Le couturier Azzedine Alaïa, sculpteur des formes féminines, est décédé

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/11/2017 à 12H09, publié le 18/11/2017 à 13H34
Le couturier Azzedine Alaïa en 2015.

Le couturier Azzedine Alaïa en 2015.

© Miguel Medina / AFP

Le couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa vient de mourir à l'âge de 77 ans, a-t-on appris samedi auprès de la Fédération de la haute couture. Ce couturier apprécié des plus grands top models, de Naomi Campbell à Linda Evangelista, qu'il avait révélées, était un sculpteur du corps féminin qui ne cherchait qu'à "rendre les femmes plus belles".

Un sculpteur qui sublimait le corps féminin

Connu pour ses robes intemporelles sublimant le corps féminin, Azzedine Alaïa avait travaillé brièvement chez Dior et Guy Laroche après son arrivée à Paris à la fin des années 50. Encouragé par son ami Thierry Mugler, il avait présenté en 1979 sa première collection. Mais il avait vraiment percé dans les années 1980 et était depuis adulé par ses admirateurs. Lui qui avait étudié la sculpture à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis modelait les corps tel un sculpteur, inventant de nouvelles morphologies par le jeu de coutures complexes.

Azzedine Alaïa a largement contribué à définir la silhouette féminine des années 1980, à l'assurance sexy, en inventant le body, le caleçon noir moulant, la jupe zippée dans le dos, des modèles copiés à l'inifini. Ses robes seconde peau étaient à la fois provocantes et distinguées.

Cet amoureux des femmes confiait : "Je fais des vêtements, elles font la mode…". Les célébrités se l'arrachaient, notamment Grace Jones, qui posait dans ses vêtements sous l'objectif de Jean-Paul Goude. En 1989, ce dernier lui commanda la toge-drapeau portée par la cantatrice Jessye Norman pour le défilé du Bicentenaire de la Révolution française.
 
Les mannequins et amies qu’il a révélées comme Naomi Campbell, Stephanie Seymour, Linda Evangelista ou Yasmin Le Bon, étaient aussi ses plus fidèles admiratrices.

Un créateur singulier, à l'écart de la mode

Figure atypique de la mode à Paris, il présentait ses défilés selon son propre calendrier, à l'écart de la frénésie des Fashion weeks, et sans mise en scène spectaculaire. En "homme libre", il disait ne pas avoir besoin non plus des grands magazines de mode pour exister. Ses défilés avaient lieu dans son showroom, dans son atelier-boutique du Marais.

"C'est la course, c'est un acharnement", disait-il au sujet du rythme effrené des collections. "Il faut se calmer ! Pour la création, le rythme n'est pas bon", estimait-il. 

Invariablement vêtu d'un costume chinois discret, Azzedine Alaïa préferait "les vêtements qui durent" à ceux qui s’éteignent avec les saisons. Il dessinait peu, mais était un des rares à maîtriser toutes les étapes de la réalisation d'un vêtement : tracer un patron, dessiner à même la toile les formes et les volumes qu'il avait en tête, couper et coudre les tissus et le cuir. Il préférait d'ailleurs couper lui-même tard dans la nuit, au son de vieux films.

Un couturier très proche des arts

En 1985, Azzedine Alaïa avait reçu deux Oscars de la Mode à Paris. La même année, il était célébré au CAPC de Bordeaux avec les sculptures de Dan Flavin. En 1988, il avait défilé au Palladium de New York avec Jean-Paul Goude à la direction artistique. En 1996, à Florence, une monographie lui avait été consacrée au Palazzo Corsini, suivie d’une exposition avec les peintures de Julian Schnabel à la Biennale de la Mode.
 
En 1998, une rétrospective lui avait été dédiée au Groninger Museum, où ses modèles côtoyaient les oeuvres de Pablo Picasso, Jean-Michel Basquiat, Anselm Kiefer, Christophe von Weyhe. En 2000, au Guggenheim Soho, il avait été exposé avec les toiles d’Andy Warhol.

La même année, il avait signé un accord avec Prada, qui lui avait permis de se développer. Mais il s'en était dégagé un an plus tard, au profit d'un adossement au géant suisse du luxe Richemont.

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