De Beers, Chanel, Chaumet : quand la haute joaillerie puise dans son histoire

Corinne Jeammet
Par @CocoJeammet
Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 17/07/2018 à 18H29, publié le 17/07/2018 à 10H06
Collection Vulcain De Beers

Collection Vulcain De Beers

Le dernier jour de la semaine de la haute couture parisienne est traditionnellement consacré à la haute joaillerie. Le 5 juillet, neuf maisons ont ainsi présenté leur savoir-faire aux professionnels. Retour sur la haute joaillerie Chanel, De Beers et Chaumet qui ont puisé leur inspiration aux sources de leur histoire et découverte d'une jeune marque 404 Place Vendôme.

De Beers et les légendes entourant les diamants  

Lors de la présentation de sa collection "Diamond Legends by De Beers", la maison a présenté Eureka, le premier diamant officiellement découvert en Afrique du Sud. Ce diamant de 21.25 carats a été trouvé par Erasmus Jacob sur les rives du fleuve Orange. L’Eureka est passé entre de nombreuses mains, puis a traversé les océans. Il a été acquis par De Beers 100 ans après sa découverte, et est retourné en Afrique du Sud où il a été exposé à Kimberley.
Diamant Eureka original

Diamant Eureka original

© De Beers haute joaillerie
Ce diamant héritage complète la collection de haute joaillerie "Diamond Legends by De Beers" qui célèbre le pouvoir de cette pierre. Depuis des siècles, elle est au coeur des contes mythologiques. Selon d'anciennes légendes, les diamants étaient imprégnés de propriétés magiques et souvent liés aux vertus telles que l’amour, la force et l’éternité et l'on raconte que les diamants sont des créations divines venues des cieux et offertes à la terre. De Beers rend hommage à ces légendes avec quatre parures dont chacune porte un nom d’origine divine. À travers Cupid, Ra, Celestia et Vulcan, ces liens mythiques qui unissent les diamants aux dieux de l’Antiquité sont racontés grâce à des diamants de couleur et de différentes tailles, aux côtés de diamants bruts dans une variété de teintes naturelles. "Cette nouvelle collection de haute joaillerie est une façon idéale de célébrer le 130e anniversaire de De Beers, the Home of Diamonds since 1888" ajoute François Delage, PDG, De Beers Jewellers.
Collection Vulcan De Beers haute joaillerie

Collection Vulcan De Beers haute joaillerie

© De Beers haute joaillerie

Gabrielle Chanel et sa passion pour les paravents de Coromandel

"La première fois que je vis un paravent de Coromandel, je m’écriai : comme c’est beau ! Je n’avais jamais dit cela d’aucun objet"... Les paravents de Coromandel que Gabrielle Chanel découvrit dès les années 1910 habilleront ses intérieurs : de l'avenue de New-York à l’hôtel particulier, rue du Faubourg Saint-Honoré, où elle s’installa en 1923, puis de sa suite au Ritz Paris à sa villa de Lausanne en 1968. La couturière vécut dans un écrin de laque où barques et palais, fleurs et oiseaux aux reflets d’or et de rouge sombre se détachaient sur fond noir. Elle ne se lassa jamais d’en rechercher de nouveaux, au point d’en posséder une trentaine, dont elle donna certains, tout en prenant soin d’en garder assez, disait-elle "pour tapisser ma maison". "Je suis comme un escargot, moi, confia-t-elle à l'écrivain Claude Delay. Je porte ma maison avec moi… Deux paravents de Chine, des livres partout. Je n’ai jamais pu vivre dans une maison ouverte. La première chose que je cherche, c’est des paravents". Ces décors quotidiens, Gabrielle Chanel n’hésita pas à les monter et démonter, d’un endroit à l’autre, à rogner, clouer, coller, détacher, réduire, transformer, retoucher suivant ses besoins et ses envies, y épinglant photos et dessins de ses amis artistes. Aujourd’hui encore, dans l’appartement de Chanel au 31 rue Cambon à Paris, les paravents des XVIIe et XVIIIe siècles masquent les portes, entourent la cheminée et le canapé. Ils se reflètent dans les miroirs et le cristal de roche semblant se démultiplier à l’infini.
Gabrielle Chanel devant un paravent de Coromandel en 1937

