Les joailliers Chaumet et Van Cleef & Arpels dévoilent leurs précieux et très secrets trésors dans leur salon

Corinne Jeammet
Par @CocoJeammet
Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 23/03/2018 à 11H11, publié le 23/03/2018 à 11H08
Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" : Boîte Van Cleef & Arpels, Paris, 1928, fabriqué par Strauss Allard & Meyer

Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" : Boîte Van Cleef & Arpels, Paris, 1928, fabriqué par Strauss Allard & Meyer

© Doug Rosa

Les maisons de joaillerie parisiennes ouvrent trop rarement leurs portes au public alors quand l'occasion se présente, il ne faut pas la rater. Voici trois rendez-vous pour découvrir l'art du dessin chez Chaumet, l'univers de la joaillerie florale chez Van Cleef & Arpels et les objets d'arts de la collection du Prince Sadruddin Aga Khan à l'Ecole des Arts Joailliers. Plein les mirettes !

Chaumet et "l’art du dessin"

Au coeur du processus de création d’un bijou, le dessin occupe une place centrale. Il n’est pas uniquement une étape préparatoire mais aussi un acte artistique au coeur de l’identité de la Maison. Il débute par des esquisses et des épures pour parvenir à un dessin abouti, souvent gouaché, qui connaîtra des modifications en fonction des désirs du client et de la disponibilité des pierres. A cet art du trait, Chaumet consacre deux expositions.

Pour la 27e édition du Salon du Dessin, le joaillier présente "L’Art du dessin chez Chaumet : Imaginer - Créer", soit 38 dessins de diadèmes pour certains jamais montrés au public. Du plus classique au plus extravagant, la Maison a interprété le bijou de tête à toutes les époques réalisant 3.500 modèles. De l’impératrice Marie-Louise à Gertrude Vanderbilt Whitney, des réalisations majeures sont ici représentées aux côtés de modèles de diadèmes en maillechort, destinés aux essayages en volume avant la fabrication de la pièce ainsi que des négatifs sur verre, clichés de diadèmes finalisés sortant de l’atelier (Jusqu’au 26 mars de 12h à 20h. Palais Brongniart. Place de la Bourse. 75002).
Joseph Chaumet (1852-1926), atelier de dessin. Dessin préparatoire pour un diadème aux serpents affrontés autour d'une émeraude vers 1890-1900. Plume et encre noire, traces de crayon graphite, lavis de gouache sur carte teintée crème.

Joseph Chaumet (1852-1926), atelier de dessin. Dessin préparatoire pour un diadème aux serpents affrontés autour d'une émeraude vers 1890-1900. Plume et encre noire, traces de crayon graphite, lavis de gouache sur carte teintée crème.

© Collection Chaumet
Chaumet présente également une exposition de dessins joailliers consacrée au thème des motifs architecturaux en joaillerie. À chaque époque, la joaillerie a puisé ses sources d’inspiration dans l’architecture et dans les arts décoratifs et mobiliers. Cette sélection du 19e siècle aux années 1970 dialogue avec des oeuvres des étudiants de l’école des Beaux-Arts de Paris et avec des gouachés contemporains du studio de création de la Maison. Chaumet conserve depuis 1780 près de 80 000 dessins. Puisant tour à tour dans le 18e siècle et le rocaille, le romantisme et les courants du 19e siècle, il traverse les plus importants courants artistiques du 20e siècle et explore des continents lointains (Inde, Chine et Japon). (Jusqu’au 30 mars. Chaumet. 12, place Vendôme, 75001. Inscription sur www.chaumet.com).
Marcel Chaumet (1886-1964), atelier de dessin. Deux projets de sac du soir, vers 1920. Crayon graphite, lavis et rehauts de gouache sur papier teint. Paris, Collection Chaumet

Marcel Chaumet (1886-1964), atelier de dessin. Deux projets de sac du soir, vers 1920. Crayon graphite, lavis et rehauts de gouache sur papier teint. Paris, Collection Chaumet

© Chaumet

Van Cleef & Arpels et la "joaillerie florale, de jour et de soir"

