La filature Arpin : start-up de 200 ans recherche son maître lainier

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/11/2017 à 15H45, publié le 29/11/2017 à 15H39
Travail sur une des machines dans l'usine Arpin, novembre 2017

Travail sur une des machines dans l'usine Arpin, novembre 2017

© JEFF PACHOUD / AFP

La filature Arpin en Savoie, fournisseur des tenues des guides de Chamonix et de l'explorateur polaire Paul-Emile Victor, fête ses 200 ans. L'entreprise, classée Patrimoine Vivant en 2006, possède 14 machines classées au titre des Monuments historiques. La société qui évolue avec son temps a des ambitions internationales mais peine à former son prochain maître-lainier.

"Tout est dans son jus et la machine la plus moderne date de 1980..." indique Eric Forestier, le directeur général d'Arpin, entreprise classée depuis 2006 Entreprise du Patrimoine Vivant, label qui distingue l'excellence des savoir-faire. Dans cette bâtisse où une partie de l'électricité provient encore du Versoyen, torrent qui dévale à ses pieds, 14 machines ont été classées au titre des Monuments historiques. Plusieurs fonctionnent encore comme le loup batteur de 1865 ou l'ourdissoir de 1890.
L'histoire de la filature Arpin
Si l'univers de base d'Arpin est le drap de laine robuste, répandu au XIXe siècle par le colporteur Pierre Blanc, "pape de Bonneval-sur-Arc" en Savoie, il s'est enrichi d'une activité décoration et d'une autre prêt-à-porter. Ces trois pans pèsent chacun pour un tiers dans les 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires estimés pour 2017. Dans cette filature, 20.000 mètres linéaires sont tissés chaque année, pour être vendus à la coupe ou transformés en rideaux, plaids, jetés de lits, poufs, sacs à main ou vestes...
Les fils de laine de l'entreprise Arpin, novembre 2017

Les fils de laine de l'entreprise Arpin, novembre 2017

© JEFF PACHOUD / AFP

Une carte à jouer à l'export

"Notre propriétaire Jean-Philippe Caille a cette formule : on est une start-up de 200 ans. Il faut se réinventer, aller vers de nouveaux clients et de nouveaux tissus", explique Eric Forestier. La petite filature artisanale du bout de la Tarentaise évoque les Etas-Unis, l'Asie ainsi que le Japon et la Corée du Sud : "ils y sont fans de notre laine!". "Les gens redécouvrent les qualités intrinsèques de la laine : ça tient chaud, ça régule la température, c'est déperlant, respirant et anti-feu", énumère l'ancien publicitaire, revenu à plus "d'authenticité".

Alors si vous y ajoutez "le 100% Made in France, le luxe, l'art de vivre à la française et les Alpes, on a vraiment une carte à jouer à l'export", s'enthousiasme le dirigeant. D'autant que deux jeunes femmes travaillent à créer de nouveaux produits, comme ce "voile de laine" tissé en mérinos d'Arles - seule infidélité aux moutons des vallées alpines - grâce au métier Jacquard électronique. "On perpétue la tradition mais on évolue avec notre temps. Avant, c'était des tissus bruts, authentiques. On peut maintenant aller vers des tissus plus raffinés, plus dessinés", affirme Sarah Martineau, 24 ans, responsable qualité, R&D et tisserande.

C'est avec un respect infini qu'elle manie l'ourdissoir centenaire pour préparer sa chaîne, sous l'oeil de Louis Vignon, 60 ans, "croiseur de fils" lyonnais, qui a mis "5 à 6 mois à la former".
Ouvrière dans l'usine Arpin, novembre 2017

Ouvrière dans l'usine Arpin, novembre 2017

© JEFF PACHOUD / AFP

8e génération mais former un successeur

Mais tout le destin de la filature est suspendu au savoir-faire de Jacques Arpin, 8e génération du nom et maître-lainier sans successeur. "Il va falloir que la maison s'applique à le remplacer, car il a le même âge que moi", souffle Louis Vignon. Car c'est à Jacques Arpin que revient de choisir la laine, de la faire sécher au grenier, de la battre, la carder et la filer. Et ce, depuis l'âge de 17 ans. Il met autant de délicatesse à sentir la fibre du lainage qu'à régler ses monstres mécaniques. 
Le maître lainier Jacques Arpin, novembre 2017

Le maître lainier Jacques Arpin, novembre 2017

© JEFF PACHOUD / AFP
"Transmettre, c'est compliqué. Compliqué ! Il faut trouver quelqu'un d'intéressé et qui connaisse un peu mais comme c'est un métier qui n'existe plus, c'est pas évident", admet l'artisan. Et puis, "il faut avoir l'oeil partout et les yeux derrière la tête", ajoute-t-il.