Gabrielle Chanel devant un paravent de Coromandel en 1937

© Boris Lipnitzki/Roger-Viollet
S'inspirant de cette passion pour les paravents en laque de Coromandel, la collection Coromandel propose 59 pièces dont 24 sont des pièces uniques. Les motifs chers à Gabrielle Chanel sont repris autour de trois thèmes : floral (évoquant notamment sa fleur fétiche le camélia), animal (à travers le bestiaire du Coromandel et ses oiseaux) et minéral (pour celle qui aimait les cristaux et les gemmes). Le thème floral inspire une manchette réversible reprenant la structure géométrique des paravents, comprenant un diamant jaune pivotant. Le thème minéral se dessine sur le plastron de la parure Horizon Lointain en or jaune, ponctué de nuages de nacre et de diamants évoquant un paysage de Coromandel. Les gemmes utilisées rappellent la gamme chromatique des laques de Coromandel : le vert des grenats tsavorites, des émeraudes ou d’une tourmaline de 37 carats, le rouge du spinelle et la profondeur hypnotique de la laque noire transposée en onyx.
Bracelet Horizon Lointain, collection Coromandel Chanel haute joaillerie

Bracelet Horizon Lointain, collection Coromandel Chanel haute joaillerie

© CHANEL Fine Jewelry

Chaumet et les "Trésors d'Afrique"

Chaumet avait choisi d'exposer dans ses salons parisiens les 7 et 8 juillet "Trésors d’Afrique". Après la Russie de Promenades Impériales puis le Japon de Chant du Printemps, c'était la dernière escale de la collection "Les Mondes de Chaumet" avec 60 créations rendant hommage à l’Afrique. C'était aussi une occasion rare de découvrir, en même temps, les plus anciens salons classés de la place Vendôme.

Bague Talismania oeil de tigre collection "Trésors d'Afrique" de Chaumet

Bague Talismania oeil de tigre collection "Trésors d'Afrique" de Chaumet

© Courtesy of Chaumet

Jusqu'au 17 septembre, elle présente au Mitsubishi Ichigokan Museum de Tokyo l’exposition "Les Mondes de Chaumet", un voyage dans l’histoire, la culture, le savoir-faire et le style de la maison.

Exposition "Les mondes de Chaumet" au Mitsubishi Ichigokan Museum de Tokyo, le teaser

404 Place Vendôme, un souffle digital

Outre les 9 maisons inscrites dans le calendrier haute couture (Anna Hu, Boucheron, Bulgari, Chanel Joaillerie, Chaumet, Chopard, De Beers, Dior Joaillerie, Louis Vuitton et Mikimoto), d'autres comme 404 Place Vendôme ont dévoilé en parallèle leur univers parfois plus contemporain. 404 Place Vendôme associe le code digital 404 (qui signifie "not found") et la tradition joaillière de la Place Vendôme. Le 5 juillet, la marque qui aspire à faire souffler un vent fais sur la joaillerie française a ainsi mené une action Guérilla Place Vendôme lors de laquelle de "gentils révolutionnaires" ont tagué le nom de la marque sur le sol et sur les murs. Le 12 juillet, elle a levé le voile sur sa collection 404 avant de lancer le 14 juillet sa plateforme digitale. Cette collection est en rupture avec les collections habituelles car elle ose l’alliance de matières improbables : or noir, caoutchouc, gemmes...
 


Un des cofondateurs explique : “J’ai hérité d’un amour ancestral pour les pierres et métaux précieux, du savoir-faire familial et de l’expertise artisanale transmise au coeur de nos ateliers. Parallèlement, je me suis formé à la gemmologie, et ai apporté une dimension stratégique à mes connaissances grâce à un master de luxe. Je suis parti à la rencontre d’artisans, gemmologues et fournisseurs à travers le monde et me suis dressé une liste de précieux contacts. Pourtant, il y a bien une chose que je découvre et redécouvre chaque jour, depuis la création de 404 Place Vendôme : l’émotion que procurent nos bijoux. C’est une chose qui ne peut être enseignée". 

Collection 404 Place Vendôme

Collection 404 Place Vendôme

© Courtesy of 404 Place Vendôme