Interview. Jean-Marie Périer, des clichés rares de sa "Fashion Galaxy"

Corinne Jeammet
Par @CocoJeammet
Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 20/04/2018 à 08H56, publié le 20/03/2018 à 14H32
Exposition "Fashion Galaxy" : le couturier Yves Saint-Laurent. Paris, octobre 1995

Exposition "Fashion Galaxy" : le couturier Yves Saint-Laurent. Paris, octobre 1995

© Jean-Marie Périer @Galerie Photo 12

Au début des années 1990, Jean-Marie Périer, de retour en France après dix années américaines, photographie des créateurs de mode en train de devenir les stars mondiales de la "Fashion Galaxy" en pleine émergence. Cette exposition photos, à la Galerie Photo 12, offre des mises en scène surprenantes qui ont fait la marque distinctive du photographe. Nostalgie ! Interview.


Expo "Fashion Gallaxy" : Karl Lagerfeld, Hambourg, mai 1995

Expo "Fashion Gallaxy" : Karl Lagerfeld, Hambourg, mai 1995

© Jean-Marie Périer @Galerie Photo 12-BD
Jean-Marie Périer a tiré le portrait aux grands noms de la mode : Azzedine Alaïa, Christian Lacroix, Giorgio Armani, Issey Miyake, Jean Paul Gaultier, Jerry Hall, John Galliano, Karen Mulder, Karl Lagerfeld, Kenzo Takada, Naomi Campbell, Stella McCartney, Thierry Mugler, Valentino Garavani, Vivienne Westwood et Yves Saint Laurent... 

Reportage : E. Cornet / Y. Bodin / L. Harper / D. Fuchs 

https://videos.francetv.fr/video/NI_1221299@Culture

4 questions à Jean-Marie Périer

En quoi le travail de photographe est-il différent dans les années 1960 et les années 1990?
Il n’y a guère de différence puisque les photos que je fais sont toujours mises en scène. Sauf que dans les années 60, ce sont des jeunes débutants alors que dans les années 90, ce sont des adultes.

Quelles différences constate-t-on entre les créateurs des années 60 et ceux des années 90?
Les couturiers de cette époque ont la même liberté que les rockeurs des années 60, ils ont l’imagination et les moyens d’inventer leur vie. Ce sont les nouvelles rock-stars.

Expo "Fashion Gallaxy" : Kenzo éléphant, Paris, 1992 

Expo "Fashion Gallaxy" : Kenzo éléphant, Paris, 1992 

© Jean-Marie Périer @Galerie Photo 12

A quelle époque ou lors de quelle série photo, vous êtes-vous senti le plus libre?
Je me suis toujours senti libre. Lorsque l’on vient d’un journal comme "Elle" il y a très peu d’interdits. Peut-être les séances les plus détendues étaient celles avec Jean Paul Gaultier car il est lui-même un homme de spectacle. 

Quelle anecdote pouvez-vous nous raconter sur la réalisation d’une des photos exposées dans le cadre de Fashion Galaxy?
Lorsque j’avais rendez-vous à Londres dans un musée pour la photo de Vivienne Westwood, elle n’avait prévenu personne que son fiancé de l’époque entrerait nu pour poser avec elle. Le directeur de l’établissement n’a pas bronché faisant comme si la chose était naturelle.

Expo "Fashion Galaxy" :: Vivienne Westwood, Londres, Musée de la Wallace, septembre 1994 

Expo "Fashion Galaxy" :: Vivienne Westwood, Londres, Musée de la Wallace, septembre 1994 

© Jean-Marie Périer @Galerie Photo 12

 

Jean-Marie Périer présente sa "Fashion Galaxy"

Dans les années 90, les couturiers inventaient leur vie

"En 1990, après dix ans passés aux Etats-Unis, lorsque ma soeur m’appela pour travailler pour le journal "Elle" dont elle était la rédactrice en chef, je sautai sur l’occasion. Ça ne se serait pas passé sans le désir d’Anne-Marie. Pour la rédaction, j’étais un peu trop "rock" et pas assez "couture".  Et soudain je me retrouvai à nouveau dans le groupe Filipacchi et, chance unique, avec la même liberté d’imagination et de moyens que dans les années 60. En plus, les rock-stars de jadis étant devenus des pères de famille, les couturiers avaient pris le relais. Ils avaient la même fantaisie, le talent et les moyens d’inventer leur vie" explique Jean-Marie Périer.

Expo : "Fashion Gallaxy" : Jean Paul Gaultier. Paris, septembre 1994

Expo : "Fashion Gallaxy" : Jean Paul Gaultier. Paris, septembre 1994

© Jean-Marie Périer @Galerie Photo 12

De la photographie à la pub en passant par les longs métrages

En 1956, Jean-Marie Périer devient assistant de Daniel Filipacchi, alors photographe à Marie-Claire. Il travaille pour Jazz magazine, Paris-Match et Télé 7 Jours mais doit partir en 1960 pour faire son service militaire en Algérie. De 1962 à 1974, il est le photographe de Salut les Copains, côtoyant tous les artistes des années 60. Il travaille aussi pour des productions publicitaires.

Le photographe Jean-Marie Périer en prière devant la photo de Jean Paul Gaultier qu'il avait prise en 1994, lors du vernissage de son exposition "Fashion Galaxy" le 22 mars 2018. 

Le photographe Jean-Marie Périer en prière devant la photo de Jean Paul Gaultier qu'il avait prise en 1994, lors du vernissage de son exposition "Fashion Galaxy" le 22 mars 2018. 

© Corinne Jeammet

A partir de 1975, il se consacre aux films publicitaires, à Los Angeles et à New York. Il tourne aussi des longs métrages pour le cinéma, notamment "Antoine et Sébastien" avec François Périer en 1974 et "Sale rêveur" avec Jacques Dutronc et Léa Massari en 1978. Il revient en France en 1990 et renoue avec la photo, notamment pour Elle. C’est là qu’il produit la série "L’univers des créateurs" qui lui permet de retrouver la liberté et la fantaisie dans la mise en scène qui avaient fait sa marque dans les années 60. Saint-Laurent, Armani, Tom Ford, Christian Lacroix, Gaultier, Alaïa passent devant son objectif… Parallèlement, il réalise des documentaires et séries pour la télévision. La première grande exposition consacrée à ses photos s’est déroulée à l’Hôtel de Ville de Paris en 2002.

Le photographe Jean-Marie Périer

Le photographe Jean-Marie Périer

© Kate Berry