Fashion Week de New York : Tom Ford, Tadashi Shoji, PH5 et le féminisme

Par @Culturebox
Publié le 10/02/2018 à 11H25
Tom Ford pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

Tom Ford pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

© ANGELA WEISS / AFP

Après les défilés masculins, c'est au tour des femmes d'arpenter les podiums de la Fashion Week de New York. A l'heure où les défections s'y accumulent depuis un an, les créateurs Tom Ford, Tadashi Shoji et PH5 ont proposé des visions différenciées des mouvements féminins et de l'esprit du #MeToo.

Les femmes fortes de Tom Ford

Pantalons moulants, imprimés léopards, vestes aux épaules carrées, les mannequins qui ont défilé pour Tom Ford ont dévoilé une femme sûre d'elle, inspirée par le renouveau du mouvement féministe. "Pussy Power", pouvait-on lire sur les petits sacs à main portés par certains mannequins, le pouvoir du sexe féminin, en somme, que l'élection de Donald Trump et l'affaire Weinstein ont réveillé depuis un an.
Tom Ford pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

Tom Ford pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

© ANGELA WEISS / AFP
Peu de jupes, de rares robes très courtes mais pour le reste, c'est le pantalon ou le fuseau qui ont dominé cette collection du couturier de 56 ans, présentée sur des airs des Pointer Sisters, un groupe de femmes. Fausse peau de serpent, pantalon ou manteau patchwork de tissus plus voyants les uns que les autres, grandes ceintures, il n'y pas de place pour se cacher dans les vêtements de Tom Ford. Avec leurs boucles d'oreilles créoles et leurs bandeaux noirs ou blanc, les mannequins avaient même des allures de pasionaria. Le Texan d'origine et Californien d'adoption a plus que jamais fait de la capitale culturelle des Etats-Unis sa vitrine, avec deux défilés, hommes et femmes, cette semaine, à 48 heures d'intervalles, une première. 

Continuer à séduire pour Tadashi Shoji 

Manifestations et mouvements féminins sont dans toutes les têtes à la Fashion Week mais c'est d'une toute autre façon que le designer d'origine japonaise Tadashi Shoji a choisi d'aborder le sujet. Il a dévoilé une collection glamour en diable, convaincu que le mouvement #MeToo n'a pas éteint le désir des femmes de séduire. Cette collection est une réponse, a-t-il expliqué aux critiques qui ont reproché à certaines femmes, depuis le début du grand déballage post-Weinstein, d'avoir joué avec le feu en provoquant les hommes, pour se plaindre finalement d'avoir été agressées. Pour certains, "du fait de ce que vous portez, si vous devenez une victime, c'est votre faute", a-t-il dénoncé. "Je n'aime pas ça. C'est injuste pour les femmes, ou pour qui que ce soit." "Du coup, j'ai fait des robes très sensuelles, très sexy, cette fois", a-t-il décrit. "Nos robes sont là pour donner de l'assurance aux femmes et faire que leurs corps aient l'air magnifiques". C'est donc une cuvée ultra-glamour qu'a livré le natif de Sendai, avec des pièces qui rappelaient parfois les stars du cinéma des années 40 et 50, telles Rita Hayworth ou Ava Gardner, sur un tapis rouge.
Tadashi Shoji pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

Tadashi Shoji pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

© Jewel SAMAD / AFP

Les femmes libres de PH5

L'esprit du #MeToo, c'est aussi favoriser l'initiative et l'accès des femmes à toutes les professions. Chez PH5, deux entrepreneuses chinoises sont aux commandes, la designeuse Mijia Zhang et la gestionaire Wei Lin. En trois ans à peine, grâce à des vêtements de maille high-tech confortables, à des prix raisonnables pour la Fashion Week (400 dollars la robe), elles ont commencé à séduire une clientèle d'artistes et de vedettes, comme Taylor Swift ou Emma Roberts. Les vêtements sont produits dans l'usine textile de la mère de Wei Lin, près de Hong Kong. " Ça a été une leçon d'humilité", dans un contexte économique difficile, "d'essayer de construire une marque et de lutter entre ce qui se vend et ce que nous voulons vraiment créer", explique Wei Lin. Pour l'instant, PH5 ne dégage aucun bénéfice, dit-elle, mais les ventes sont en hausse sur leur site et sur des plateformes de vente en ligne. Issues toutes deux d'une culture asiatique - "où à ce stade, je devrais être mariée et avoir deux enfants", relève Wei Lin -, elles entendent utiliser leurs premiers succès pour promouvoir une femme "libre d'avoir la carrière qu'elle veut", souligne Mijia, 27 ans. Elles ont fait appel à des mannequins mais aussi à "de vraies femmes", dont une infirmière, deux jeunes étudiantes d'un programme d'aide aux femmes intéressées par l'informatique, une sculptrice et une ex-organisatrice de la campagne présidentielle d'Hillary Clinton.
PH5 pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

PH5 pap femme ah 2018-19, à New York, en février 2018

© ANGELA WEISS / AFP