Hors podiums, la mode sens dessus-dessous en 9 expositions

Corinne Jeammet
Par @CocoJeammet
Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 23/01/2018 à 09H19, publié le 22/01/2018 à 16H50
Exposition "Beyond Seeing" à la Villette

Exposition "Beyond Seeing" à la Villette

© Courtesy of the Goethe Institut

Pendant la Fashion Week des expositions permettent aux passionné(e)s qui n’ont pas d’invitations pour les défilés parisiens de découvrir les acteurs de l’industrie de la mode. Des créations des couturiers aux images immortalisées sur papier glacé, ces expositions, le plus souvent gratuites et parisiennes, sont le reflet d'une époque et de la société. Suivez le guide !

"Personal Dressing by Olivier Saillard"

L'ex-directeur du Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, désormais directeur artistique de J.M Weston, Olivier Saillard ouvre les portes de son dressing à la Galerie Joyce. Une exposition un rien ironique, consacrée à ce vestiaire pâtiné par le temps, à l'heure où défilent les nouvelles collections masculines de l'hiver 2018-19 sur les podiums de la PFW. Sobrement posés sur des chaises en bois brut, ses costumes, pantalons et chemises semblent simplement attendre le retour de leur propriétaire. L'ombre d'Olivier Saillard est ici palpable. "Installées sur des chaises de cirques, les vestes et les pantalons tous échappés de mon dressing sont dans l’obligation de raconter une part de celui qui les a portés. En acceptant l’invitation de la Galerie Joyce à présenter ce qui constitue l’ordinaire de la mode, celle que les podiums ne convoitent pas, c’est la banalité de soi-même que l’on expose (....) C’est donc sans fard, sans masque et sans triche que mes chemises élimées aux cols et aux poignets disent ma négligence à affronter le quotidien (...) Je n’aime rien moins que le rituel du quotidien, la succession des jours qui se ressemblent, la permanence des objets de la vie et des vêtements. Au neuf, je préfère l’usagé qui a roulé sa bosse et vaincu le temps des modes" indique Olivier Saillard (jusqu'au 26 janvier, Joyce Gallery. 168, Galerie de Valois, 75001). 

Personnal dressing d'Olivier Saillard, janvier 2018

Personnal dressing d'Olivier Saillard, janvier 2018

© Corinne Jeammet

"nous X Wooden Sneakers", une collab

Pour son lancement officiel en France, Wooden Sneakers présente ses oeuvres uniques dans le nouveau concept store, nous. Ce projet qui allie la sculpture sur bois à la sneakers culture est bluffant. Né de la collaboration entre Alfio, un passionné de sneakers, et Giammarco Antoci, un artiste sculpteur sur bois, Wooden Sneakers est un concept artistique original qui a pour but de reproduire avec un unique morceau de bois, des baskets emblématiques, ou personnalisées. Wooden Sneakers propose trois niveaux de détails pour ses créations : Roots, une reproduction brute du modèle en bois ; Ibrid, une version plus travaillée avec des effets de peintures ; Mirror, une oeuvre identique où le bois pourrait se confondre avec le cuir d’une réelle sneakers (jusqu'au 28 janvier. nous, 48 rue Cambon.75001).

nous x Wooden Sneakers, au concept store nous, janvier 2018

nous x Wooden Sneakers, au concept store nous, janvier 2018

© Corinne Jeammet

"Beyond Seeing", appréhender la mode à travers les sens et sans la vue

La mode n’est pas seulement visuelle : on peut la toucher, la sentir et l’écouter. À l’occasion de la Paris Fashion Week et de la semaine franco-allemande, l’exposition "Beyond Seeing", interactive et multisensorielle, montre des vêtements, objets et oeuvres d’art dont le véritable sens n’est révélé que lorsqu’on ferme les yeux. Cette initiative à l’origine du Goethe Institut de Paris est une coopération avec des écoles de mode et de design d’Allemagne, de France, de Suède et de Belgique. La mode et le design sont d’abord une expérience visuelle. Un univers qui est refusé aux personnes aveugles ou malvoyantes. La question est comment celles-ci peuvent percevoir des phénomènes visuels ? Comment expérimentent-elles les couleurs, les tissus et les surfaces ? L’objectif du projet a été de rendre perceptibles la mode et le design dans une interaction des différentes perceptions sensorielles se situant au-delà du sens visuel. En Suède par exemple, l’ouïe a été au coeur de la recherche, les participants français se sont saisis de l’odeur, les Belges se sont focalisés sur le corps dans l’espace et les Allemands sur le toucher. Ici, le public voyant et malvoyant vit cette exposition de la même manière puisqu’elle s’expérimente avec tous les sens. Lors de la découverte d’éléments acoustiques, olfactifs et sensoriels, des accompagnateurs voyants et malvoyants aident les visiteurs à s’orienter (jusqu'au 28 janvier. WIP. La Villette. Parc de la Villette. Avenue Corentin-Cariou. 75019).
Exposition "Beyond Seeing" : atelier de création à Paris (France) consacré à l'odorat

"In Fashion", photos des années 50 à nos jours

Mode et photographie sont indissociables. L’art et la création sont au centre de l’exposition "In Fashion", hommage à la mode et à ses créateurs comme Dior, Chanel, Yves Saint Laurent… Art Photo Expo propose une sélection de photographies de mode des années cinquante à nos jours au travers du regard de 21 artistes : Claude Azoulay, Pierre Boulat, Pascal Chevallier, Michel Comte, Georges Dambier, Arthur Elgort, Tony Frank, Seb Janiak, Douglas Kirkland, Thierry Le Gouès, Alix Malka, Simon Procter, Andre Rau, Philippe Robert, Mark Seliger, Mark Shaw, Jeanloup Sieff, Sonia Sieff, Melvin Sokolsky, Mathieu Walter, Albert Watson. L'artiste britannique Zoe Bradley y expose également une sculpture magistrale d'une robe composée de 8.000 plissés en papier (du 26 janvier au 31 mars. Galerie du Royal Monceau. 41, avenue Hoche. 75008). 
Exposition In Fashion au Royal Monceau à Paris

