Haute couture : l'ode de Jean Paul Gaultier au smoking et à la liberté

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 05/07/2018 à 14H21, publié le 05/07/2018 à 13H56
Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018

Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018

© Alain JOCARD / AFP

Le couturier, qui a bouleversé la mode des années 1980, a toujours aimé la transgression. L'anticonformiste Jean Paul Gaultier a fait danser des volutes virtuelles de cigarette dans sa collection de haute couture automne-hiver 2018-2019 qui jouait avec l'idée du smoking et du "no smoking".

La cigarette, contre laquelle les autorités de santé mènent la guerre, lui inspire des bijoux : collier, boucle d'oreille, bracelet... Des images de volutes de fumée sont projetées sur le rideau blanc d'où sortent les mannequins et le défilé s'ouvre sur la chanson "Cigarette" de Jacques Higelin, disparu en avril 2018.

Un jeu de mots avec le smoking, élément central de cette collection essentiellement noire et blanche. Le couturier a voulu envoyer un message de liberté : "la liberté qu'on devrait pouvoir avoir, de fumer ou de ne pas fumer", dit-il à l'AFP. "On est dans un monde assez policé", épingle-t-il. La ministre française de la Santé Agnès Buzyn avait qualifié, le matin même du défilé, le tabac de "has been", ajoutant que fumer n'était "plus dans l'air du temps".
Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018 2

Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018 2

© Alain JOCARD / AFP
La robe de mariée finale, vaporeuse en organza vert d'eau, évoque aussi un nuage de tabac évanescent. Les mannequins tiennent ici une pipe, là un fume-cigarette ou une cigarette électronique. Dans cette collection où les silhouettes masculines étaient nombreuses, les opposants au tabac sont présents, portant un pull de fourrure ou un masque, à message "no smoking". 

"Tétons libres", un message de liberté

La liberté pour Jean Paul Gaultier s'exprime aussi avec le message "tétons libres" ou "free the nipple", inscrits sur des bustiers de plastique transparent, portés à même la peau par un homme et une femme. "Les hommes ont le droit d'être torse nu, pourquoi les femmes n'en auraient-elles pas le droit ?", lance-t-il. "Je ne dis pas qu'il le faut, moi qui suis pour les corsets et pour les soutiens-gorge ! Mais la femme peut ne pas en porter !", poursuit le couturier, en référence à un incident "assez scandaleux" au cours duquel une jeune fille a été convoquée par la direction de son lycée en Floride pour ne pas avoir porté de soutien-gorge sous son sweat-shirt. Le créateur a prévu des protections de plastique pour "montrer qu'on peut se balader les seins nus sans pour autant vouloir être attaquée et agressée". 
Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018

Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018

© Francois Mori/AP/SIPA

Le Fez, signé Stephen Jones, coiffe les têtes

Autre star de la collection, le Fez. Réalisé par le chapelier britannique Stephen Jones, ce traditionnel couvre-chef de feutre rouge en forme de cône tronqué, coiffe de nombreuses têtes. Des silhouettes de cavaliers foulent le podium, avec des pantalons et des bottes d'équitation. Le couturier, connu pour son art de découper les vêtements, s'amuse à faire d'un pantalon un short, se servant du reste pour en faire des bottes. Un mannequin à la chevelure rousse, portant une tourbillonnante robe de tulle bleue, rappelle Yvette Horner, reine de l'accordéon et des bals populaires, et amie de Jean Paul Gaultier, disparue en juin 2018.
Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018

Jean Paul Gaultier haute couture automne-hiver 2018-19 à Paris, juillet 2018

© Alain JOCARD / AFP

"Fashion Freak Show", le 2 octobre aux Folies Bergère

Parmi les célébrités présentes figurait le musicien Nile Rodgers, à qui Jean Paul Gaultier a fait appel pour son spectacle "Fashion Freak Show", qui évoque son propre parcours et doit se jouer à partir du 2 octobre aux Folies Bergère à Paris. Etait également présente la cinéaste Tonie Marshall, avec qui le couturier cosigne la mise en scène. La réalisatrice a confié son "admiration depuis toujours pour la créativité" de Jean Paul Gaultier. Dans ses défilés, "j'ai toujours vu quelque chose qui était au-delà de la mode, une façon de théâtraliser, de penser", a-t-elle dit. Le spectacle "va raconter sa vie, et la façon dont il a compté dans l'évolution de la mentalité de beaucoup de gens, sur le genre, sur la liberté, sur la transgression".