Des textiles sensoriels de Clara Daguin à l'invention d'une algue textile de Tjeerd Veenhoven

Mis à jour le 20/06/2018 à 19H30, publié le 20/06/2018 à 14H28
Clara Daguin à L'Atelier néerlandais, juin 2018

Clara Daguin à L'Atelier néerlandais, juin 2018

© Bart Koetsier

L’exposition "Bionumérique : matériaux et mode du futur" montre le travail de créateurs passionnés de matériaux innovants. Elle s’inscrit dans le cadre de "Oh ! Pays-Bas", semaine dédiée à la culture néerlandaise à Paris, où une large place est faite à la mode durable et aux nouveaux textiles. Découverte et interview de Tjeerd Veenhoven, inventeur d'une fibre textile à partir d'algues.

Innovations technologiques et préoccupations écologiques

La mode de demain oscillera entre innovations technologiques et préoccupations écologiques. Son avenir se conjugue donc avec l’engagement des marques à une production responsable, via un processus de fabrication utilisant des matières respectueuses de l’environnement.

"La mode est une industrie très poluante tant dans sa fabrication, sa production, sa distribution que dans cette consommation excessive induite par la fast fashion d'où notre intérêt pour le développement durable" explique Ista Boszhard, co-fondatrice de TextileLab Amsterdam. "Si la France se penche plus sur l'art de la couture et des métiers manuels, les Pays-Bas quant à eux s'intéressent aux recherches technologiques" ajoute Ista Boszhard, également commissaire de l'exposition "Bionumérique : les matériaux et la mode du futur" qui se tient à l'Atelier Néerlandais à Paris.

"Ici, nous avons donc mis en avant les procesus d'innovations et les matériaux les plus en relation avec la nature" précise-t-elle.

Exposition "Bionumérique : les matériaux et la mode du futur" 

L’exposition, très intimiste, présente quelques oeuvres choisies de designers de France et des Pays-Basqui sont à l’intersection de la technologie et de la biologie. 
À gauche : création de Clara Daguin, à droite : création d'Iris van Herpen

À gauche : création de Clara Daguin, à droite : création d'Iris van Herpen

© À gauche (Marie‐Amélie Tondu et Alexis Senaffe), à droite (Molly SJ Lowe)
"Bionumérique : les matériaux et la mode du futur" expose ainsi le travail des créatrices de mode telles que la Néerlandaise Iris Van Herpen adepte des technologies numériques et de l’impression 3D.

La travail de la Française Clara Daguin, qui prône la symbiose entre le travail de la main et les technologies émergentes, met quant à lui en avant le côté sensoriel. Il suffit de se positionner entre les deux parties du vêtement exposé pour que ce dernier détecte la chaleur humaine et réagisse. "Même si dans le cas présent la technologie n'est pas durable en soi, elle montre cependant qu'il existe des ondes humaines" insiste Ista Boszhard. 

Des innovations textiles singulières

L'Atelier Néerlandais met aussi en avant des innovations textiles plus singulières (à partir d'algues, de racines...) comme celle de l'inventeur néerlandais - vainqueur du Global Change Award 2015 -, Tjeerd Veenhoven qui cultive des algues pour produire des fibres textiles. 

La présentation de ces travaux sur une simple table est peu explicite mais l'interview accordée à Culturebox explique sa démarche.
Les travaux de Tjeerd Veenhoven présentés à l'Institut Néerlandais, juin 2018

Les travaux de Tjeerd Veenhoven présentés à l'Institut Néerlandais, juin 2018

© Bart Koetsier

Tjeerd Veenhoven, des algues pour créer des textiles renouvelables

Partant du principe que les parois cellulaires des algues contiennent 70% de cellulose, Tjeerd Veenhoven s’est intéressé à ce végétal qui présente l’avantage de n’avoir pas besoin d’être arrosé.

"Dans mon atelier aux Pays-Bas, je travaille sur de multiples projets durables comme des pigments naturels de fleurs de tulipes à l'impression textile avec des champignons. Je crois fermement que la mode est la prochaine force pouvant conduire le consommateur sur un chemin plus durable" explique-t-il.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux algues ?

Historiquement, les Hollandais ont eu une relation profonde avec la mer. Une grande partie de notre tradition et de notre culture est fondée sur son influence. Quand j'ai vu les grandes masses d'algues sur les côtes, j'ai réalisé que c'était une ressource. Elles constituent un réseau énorme qui n’est pas souvent utilisé. 50% de notre biomasse croît dans la mer alors il est logique de chercher à employer cette ressource. Les algues convertissent des grandes quantités de CO2 en composants utiles tels que les saccharides et la cellulose.

Aujourd’hui, nous les récoltons à des endroits où elles constituent un problème. Dans certaines régions côtières les algues sont désastreuses car une fois déposées à terre, elles pourrissent, dégagent des odeurs... et leurs éliminations coûtent chères. Mais cultiver des algues sur terre est une méthode durable qui est possible uniquement quand l'eau de la mer est utilisée dans le processus.

Tjeerd Veenhoven vainqueur du Global Change Award 2015 et ses algues pour créer des textiles

Depuis le Global Change Award en 2015, comment ont évolué vos recherches ?

J'ai gagné le Global Change Award (concours récompensant des innovations réinventant l’industrie de la mode) pour mon concept sur la conversion des algues en textiles. Mes recherches, qui en étaient encore au statut théorique, ont pu être mises en oeuvre grâce à ce prix qui m’a permis de travailler avec des ingénieurs chimistes. En 2016-2017, notre objectif a été d’extraire la cellulose des algues pour la filer. Mais je n'ai pas encore réussi à produire un filament à partir de 100 % de cellulose d'algues. Actuellement, elle est mélangée avec de la cellulose extraite des arbres. Quand je fabriquerai un filament 100% cellulose d'algues, cela libérera des terres arables pour la nourriture au lieu de l’utiliser pour produire du textile.

A Global Change Award Winner : Growing Textile Fibre under Water

Ce fil obtenu à partir des algues peut-il être tricoté seul ? Quelles pièces avez-vous réalisées avec l’AlgaeFabrics ?

Les filaments de cellulose des algues sont exceptionnellement résistants et peuvent être utilisés sans ajouter d'autres fibres. Le filament étant 100% cellulose. Elle est dissoute, extrudée, lavée puis filée en l'étirant. Aujourd’hui, je ne produis que très peu de fibres. Je suis encore loin d'être prêt pour le marché.

L’AlgaeFabrics 

L’AlgaeFabrics 

© DR