Mes goûts et mes couleurs : Gustavo Lins, l'architecte du vêtement

Mis à jour le 24/04/2018 à 09H56, publié le 23/04/2018 à 13H12
Gustavo Lins dans son atelier-galerie parisien, en avril 2018

Gustavo Lins dans son atelier-galerie parisien, en avril 2018

© Corinne Jeammet

Après avoir vu sa maison Atelier Gustavolins mise en liquidation en 2015, Gustavo Lins s'est relancé avec un nouveau projet. Lins Paris propose un prêt-à-porter unisexe, qualitatif, intemporel et contemporain, qui a pour base un savoir-faire acquis pendant plusieurs décennies dans le prêt-à-porter et la haute couture. Rencontre avec un créateur brésilien apaisé et débordant d'énergie.

5 questions à Gustavo Lins :

Quelle est votre pièce préférée ?

C’est une blouse en taffetas de coton jaune. C’est la première pièce que j’ai faite pour ce nouveau projet. Elle est réalisée dans un rectangle découpé - bords francs à part un biais - en 4 parties. J’ai travaillé cette pièce comme un kimono court fermé. Cette blouse pourrait être un sweat en même temps. Elle se porte avec tout : un pantalon, une jupe, à l’intérieur d’une combinaison… Elle existe en vert olive, bleu nuit, blanc et noir. Elle sera plus tard fabriquée en jersey de coton doublé de mousseline de soie, par exemple. Cette blouse est le point de départ de l’histoire de la ligne Archi-sweat. C’est un vêtement, unisexe, qui se porte de plusieurs manières : on peut inverser le dos et le devant mais aussi pour les plus courageux le porter à l’envers. Je pars de mon expérience haute couture pour aller vers le monde contemporain. En changeant la matière du vêtement (cachemire, cuir…), ça change ! 
Gustavo Lins dans son atelier-galerie parisien, devant sa pièce préférée, une blouse en popeline jaune, avril 2018 

Gustavo Lins dans son atelier-galerie parisien, devant sa pièce préférée, une blouse en popeline jaune, avril 2018 

© Corinne Jeammet

Quel couturier vous a marqué au cours de votre carrière ?

Pour la partie conceptuelle, Jean-Charles de Castelbajac. J’ai fait un stage de trois semaines dans sa maison en 1990, puis j’ai été assistant de la modéliste. Il a cru en moi, il m’a balancé dans l’arène et m’a dit débrouille toi.
Jean-Charles de Castelbajac à Paris en février 2018

Jean-Charles de Castelbajac à Paris en février 2018

© STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Il y a eu aussi Juliette Cambursano, première d’atelier de Lecoanet Hemant et de Balenciaga. Elle était très dure mais elle m’a transmis sa culture de la haute couture et plus particulièrement de la coupe. Elle disait : tous les volumes doivent balancer en arrière pour dégager la nuque.

Quel est le dernier livre lu ?

Un ouvrage intitulé "Le clan Spinoza" de Maxime Rovere dans lequel est expliqué comment il est passé du bizness à la philosophie. Cela se passe entre Amsterdam et la Haye dans l’Europe du XVIIe siècle. C’est un ouvrage lié aussi à l’histoire du Brésil, donc à l’histoire d’une partie de ma famille.
"Le Clan Spinoza" de Maxime Rovere

"Le Clan Spinoza" de Maxime Rovere

© Flammarion

Quelle est la dernière exposition vue ?

L’exposition "Delacroix" au Louvre. C’est magnifique. Je suis resté plus de deux heures et j’ai l’impression d’en avoir vu la moitié. J’y retourne. J’aime tout particulièrement "Mort de Sardanapale".
Eugène Delacroix, Mort de Sardanapale. 1827. Salon de 1827-1828. Huile sur toile. 392 x 496 cm. Musée du Louvre 

Eugène Delacroix, Mort de Sardanapale. 1827. Salon de 1827-1828. Huile sur toile. 392 x 496 cm. Musée du Louvre 

© © Musée du Louvre, dist. RMN - Grand Palais / Angèle Dequier

Quel est le dernier coup de cœur musical ?

