Mes goûts et mes couleurs : Priscilla Royer bouscule les codes du chapeau de la Maison Michel

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Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox

Mis à jour le 25/11/2018 à 16H25, publié le 18/11/2018 à 11H11
Priscilla Royer, directrice artistique de Maison Michel, en novembre 2018 à Paris 

Priscilla Royer, directrice artistique de Maison Michel, en novembre 2018 à Paris 

© Corinne Jeammet

Directrice artistique pour la Maison Michel, Priscilla Royer donne depuis 2015 un nouveau souffle à cette marque fondée en 1936. Rencontre avec une passionnée qui a désacralisé le chapeau pour le faire descendre dans la rue.

5 questions à Priscilla Royer :

Quelle est la pièce préférée de votre dernière collection ?
C’est le modèle Souna, un chapeau hybride à mi chemin entre le bob et la cloche. C’est une paille, créée en coupé-cousu, suffisamment souple pour être glissée dans le sac. Ce chapeau a le bon "combo" de partout car il ne craint ni l’eau, ni le transport. J'envisage la paille autrement, comme un chapeau tout terrain. Le Souna est décliné dans plusieurs matières.
Modèle Souna printemps-été 2019 de la Maison Michel

Modèle Souna printemps-été 2019 de la Maison Michel

© Courtesy de la Maison Michel
Quel couturier/créateur vous a marqué au cours de votre carrière ?
J’apprécie le travail des femmes. Elles ont une approche et une réflexion, beaucoup plus pragmatiques, tournées autour du corps. Je citerai l’extravagance de Vivienne Westwood, qui s’appuie sur le passé pour faire des modèles d’aujourd’hui, le minimalisme de Rei Kawakubo pour Comme des Garçons avec sa réflexion autour du vêtement pour libérer la femme. Enfin, la modernité de Gabrielle Chanel qui était en avance sur son temps.
Gabrielle Chanel interviewée en 1969
Quel est le dernier livre lu ?
"La guerre des intelligences. Intelligence Artificielle versus Intelligence Humaine" du Docteur Laurent Alexandre. Ce livre traite de ce qui est lié à l’éducation, comment elle doit muter et se transformer pour répondre aux sociétés de demain. Cela traite d'un tableau de l’évolution de l’intelligence artificielle. Il faut "jumper" dans le train sinon on va être à la ramasse. 
« La guerre des intelligences. Intelligence Artificielle versus Intelligence Humaine » du Docteur Laurent Alexandre

« La guerre des intelligences. Intelligence Artificielle versus Intelligence Humaine » du Docteur Laurent Alexandre

© JC Lattes
Quelle est la dernière exposition vue ?
Récemment, j’étais à Londres et je suis allée à la Tate Modern voir la rétrospective consacrée à l’artiste textile Anni Albers. Professeur de l’école d’art allemande du Bauhaus, elle est devenue une figure de proue dans le monde du tissage qu’elle a fait progresser en combinant les anciennes méthodes de tissage à la main à l’art moderne. Elle s’est appuyée sur le travail de différentes civilisations.
L'exposition consacrée à l'artiste textile Anni Albers à la Tate Modern à Londres
Quel est le dernier coup de cœur musical ?
C’est rare que j’écoute une chanson en boucle. C’est selon le mood, je vais par exemple écouter de la techno minimale mais le plus souvent, c’est une musique sans parole comme la bande son du film "The Revenant" d'Alejandro Gonzáles Iñárritu.  La musique est signée Alva Noto et Ryuichi Sakamoto, c’est un son constant. 
Film "The Revenant", musique de Ryuichi Sakamoto & Alva Noto

Maison MICHEL, une maison fondée en 1936

En 1936, Auguste Michel installe sa chapellerie rue Sainte-Anne à Paris. A cette époque, les femmes achètent leurs coiffes chez une modiste et les hommes chez un chapelier. A la fin des années 60, modistes et chapelleries ferment les unes après les autres. Auguste Michel confie la maison à Pierre Debard, entrepreneur, et à sa femme Claudine, modiste. Maison Michel est née. La période de l’après-guerre est marquée par des changements dans les comportements sociaux et stylistiques : le sur-mesure disparaît au profit du prêt-à-porter. En 1975, Pierre et Claudine Debard réorganisent les ateliers pour répondre aux besoins de la haute couture et modernisent les techniques de sur-mesure. La Weismann, une ancienne machine à coudre la paille est remise en service. Dans les années 1970, Pierre Debard profite de l’essor des couturiers pour se positionner au rang des fournisseurs de la haute couture parisienne. En 1997, Chanel, sensible de longue date aux savoir-faire des métiers d’art parisiens, fait l'acquisition de Maison Michel. En 2006, Maison Michel lance sa ligne de diffusion éponyme sous l'impulsion d'une nouvelle directrice artistique Laëtitia Crahay. En 2015, les ateliers et l’image de la maison sont confiés à Priscilla Royer.

Diplômée de la Saint Martin's School section "experimental fashion design" à Londres, passée par le Studio Berçot à Paris, Priscilla Royer rejoint le studio Vivienne Westwood où elle se voit confier la direction de Red Label. En 2011, elle retrouve sa soeur Deborah Royer à Paris pour fonder Pièce d’Anarchive, maison de prêt-à-porter haut de gamme entre militantisme expérimental anglo-saxon et classicisme du savoir-faire français. En 2012, Pièce d’Anarchive reçoit le prix de l’ANDAM. En 2014, c’est la cinquième et dernière collection de Pièce d'Anarchive. 

Le modèle Hat on the Go est parfait pour les vacances. Charles a pris une forme unisexe aux bords larges. Teresa une forme arrondie, une nervure centrale et des bords courts en paille blanche venue du japon avec des cordes en guise d'ornement. Ces chapeaux sont prêts à se tordre, se plier, s’enrouler sur eux-mêmes pour tenir dans une poche de jean ou se glisser sous une ceinture.

La prochaine collection printemps-été 2019 de Maison Michel s'inspire des fonds océaniques. Une première thématique offre une déclinaison de tons bleu ciel et marine pour des visières, bérets, capeline et cloches tressées repensés en tweed demi-saison et Nylon déperlant, parés de cordages de voile ou de chaines martelée. Pour la seconde thématique, fleurs en raphia et broderies graphiques s’apposent à une casquette en feutre orangé, un bob texturé ou un fédora (feutre à larges bords). Le troisième thème cultive du bleu nuit, noir, et prune qui se frottent à des notes iridescentes argentées, du similicuir, des sequins et des clous. Des casquettes militaires, turbans, noeuds et voilettes sont travaillés dans des matières transparentes et lumineuses, rappelant des lucioles et animaux luisants qui brillent dans les profondeurs.