Christophe Josse, un couturier serein avant son retour en haute couture

Mis à jour le 23/01/2018 à 17H37, publié le 23/01/2018 à 17H30
Le créateur Christophe Josse, décembre 2017 à Paris

Le créateur Christophe Josse, décembre 2017 à Paris

© Corinne Jeammet

Christophe Josse revient sur les podiums en tant que membre invité de la haute couture. Il réintègre le calendrier de la Fédération de la haute couture et de la mode qu'il avait quitté en 2014. Rencontre avec un couturier, serein, et indiscrétions sur sa collection printemps-été 2018 qui défile le 25 janvier à Paris.

Créateur d’une esthétique à la délicate élégance, sensuelle et aérienne, il avait arrêté la couture et le prêt-à-porter en 2014 suite à des problèmes financiers. Christophe Josse prône un néo-classicisme subtil et contemporain. La simplicité étudiée, les nervures comme une ossature, les plissés arachnéens et les contrastes de matières définissent son style à la silhouette ultra-féminine et romantique. 

Qu’avez-vous fait depuis votre dernier défilé haute couture hiver 2013-14 ?

Après l’arrêt de la couture et du prêt-à-porter en même temps, j’ai réalisé une collection de robes de mariées en partenariat avec Cymbeline puis j’ai enchaîné avec une collection de sacs pour la maroquinerie de luxe Vignes
Le créateur Christophe Josse, décembre 2017 à Paris

Le créateur Christophe Josse, décembre 2017 à Paris

© Corinne Jeammet
En 2017, j’ai mis en place une collection de prêt-à-porter Klova by Christophe Josse en association avec un groupe industriel chinois. Cela a été l’opportunité de découvrir un prêt-à-porter haut de gamme aux codes différents… une expérience enrichissante et une façon d’appréhender le travail différemment. Tu sors heureux d’avoir réussi à mettre en place cette histoire. J’ai appris beaucoup. La collection, actuellement en vente, est diffusée dans plus de 100 boutiques en Chine. Cela à participé à l’envi de redémarrer une activité couture, de remettre en place les ventes avec des clientes (qui passaient toujours des commandes). On a reconstitué un atelier. C’est important d’avoir une collection qui installe un paysage, une ambiance, une fragrance. C’est une histoire que l’on raconte : un vêtement, c’est autre chose qu’un dessin !

Dans quel état d’esprit êtes-vous pour ce retour ?

Enthousiaste, serein, tout en m’interrogeant. En effet, tu te remets en question. J’ai envie que cela soit comme je l’imagine. Je suis porté par les gens qui m’entourent, par les ondes positives qu’ils m’envoient. Cela aide l’enthousiasme ! C’est un travail collégial : je suis entouré d’une chorale de voix qui vont à l’unisson et concourent de l’énergie de tous. Réintégrer le calendrier de la chambre syndicale, c’est important. Cela a aiguisé mon appétit créatif, mon désir de raconter une histoire.

Quelle différence par rapport à la dernière collection présentée ?

Là, je porte l’histoire sur mes frêles épaules. C’est mieux que d’être mal accompagné. Les divorces douloureux, j’ai donné ! Cela permet de savoir pourquoi tu le fais. Tu changes aussi, tu évolues, tu n’es plus tout à fait pareil qu’avant... et la donne n’est plus la même !
Détail d'un tissu pour la collection de Christophe Josse, décembre 2017

Détail d'un tissu pour la collection de Christophe Josse, décembre 2017

© Corinne Jeammet

Quelles sont les inspirations de la collection printemps-été 2018 ?

C’est un peu la continuité de ce qui a été raconté jusqu’à présent. Il y a eu un intermède mais on continue : le fil conducteur n’est pas cassé. Cette collection est dans l’inspiration, la mouvance de la dernière. Elle est épurée, déclinée dans une gamme chromatique ténue, le travail sur les silhouettes est maitrisé. Le chemin est tracé ; c’est une continuité mais avec un regard différent tout en tenant une ligne.
Détail d'un tissu pour la collection de Christophe Josse, décembre 2017.

Détail d'un tissu pour la collection de Christophe Josse, décembre 2017.

© Corinne Jeammet
Les couleurs s’inspirent du blé, de l’orge, du chanvre, du coton et du lin. Elles sont très naturelles, ce sont des mélanges subtils. Les matériaux aussi sont naturels : lin, coton, soie délavée ainsi que des tricots…
Echantillon de tissu pour la collection Christophe Josse, décembre 2017

Echantillon de tissu pour la collection Christophe Josse, décembre 2017

© Corinne Jeammet
Ce sont des silhouettes de paysannes de luxe échappées de leurs champs. Une touche ethnique souffle avec un vent venu d’Afrique du nord, du Maroc, des Aztèques et des Incas ; c’est une mixité de différentes influences. Il y a des jeux graphiques, des jeux d’or sur les matières, du travail de boutis, du nid d’abeille et des ponctuations de verre soufflé… Il a aussi des plumes d’autruches glycériné signées de l’artiste designer plumassier Eric Charles Donatien

Marie-Noêlle Bayard, la designer textile, m’aide à la réalisation des tricots. J’ai la sensation qu’elle est animée d’un vrai désir. Tu sais qu’avec elle les choses vont prendre forme. Elle n’a pas peur des défis. Il y a certes des discussions techniques et des contraintes mais il a un échange.
Marie-Noêlle Bayard et Christophe Josse, décembre 2017 à Paris

Marie-Noêlle Bayard et Christophe Josse, décembre 2017 à Paris

© Corinne Jeammet
Marie-Noëlle Bayard : "Ce sont les défis qui sont intéressants : se dépasser et trouver des choses nouvelles, sinon on s’ennuie. Au fur et à mesure, il y a transformation, on peaufine le projet. C’est tout l’intérêt des métiers créatifs".

Christophe Josse, le chantre de l’élégance poétique

Après des études d’histoire de l’art, Christophe Josse rejoint le studio de la maison de couture Torrente, qu’il quitte après une collaboration de près de quinze années.

Christophe Josse haute couture printemps-été 2013, à Paris

En juillet 2005, il présente sa première collection couture éponyme et crée en 2006 sa maison. Il devient membre permanent de la chambre syndicale de la haute couture en 2011 et enrichit, ensuite, son univers d’une ligne de prêt-à-porter. En rupture avec la haute couture en 2014, il travaille alors sur différents projets.