Fashion Week : grandioses ou underground, des écrins de défilés toujours plus surprenants

Par Corinne Jeammet (avec AFP) @Culturebox
Publié le 06/03/2018 à 18H12
Chanel ah 2018-19 à Paris, en mars 2018

Chanel ah 2018-19 à Paris, en mars 2018

© Getty Images

Outre la collection, le lieu du défilé est un moyen de marquer les esprits. Loin de la traditionnelle salle blanche, des créateurs optent pour des scénographies grandioses - Chanel invite à une balade en forêt - d'autres jouent la carte de la nostalgie : restaurant La Coupole pour Altuzarra, Casino de Paris pour Koché, cinéma Le Balzac pour Véronique Leroy... au risque d'oublier la collection !

Chanel se promène dans les bois

C'est dans une forêt automnale que Karl Lagerfeld a présenté une collection à base de bottes, cuissardes, grosses écharpes, longs châles et de longs manteaux pour se promener dans les bois. Le créateur de mode a opéré un retour à la nature en présentant sa collection Chanel au milieu d'arbres et de bûches savamment disposées dans un Grand palais jonché de feuilles mortes et exhalant des odeurs de sous-bois. Questions mises en scène, la marque a déjà installé dans le monument parisien des cascades, un vaisseau spatial... Ces tenues discrètes privilégiant la laine, le tweed cher à la maison Chanel. La palette privilégie les tons naturels. Bien que très nature, cette collection n'en oublie par pour autant le glamour, grâce à la présence de teintes cuivrées et mordorées, sur les bottes et cuissardes notamment, et dans des imprimés reprenant le motif de feuilles et déclinés en robes, jupes, manteaux et vestes. 
Chanel ah 2018-19 à Paris, mars 2018

Chanel ah 2018-19 à Paris, mars 2018

© Getty Images

Une montagne couverte de graffitis pour Balenciaga

Une montagne blanche couverte de graffitis, entourée de neige artificielle, servait de décor au défilé Balenciaga. Dans le vestiaire proposé par Demna Gvasalia, installé à Zurich, des pantalons fuseaux sont rentrés dans les chaussures, les manches de sous-pulls aux couleurs flashy se prolongent par des gants. Les couches de vêtements sont superposées. Le créateur chamboule l'allure de la veste de tailleur, conçue avec des techniques modernes de moulage, de numérisation en 3D du corps humain à l'aide d'un scanner. Avec sa carrure étroite, sa taille marquée, ses hanches arrondies et basques allongées, cette veste aux formes féminines est portée par des mannequins hommes ou femmes. La griffe de Kering a noué un partenariat avec le Programme alimentaire mondial World Food Programme. La collection comprend des pièces portant le logo WFP. Balenciaga, qui a annoncé un don de 200.000 euros à l'agence onusienne, s'est engagé à lui reverser 10% du prix de chaque article portant le logo WFP.
Balenciaga ah 2018-19 à Paris, mars 2018

Véronique Leroy au cinéma

Véronique Leroy avait choisi le cadre de la salle de cinéma Le Balzac pour présenter sa collection sous la forme d'un court-métrage. Le film mêle des paysages bucoliques - champs, chemins boueux, maison en ruine, animaux de la ferme, herbes folles oscillant sous le vent - et les plans d'une mannequin portant des pièces de la collection, évoluant sur un fond blanc. "Cela fait longtemps que je pense à présenter mon travail d'une autre manière que le défilé", a expliqué la créatrice belge après la diffusion du court-métrage, qui s'inspire d'un week-end "chic et froid" dans la campagne anglaise. L'idée était de "décontextualiser la démarche" du défilé, tout en soulignant les parallèles et les contrastes "entre cette nature et le côté surfait de la mode", a-t-elle ajouté. Les vêtements filmés évoquent une nature sublimée : pantalon en jean couleur terre, robe sans manche en mousseline couleur tilleul... 
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Véronique Leroy FW18 from Véronique Leroy on Vimeo.

Givenchy au Palais de Justice

Les défenseurs des droits des animaux ont pu sursauter car la collection Givenchy de Clare Waight Keller était un festival de fausse fourrure plus vraie que nature. "Je voulais susciter cette interrogation +est-ce de la vraie ou pas?+, le message est de montrer que c'est possible d'arriver à un beau résultat" en utilisant de la fausse fourrure en jacquard, a déclaré la créatrice britannique. Pour son défilé présenté au Palais de justice de Paris, elle s'est inspirée de l'atmosphère de Berlin ouest dans les années 1980 avant la chute du Mur, de la culture new wave de l'époque. Le défilé a des airs de film noir, avec un vestiaire nocturne où le cuir et les motifs des pelages de fauves sont rois, donnant de la force à la silhouette. La touche bourgeoise cohabite avec l'underground. Le look disco des robes est contrebalancé par leur coupe sobre voire sévère.
La marque Givenchy en haut des marches du Palais de Justice, mars 2018 à Paris

La marque Givenchy en haut des marches du Palais de Justice, mars 2018 à Paris

© Nataliya Petrova / NurPhoto

Altuzarra au restaurant La Coupole

Haut-lieu des années folles et de la vie culturelle de Montparnasse, qui a vu défiler artistes et personnalités politiques, La Coupole est devenue un temple de la mode le temps du show Altuzarra. Les mannequins ont foulé les mosaïques d'inspiration cubiste de la brasserie. Le créateur français Joseph Altuzarra, né à Paris et qui vit à New York, revient ainsi dans un lieu familier, près duquel il a grandi. "J'avais l'habitude de passer devant ce restaurant tous les jours en allant à l'école", a-t-il expliqué aux journalistes après le show, pour lequel il s'est inspiré du souvenir de sa mère s'habillant pour aller travailler et des Parisiennes de son enfance, ainsi que des femmes qui l'entourent aujourd'hui. Le vestiaire mêle masculin et féminin, avec une série d'ensembles inspirés du complet-veston. "J'ai grandi dans le 7e arrondissement, qui est très bourgeois, j'en ai repris certains codes en essayant de les casser un peu", décrit le créateur, qui joue sur les contrastes. 

Altuzarra ah 2018-19 à Paris, mars 2018

Altuzarra ah 2018-19 à Paris, mars 2018

© BERTRAND GUAY / AFP

Koché au Casino de Paris

Koché, la griffe de la française Christelle Kocher, opte pour une atmosphère entre disco et gothique. Les mannequins - silhouettes variées, mine grave et tatouages apparents - défilent entre les rangées du Casino de Paris sur une électro ténébreuse. Boule à facettes et rideau de sequins : l'ambiance fait penser à un bal de promo dans un film de science-fiction. Les vêtements s'accompagnent de volants tantôt dorés, tantôt argentés et les dégradés de gris, kaki, violet, rosé et beige contrastent avec le velours rouge des sièges.
KOCHÉ ah 2018-19 à Paris, mars 2018