Ferragamo, patron de la maison de mode florentine éponyme.

Un artisanat local toujours développé

Aujourd'hui encore, Florence défend sa position sur l'échiquier de la mode à travers un artisanat local développé et la proximité de Prato, la ville qui fournit des tissus à l'industrie du prêt-à-porter. A cela s'ajoute la présence de curiosités historiques et d'excellence technique, comme l'Antico Setificio Fiorentino, fabrique de soierie fondée en 1786 : jacquard, damas, passementeries y sont encore produits à la main sur des métiers à tisser ayant appartenu aux plus grandes familles nobles de la ville.
The Antico Setificio Fiorentino
Des savoir-faire qui survivent aussi grâce à la formation, en particulier par Polimoda, l'école des métiers de la mode, qui compte parmi les dix meilleures écoles du monde dans le secteur.