Fashion Week de Milan : Armani classique, Marras voyageur, Versace et ses clans

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/02/2018 à 15H28, publié le 25/02/2018 à 15H02
Antonio Marras ah 2018-19 à Milan, février 2018

Antonio Marras ah 2018-19 à Milan, février 2018

© Tiziana FABI / AFP

A la Fashion Week de Milan, si certains créateurs surfent sur les courants du moment (le féminisme en a déjà inspiré plus d'un) d'autres cultivent leur classicisme. Alors que Giorgio Armani s'élève contre la mode-spectacle, Antonio Marras prend le prétexte d'un voyage en transatlantique pour se pencher sur le problème des migrants.

Contre la mode spectacle, le classicisme d'Armani

Giorgio Armani a présenté sa collection "Atmosphère" qui s'élève contre la mode spectacle et revendique le classicisme de la maison. "Ma mode n'est pas celle du spectacle qui dure le temps d'un défilé, qui sert à faire parler et qui serait déconnectée de ce que le client trouve ensuite dans mes boutiques", a déclaré Giorgio Armani. "Je ne vous parlerai pas de têtes coupées... Je n'ai jamais joué ce jeu là et le défilé d'aujourd'hui confirme l'idée que je défends depuis toujours : je ne suis pas là pour vous embrouiller", a-t-il dit, en faisant allusion aux polémiques du défilé Gucci (les mannequins avaient parfois un troisième oeil, tantôt un bébé dragon ou leur propre tête dans les bras comme accessoire). La saison est un croisement entre les codes "armaniens" comme le maître aime à les appeler - l'élégance linéaire, les formes essentielles, pures et allongées - et les influences d'autres cultures. Les motifs ethniques se déclinent sur les broderies de vestes courtes ou longues, dans les bijoux à pompon, sur les franges de sac en bandoulière. "L'intrusion et l'inclusion de références ethniques dans la mode est ce qui provoque l'émotion. Saint-Laurent avec le Maroc l'a fait dans les années 70 et c'est cela qui a marqué les esprits", a-t-il analysé. La palette neutre qui caractérise le style d'Armani est ici rehaussée de couleurs vives, fuchsia, rouge, de reflets métallisés ou agrémentée de strass.  
Giorgio Armani ah 2018-1, à la Milan Fashion Week, février 2018
Après le défilé, certains invités ont pu assister dans le théâtre attenant à la projection d'un court-métrage intitulé "La Veste". Le projet est le résultat du Armani Laboratorio, un atelier cinématographique qui s'est déroulé en novembre 2017 et qui a permis à huit jeunes talents du cinéma de travailler pendant une semaine avec leurs mentors, des professionnels renommés du secteur. Giorgio Armani s'est déclaré "heureux du résultat". "Lorsqu'un projet naît mais que je n'en ai pas le contrôle, je dois m'en remettre au talent des autres et cela crée de l'appréhension. Je suis donc rassuré et très satisfait", a-t-il confié.

Le voyage en transatlantique de Marras

Connu pour ses collaborations avec le théâtre et le cinéma, Antonio Marras a convié l'assistance à bord du transatlantique de son ancêtre pour un voyage imaginaire faisant écho aux migrations d'aujourd'hui. Une histoire racontée dans le livret distribué pendant le show et mise en scène sur le podium, des acteurs et des danseurs ponctuant de leurs prestations le passage des mannequins sur fond de notes de piano interprétées en direct. Ecrite par l'épouse du styliste, cette traversée imaginaire vers le Nouveau Monde était dédiée par Antonio Marras à un aïeul (imaginaire lui aussi ?), John Marras. Mais le créateur sarde ne s'en cache pas, elle était aussi pour lui un moyen d'évoquer de façon allégorique les migrants d'aujourd'hui. "En première classe, des hommes d'affaires élégants et des comtesses embijoutées, en seconde des commerçants et des femmes rêvant de rejoindre le tendre aimé et en troisième, douleur et désarroi", raconte le designer. Beaucoup de patchwork dans cette collection où les vestes d'hommes en pied de poules, Prince de Galles ou jacquard et les robes sont rehaussées de dentelles, de bijoux, de perles, de tulle. 
Antonio Marras ah 2018-19 à Milan, février 2018

Antonio Marras ah 2018-19 à Milan, février 2018

© Tiziana FABI / AFP

Les clans méritocratiques de Versace

"Certaines personnes naissent royales. D'autres deviennent des reines par leurs propres moyens" indique quant-à elle Donatella Versace. Ses femmes ne sont pas donc pas déterminées par la naissance mais construisent leur identité à travers passion et style. Des leitmotivs définissent les clans de Versace : celui de la couleur, de l'unité et du présent. Sur les podiums, du tartan jaune et violet, bleu et rouge, qui s'étale sur des kilts, des foulards en soie, des écharpes d'équipes de foot ou des ensembles pantalons-chemises d'une couleur ou d'un seul imprimé. Les tailleurs de femmes actives sont sanglés, les looks d'écolières aux jupes plissées sont associés à des blousons en cuir cloutés, les robes du soir sont hyper colorées. Les codes de la maison s'adaptent aux "millennials", en méga-baskets geek pour le confort.

Versace Women Fall Winter 2018 - The Clans of Versace

Cavalli et la "Surridge touch"

Pour son deuxième défilé en tant que directeur de création, l'anglais Paul Surridge a ajouté sa touche personnelle au répertoire de la maison transalpine Roberto Cavalli. L'opulence sexy et bohème laisse ici place à une relecture plus sophistiquée et atténuée des codes de la maison. "La collection interroge la notion de glamour moderne et ce que cela signifie pour moi", a déclaré le styliste après le défilé. "La confiance en soi est pour moi la clé de l'attitude sexy et glamour, mais pour cela il faut aussi se sentir confortable dans ses vêtements. Sans ce confort, on risque de devenir vulgaire. La collection est donc légère, élastique, elle s'adapte aux corps des femmes et des hommes". On retrouve les imprimés animaux chers à la maison mais dans des tons bleu nuit ou pourpre. Les robes sont près du corps, ajourées sans tomber dans la vulgarité et avec un air urbain. "Le dégradé, autre élément clé du vocabulaire de Roberto Cavalli, est ici inspiré des couleurs du verre de Murano", a précisé Paul Surridge.