La passion selon Saint Mathieu de Jean-Sébastien Bach. La spiritualité, la transcendance rien qu'avec des notes, il nous fait sortir de la vie quotidienne, ça rend optimiste, joyeux, cela enlève la peur de l’avenir. C’est un réconfort.
Bach : Passion selon Saint Matthieu

Lins Paris, un projet thérapeutique et creatif 

Né au Brésil, fasciné par Gaudi, Gustavo Lins a suivi des études d’architecture dans son pays et en Europe. Puis il décroche une bourse de doctorat et s'envole pour Barcelone. C'est là qu'il apprend les bases de la couture lors d'un stage en atelier. Son directeur de thèse l'encourage : "Il m'a dit qu'il y avait plusieurs façons d'être architecte. Sur soie, cuir, coton ou laine. Et que mon sujet serait le corps humain". De ses débuts, il raconte avoir joué la mousseline avec le cuir parce qu'il cherchait à associer des matériaux qui lui "soient propres" : "Je voulais singulariser ma grammaire", dit-il. Il débute sa carrière en tant que modéliste pour Jean-Charles de Castelbajac, Kenzo, Louis Vuitton... En 2003, il crée sa marque, Atelier Gustavolins, et développe des collections de prêt-à-porter pour homme et femme. A partir de 2011, il est membre permanent de la Chambre syndicale de la haute couture (aujourd'hui Fédération de la haute couture et de la mode).

"Mais en janvier 2015, au lendemain de mon défilé pendant la semaine de la haute couture parisienne, les investisseurs avec qui je travaillais ont mis en liquidation ma société. Ce que j’ai construit en 11 ans a été cassé en une année. Je n’y pense plus, je pense au présent, à l’avenir mais c’est une partie de ma vie qui est partie à la benne. Je n’ai pas d’amertume, car j’ai retiré des leçons de cette expérience mais j’ai traversé le désert. J’ai pris cet atelier-galerie rue Saint-Martin il y a deux ans mais il a fallu tout refaire".

Gustavo Lins dans son studio de création parisien, avril 2018

Gustavo Lins dans son studio de création parisien, avril 2018

© Corinne Jeammet

La boutique Lins Paris est ouverte depuis décembre 2017.

Gustavo Lins dans son atelier de création parisien, avril 2018

Gustavo Lins dans son atelier de création parisien, avril 2018

© Corinne Jeammet

"En bas, c’est l’atelier où je coupe les tissus et au premier étage c’est mon studio de création. Je propose quelque chose de nouveau mais sans renier mon passé. Je me suis redécouvert. Pendant deux ans, j’ai dessiné à fond. Cela m’a permis de me reconstruire. Le quartier n'est pas un coin mode mais j’aime ces mélanges. Mon atelier est situé sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle".

Une des devantures de l'atelier-galerie de Gustavo Lins situé au 219/221 rue Saint Martin (75003 Paris), avril 2018

Une des devantures de l'atelier-galerie de Gustavo Lins situé au 219/221 rue Saint Martin (75003 Paris), avril 2018

© Corinne Jeammet

"Je développe un prêt-à-porter, qualitatif et intemporel, Lins Paris par Gustavo. C’est un vestiaire chic avec une quinzaine de pièces (manteau, veste, jupe, pantalon, chemise, robe en washi et de la maille). C’est une collection très concentrée avec des tissus venant d'Italie et du Japon. Je suis en phase avec la société tout en travaillant des matériaux raffinés (cachemire, soie…) mais de manière brute. A cette collection d’intemporels s’ajoute la ligne Archi-sweat qui comprend 5 formes, 3 matières et 3 couleurs. Ce qui offre un grand nombre de combinaisons. Cette ligne existe en 2 tailles (1 et 3), les liens permettant d’ajuster ces vêtements trans-âges. Mes pièces sont vendues entre 250 et 450 euros".

L'atelier-galerie parisien de Gustavo Lins, avril 2018 

L'atelier-galerie parisien de Gustavo Lins, avril 2018 

© Corinne Jeammet

"Aujourd’hui, le problème, c'est le prix. Il faut faire des séries limitées à des prix exclusifs et corrects. C’est la créatrice agnes.b qui a mis ce système au point dans les années 80 avec sa culture urbaine et ses collections manifestes. Là, avec ma boutique en rez-de-chaussée, je suis confronté au passant, à la ville. Je redécouvre une énergie très nerveuse. Les grandes marques reviennent à Paris où il existe une main d’œuvre hautement qualifiée. La haute couture est un excellent laboratoire de création... et il n’est pas exclu que je revienne à la haute couture mais là ce n’est pas ma priorité. Mon modèle, c’est le couturier Azzedine Alaia qui défilait hors calendrier : la manière dont il a fait sa haute couture était très sensée".

Dans l'atelier-galerie, les sculptures réalisées par le couturier avec des drapés de porcelaine avec la manufacture de Nymphenburg de Munich au temps de sa marque Aletier Gustavolins et de la collection 011.

Dans l'atelier-galerie, les sculptures réalisées par le couturier avec des drapés de porcelaine avec la manufacture de Nymphenburg de Munich au temps de sa marque Aletier Gustavolins et de la collection 011.

© Corinne Jeammet