L’exposition "Joaillerie florale, de jour et de soir" met à l’honneur des pièces consacrées à la flore, l’une des principales sources d’inspiration de la Maison Van Cleef & Arpels qui a toujours cherché à magnifier cette beauté à travers les matières les plus nobles (or, platine et pierres précieuses). Cette quarantaine de pièces aux motifs, formes et harmonies chromatiques typiques des années 1930 à 1960, reflètent l’omniprésence des fleurs, de la végétation et des oiseaux dans l’histoire de la Maison. Il faut cependant respecter certaines règles d’élégance : préférer l’or jaune pour les pièces diurnes et privilégier le platine pour les créations nocturnes. Cette distinction entre "bijoux de jour" et "bijoux de soir" disparaît durant la période hippie chic des années 1970 puis refait son apparition dans les années 1980.
Exposition "Joaillerie florale, de jour et de soir" : clip Bouquet, 1938 (Or jaune, topazes, aigues-marines, saphirs, rubis) de l'ancienne collection d’Anna Gould, Duchesse de Talleyrand-Périgord et Princesse de Sagan 

Exposition "Joaillerie florale, de jour et de soir" : clip Bouquet, 1938 (Or jaune, topazes, aigues-marines, saphirs, rubis) de l'ancienne collection d’Anna Gould, Duchesse de Talleyrand-Périgord et Princesse de Sagan 

© Van Cleef & Arpels
Ces talismans nocturnes accompagnent des toilettes souvent sombres voire noires, aux décolletés profonds et aux bustiers laissant les épaules nues. Les accessoires et objets précieux sont également présents dans cette exposition : la fleur de pommier semble comme brodée sur les ors blanc, jaune et rose d’une boîte à cigarettes de 1950 tandis que la gravure esquisse un décor presque japonisant sur l’étui à cigarettes Églantines de 1948 en platine, or jaune gravé et diamants. (Van Cleef & Arpels. Galerie du Patrimoine. 20, place Vendôme. 75001. Jusqu’au 2 septembre 2018. Du lundi au samedi de 11h à 19h). 
Clip Trois feuilles de 1955 (Platine, or jaune, Serti Mystérieux rubis, diamants). Collection Van Cleef & Arpels Patrick Gries 

Clip Trois feuilles de 1955 (Platine, or jaune, Serti Mystérieux rubis, diamants). Collection Van Cleef & Arpels Patrick Gries 

© Van Cleef & Arpels

L’Ecole des Arts Joailliers et ses Objets précieux Art Déco

L’École des Arts Joailliers présente pour la première fois en France une sélection d’objets d’art provenant de la collection du Prince Sadruddin Aga Khan. Cette collection, constituée pour son épouse la Princesse Catherine Aleya Aga Khan, rassemble de véritables chefs d’oeuvre d’invention, de fantaisie et de technique. Ces objets précieux, dont la virtuosité artisanale est aussi importante que leur fonction, ont été spécialement conçus pour les premières femmes "libres" des années 20 : celles qui fument, sortent, se maquillent en public et regardent l’heure.
Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" : Compact Rose et boitier rouge à lèvres, Lacloche Frères, Paris, fabriqué par Strauss Allard & Meyer, vers 1928

Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" : Compact Rose et boitier rouge à lèvres, Lacloche Frères, Paris, fabriqué par Strauss Allard & Meyer, vers 1928

© Doug Rosa
Étuis à cigarettes, minaudières, nécessaires, poudriers et autres objets en or, enrichis de pierres dures ou de pierres précieuses, ornés de nacre, de laque ou d’émail translucide, parfois agrémentés de miniatures ont été présentés pour la première fois à New York au Cooper Hewitt Museum. À l’École des Arts Joailliers, ils sont proposés dans une scénographie mettant en lumière les influences chinoises, japonaises, perses et européennes de l’Art Déco.
Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" : Compact dragon, Cartier, Paris, vers 1920

Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" : Compact dragon, Cartier, Paris, vers 1920

© Doug Rosa
Exposition "Objets précieux Art Déco de la collection du Prince et de la Princesse Sadruddin Aga Khan" du 4 au 25 avril 2018. Ecole des Arts Joailliers. 31, rue Danielle Casanova. 75001. Entrée libre du lundi au samedi de 12h à 18h.