Vers un scandale de harcèlement sexuel dans la mode masculine ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/01/2018 à 13H28, publié le 14/01/2018 à 16H39
Le photographe  Mario Testino, septembre 2017

Le photographe  Mario Testino, septembre 2017

© Michael loccisano / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

A la veille de la Paris Fashion Week masculine, l'industrie de la mode a été à nouveau ébranlée par un scandale d'abus sexuels. Le photographe Mario Testino, référence du monde de la mode et prisé des célébrités, est accusé de harcèlement sexuel par treize personnes citées dans un article du New York Times publié le 12 janvier.

Ce nouvel épisode de la déferlante qui frappe le monde du divertissement, des médias, de la mode et de la politique depuis les révélations du quotidien new-yorkais sur Harvey Weinstein concerne aussi un autre photographe de mode, Bruce Weber, déjà mis en cause et objet de nouvelles accusations.

Dans une déclaration transmise à l'AFP le directeur général du groupe de presse Condé Nast (Vogue, Vanity Fair et GQ notamment), Bob Sauerberg, et la directrice artistique du groupe, Anna Wintour, se sont dits "interpellés par ces accusations", qu'ils prennent "très au sérieux". Ils ont pris la décision de ne plus collaborer avec aucun des deux photographes "jusqu'à nouvel ordre".

Pour le mannequin Christopher Cates, il faut libérer la parole

Le mannequin Christopher Cates, qui sur Instagram a raconté avoir été enjoint à se dénuder par Bruce Weber pour des exercices respiratoires lors d'une séance photo, a appelé dans le Women's Wear Daily, ses confrères victimes de harcèlement sexuel à parler. "Nous ne pouvons plus prétendre être épargnés par les abus sexuels", a-t-il écrit, en concluant: #MENTOO (les hommes aussi), reprenant le célèbre #Metoo né dans la foulée de l'affaire Weinstein.

Cette initiative pourrait délier des langues chez les mannequins hommes, alors que nombre d'entre eux s'apprêtent à fouler les podiums parisiens, du 16 au 21 janvier 2018.

En décembre 2017, l’avocate Lisa Bloom avait souligné que "tous ceux qui prennent la parole le font en s'appuyant sur ceux qui l'ont fait avant", et noté le courage des "premiers qui parlent dans un cas très médiatique, c'est terrifiant". Elle affirmait avoir parlé à "beaucoup de mannequins terrifiés de parler publiquement de comportements abusifs, et même d'agressions sexuelles, car ils pensaient que leur carrière en serait anéanties" quand d'autres ont choisi de quitter ce milieu. 

Mario Testino, "un prédateur sexuel" selon Ryan Locke

Péruvien d'origine âgé de 63 ans, Mario Testino a photographié en plus de 40 ans de carrière des dizaines de campagnes publicitaires pour de grandes maisons de mode et vu ses clichés en une des plus prestigieux magazines, notamment "Vogue" à de très nombreuses reprises. C'est lui qui a pris la photo de la joueuse professionnelle de tennis Serena Williams avec son bébé pour la couverture de l'édition de février du magazine, dévoilée cette semaine. Il a également signé des portraits remarqués de célébrités, notamment la photo officielle des fiançailles du prince William et de Kate Middleton, ainsi qu'une série de clichés de la princesse Diana en 1997, publiées dans le magazine Vanity Fair.


Plusieurs mannequins, dont des stars du milieu, ainsi que d'anciens assistants de Mario Testino accusent le photographe de leur avoir fait des avances, voire d'avoir franchement tenté d'initier un rapport sexuel mais aucun dit n'avoir cédé. "C'était un prédateur sexuel", affirme notamment Ryan Locke, mannequin vedette à la fin des années 1990. Il raconte que lors d'une séance photo, Mario Testino aurait demandé à toute l'équipe de sortir de la pièce pour se retrouver seul avec lui et se serait alors jeté sur lui. "Je suis la fille, tu es le garçon", aurait dit le photographe au mannequin, qui explique l'avoir écarté avant de quitter les lieux.

Un ancien assistant du photographe, Hugo Tillman, dit avoir vécu une expérience similaire, tandis qu'un autre, Roman Barrett, assure que Mario Testino s'est frotté sur sa jambe et s'est masturbé devant lui. "Le harcèlement sexuel était une réalité constante", résume-t-il. Sollicité par l'AFP, Mario Testino n'a pas donné suite.

Des mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel

Dans l'article du New York Times du 12 janvier 2018, quinze mannequins masculins, encore en activité ou retraités, accusent un autre photographe, Bruce Weber, de harcèlement sexuel. Début décembre 2017, il avait déjà été assigné en justice pour agression sexuelle par le mannequin Jason Boyce. Contacté par l'AFP, l'avocat de Bruce Weber n'a pas donné suite.

En octobre 2017, plusieurs magazines (Vogue et Vanity Fair) et grandes marques de mode avaient annoncé qu'ils ne travailleraient plus avec le photographe Terry Richardson, connu pour ses photos provocantes et soupçonné, depuis des années, de harceler sexuellement ses mannequins.

Outre la décision de ne plus travailler avec Mario Testino ou Bruce Weber, le groupe Condé Nast a annoncé le 12 janvier des mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel. Elles prévoient notamment que tous les mannequins qui seront pris en photo pour un titre du groupe devront être âgés d'au moins 18 ans et que toute séance impliquant de la nudité, une tenue légère ou des poses suggestives devra voir son contenu approuvé préalablement par le sujet.