Destruction d'invendus: Burberry n'est pas une exception dans le secteur du luxe

Mis à jour le 22/07/2018 à 11H24, publié le 22/07/2018 à 11H23
Magasin Burberry à Londres, en 2017

Magasin Burberry à Londres, en 2017

© Niklas HALLEN / AFP

Détruire des articles invendus, parfois en les brûlant comme l'a fait Burberry, est une pratique courante pour les marques de luxe qui ne font ni soldes ni déstockage et veulent éviter que produits atterrissent sur le marché parallèle.

Dans son rapport annuel, Burberry indique avoir "détruit physiquement" en 2017 des articles d'une valeur de 31 millions d'euros. Plus du tiers de ces destructions concernent des produits de beauté, que le groupe justifie par la cession de sa licence parfums et cosmétiques au groupe américain Coty.

L'enseigne de luxe britannique a assuré travailler "avec des entreprises spécialisées qui sont capables de récupérer l'énergie de l'opération" de destruction. "Quand on est obligé de détruire des produits, on le fait de manière responsable et on continue à chercher des moyens de réduire et revaloriser nos déchets", a assuré un porte-parole. Tim Farron, porte-parole sur l'environnement du parti d'opposition des Libéraux démocrates, a qualifié la pratique du groupe de "scandaleuse" estimant que "recycler est bien meilleur pour l'environnement que de brûler pour générer de l'énergie".

Une pratique répandue dans le monde du luxe

Mais si les projecteurs sont braqués sur Burberry, la marque n'est qu'un exemple parmi d'autres dans un monde du luxe rompu à ces destructions de stocks d'invendus, ont indiqué des experts. "C'est une pratique répandue dans la mode, c'est monnaie courante. Tous les groupes le font dans le haut de gamme et le très haut de gamme car il y a très peu de soldes et il faut donc détruire les stocks", résume Arnaud Cadart, gérant de portefeuilles chez Flornoy & Associés. "Plus on fait de la mode, plus on a des cycles courts, et plus c'est détruit. Et une fois qu'on a fait quelques ventes privées aux salariés et aux journalistes, on bazarde", indique-t-il. Il souligne que ces destructions sont comptabilisées dans les comptes financiers des entreprises mais de manière "peu lisible, souvent dans une ligne intitulée dépréciations de stocks". Au titre des raisons évoquées figurent "l'obsolescence des produits" et des "saisons ou collections terminées" pour LVMH tandis que Kering ou Hermès avancent "les perspectives d'écoulement".

"Ni green, ni socialement responsable" 

"C'est clair que ça passe mal" auprès de l'opinion publique "car ce n'est pas une pratique green, et ce n'est peut-être pas socialement responsable parce qu'il y a des gens qui n'ont pas de vêtements à se mettre sur le dos", souligne Arnaud Cadart. "Oui, il y a une question morale, éthique, et aussi de protection de l'environnement. Mais d'un point de vue juridique, ces marques détruisent des produits authentiques qui leur appartiennent, des produits en fin de vie ou de saison et elles peuvent en faire ce qu'elles souhaitent", renchérit Boriana Guimberteau.

Cette avocate associée du cabinet FTPA, spécialisée en propriété intellectuelle et droit des marques, met en lumière "le conflit entre l'image de marque qui veut qu'on doit vendre des produits exclusifs dans un réseau de distribution exclusif, et le fait de ne pas inonder le marché avec des produits qui sont en fin de saison".

Pour l'Union des fabricants qui défend la protection intellectuelle et la lutte contre la contrefaçon, "il y a différentes raisons" pour une marque de détruire ses stocks : "Pour éviter que les produits soient revendus ou tombent dans des réseaux parallèles mais aussi parfois pour des raisons liées à la protection des consommateurs, quand il s'agit par exemple de parfums, de cosmétiques, ou de produits qui ont une date de péremption, et qu'il est nécessaire de détruire". Et quand une marque détruit ses stocks, cela peut aussi être un moyen de "protéger sa propriété intellectuelle, qui est son patrimoine", souligne Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l'Unifab. Elle déplore "un faux procès" intenté à Burberry, et estime qu'"une entreprise qui détruit des produits va obligatoirement en reproduire d'autres, et permettre ainsi à un certain nombre de salariés de travailler".