“Here We Are" de Burberry

Présentée à Londres en 2017, l’exposition "Here We Are" propose 90 oeuvres de 30 photographes de société et de documentaires du 20e siècle : Janette Beckman, Jane Bown, Brian Griffin, Dafydd Jones, Karen Knorr, Martin Parr, Charlie Phillips, Andy Sewell et Jo Spence. Elle explore le British way of life à travers des présentations monographiques et des thématiques. Les œuvres exposées à Paris pour la première fois incluent aussi des photographies de Shirley Baker, Ken Russell, Colin Jones et Daniel Meadows. A découvrir également une présentation de travaux d’Alasdair McLellan, dernier collaborateur créatif de Burberry, mettant en scène quatre séries de travaux pris en Angleterre, Irlande du Nord, Ecosse et Pays de Galles. Enfin, des imprimés photographiques et des projections mettant en scène des travaux du designer, photographe et réalisateur russe Gosha Rubchinskiy (du 26 janvier au 4 février. 11 rue Béranger. 75003). 
Blondey McCoy porte un manteau Burberry

Blondey McCoy porte un manteau Burberry

© Alasdair McLellan x Courtesy of Burberry

Kurashiki Japan, 14 marques prônent l’excellence

La ville de Kurashiki présente l’excellence de ses productions artisanales locales au travers de 14 marques, riches d’une histoire, d’une sensibilité et d’un esprit propres à cette région. Kurashiki doit sa renommée à son quartier historique Bikan où les habitants ont développé l’art populaire "Mingei", plein de sensibilité et de beauté, dont l’esprit transparaît dans la production d’objets de la vie quotidienne. Il y a 400 ans, grâce à son extension due à des terres gagnées sur la Mer Intérieure et l’introduction de plants de coton, la ville connait une forte croissance de son industrie textile. S’appuyant sur les technologies développées depuis plusieurs siècles, elle est réputée pour la qualité de sa production textile : ses cordons Sanada, ses tabis (chaussettes traditionnelles), ses sacs en toile, ses costumes d’écoliers et ses jeans denim. Kurashiki est devenue la capitale du denim au Japon et ses jeans de luxe sont réputés dans le monde. Les riches entrepreneurs du secteur textile ont même fait construire des musées privés, parmi les premiers du Japon, sur l’art occidental et l’art populaire Mingei, contribuant à la conservation du patrimoine. Cette exposition est aussi l’occasion de mettre en avant des collaborations entre des designers vivant à Paris et certaines de ces marques (jusqu'au au 17 mars. Discover Japan. 12, rue Sainte-Anne. 75001).
Expo Kurashiki Japan : jeans Blue Sakura

Expo Kurashiki Japan : jeans Blue Sakura

© DR

"La mode selon Nimrod", en sculptures

Le sculpteur Nimrod Messeg, qui vit et travaille en Espagne, présente 20 œuvres dont des robes de fer à la beauté enlacée et sensuelle dans le cadre de l’exposition "La mode selon Nimrod". La galerie d’art accueillera des jeunes créateurs, sans budget, pour leur permettre de défiler durant la semaine de la mode (jusqu'au 26 janvier. Galerie Mona Lisa. 32, rue de Varenne 75007)
« La mode selon Nimrod », sculpture May de Nimrod

« La mode selon Nimrod », sculpture May de Nimrod

© Nimrod

"Pop Style Icons", l’évolution des styles

Le photographe de mode Michel Haddi présente "Pop Style Icons", sa première exposition en France. Celui qui a travaillé pour les magazines Vogue, Harper’s Bazaar et Vanity Fair raconte à travers une soixantaine d’œuvres l’évolution des styles au travers des époques, toutes marquées par des changements profonds historiques et culturels, notamment les années 90 avec l’iconique Kate Moss mais aussi le nouveau millénaire. On retrouve des clichés de David Bowie, Nicholas Cage, Martin Scorsese, Jennifer Lopez, Uma Thurman… 15 photos supplémentaires inédites d’artistes français viennent enrichir l'exposition : des acteurs, mannequins, chanteurs mais aussi des icônes des années 80 à nos jours. Chaque photo est accompagnée d’anecdotes (jusqu’au 10 février. Centre McArthur Glen Provence. Mas de la Péronne. Rue de la Guénouille. 13140 Miramas).
Kate Moss de Michel Haddi 

Kate Moss de Michel Haddi 

© Michel Haddi

Doc Martens revisité par Eugene Riconneaus

Le salon Première Vision Accessories réuni Eugène Riconneaus, designer chaussure connu pour son ton transgressif, et une marque iconique, Dr. Martens, pour une exposition de 15 œuvres artistiques. Le créateur français revisite des modèles emblématiques de la marque britannique via la customisation en y intégrant plumes, rubans, strass, broderies et textiles. "La transgression, l’émancipation, la transversalité sont au fondement de mon travail créatif que vous pourrez découvrir à travers ce projet d’exposition" explique Eugène Riconneaus, designer atypique, autodidacte, doté d'une grande connaissance de la street culture et en recherche perpétuelle d’esthétique (du 13 au 15 février 2018. Salon Première Vision Paris. Parc des expositions de Paris Nord Villepinte). 
Exposition Eugène Riconneau & Doc Martens

Exposition Eugène Riconneau & Doc Martens

© DR