Après l'enfer libyen, des migrants se reconstruisent dans un atelier de sacs en Italie

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2017 à 13H36, publié le 10/12/2017 à 13H35
Des migrants posent devant leurs réalisations, des sacs en cuir. Italie, décembre 2017

Des migrants posent devant leurs réalisations, des sacs en cuir. Italie, décembre 2017

© MIGUEL MEDINA / AFP

Des travaux forcés en Libye à un emploi dans une start-up de mode italienne, Bassirou a fait du chemin en deux ans. Le Burkinabé de 26 ans a appris l'Italien et suivi une formation à la fabrication de sacs à main en cuir près de Bologne. Pour lutter contre l'immigration clandestine, l'association Lai-Momo lui a permis d'acquérir des compétences.

Après 15 mois d'apprentissage, il a été le premier embauché dans le cadre de ce projet destiné à des demandeurs d'asile et voué à terme à devenir une véritable entreprise. "C'est une grande opportunité pour moi", explique-t-il. "J'avais déjà fait ce type de travail mais c'était avec du tissu, pas du cuir. Au début, ce n'était pas du tout facile (...) mais on s'habitue."

Bassirou a abandonné sa compagne enceinte de leur fille

Craignant pour sa vie après le coup d'Etat militaire de 2015 au Burkina Faso, Bassirou est parti en laissant derrière lui sa compagne enceinte de leur fille, âgée aujourd'hui de 2 ans. Aujourd'hui, il attend la réponse à sa demande d'asile en Italie, comme les 400 migrants dont s'occupe l'association Lai-Momo, qui a lancé avec des fonds européens ce projet de formation à la couture du cuir dans la ville de Lama Di Reno, près de Bologne, en Italie. 
Des migrants dans l'atelier de fabrication de sacs à Lama di Reno, décembre 2017

Des migrants dans l'atelier de fabrication de sacs à Lama di Reno, décembre 2017

© MIGUEL MEDINA / AFP
Partir de chez lui a été une décision difficile mais son passage par la Libye a atteint des niveaux d'horreur qu'il n'imaginait pas. Lui n'a pas été surpris par les images d'esclaves noirs vendus aux enchères. "Ce sont des choses qui se passent vraiment", a-t-il assuré. Il a été détenu dans un centre où l'on venait le chercher chaque jour pour toutes sortes de travaux. "On ne nous donnait presque pas à manger... Tout ça c'est de l'esclavage." Il raconte avoir été maintenu par les trafiquants dans ces conditions durant quatre mois, avant d'être mis avec plus d'une centaine d'autres migrants sur un canot pneumatique. Ils ont été secourus par des Britanniques: "Il y a eu des bousculades et l'eau a commencé à entrer dans le bateau. Mais comme ils étaient là, ils ont pu tous nous sauver." C'était le 20 mars 2016. "Ce sont des choses qu'on ne peut pas oublier", dit-il.

Des cours d'italien, une vraie formation

Il rêve d'ouvrir sa boutique. Mais son avenir est encore incertain comme celui des 200.000 demandeurs d'asile hébergés dans le réseau surchargé des centres d'accueil en Italie. Mais Bassirou a bénéficié de cours d'italien et d'une vraie formation. "En faisant ça, tu vas avoir des pensées positives et non négatives, parce que tu espères qu'à la fin, tu auras un métier."
Un migrant dans l'atelier de fabrication de sacs à Lama di Reno, décembre 2017

Un migrant dans l'atelier de fabrication de sacs à Lama di Reno, décembre 2017

© MIGUEL MEDINA / AFP
15 migrants ont achevé le premier cycle de formation et 18 autres l'ont entamé, dont Issa, 21 ans, compatriote de Bassirou passé lui aussi par les camps d'esclavage libyens. Soulagé aujourd'hui d'être libéré de l'ennui usant de son premier centre d'accueil en Italie. "On dormait tout le temps, sans rien faire", raconte-t-il. "Maintenant je suis plus détendu, j'ai des contacts avec les habitants et je commence à apprendre la langue." Tous les apprentis n'atteindront pas la dextérité de Bassirou. D'autant que certains doivent d'abord acquérir une instruction de base pour pouvoir appliquer sur le cuir des rudiments de mesures et de géométrie.

Créer des opportunités économiques dans les pays en voie de développement

"L'objectif est de fournir aux gens des compétences qui vont les aider à entrer sur le marché du travail, ici en Italie ou éventuellement dans leur pays d'origine s'ils y retournent", explique Andrea Marchesini Reggiani, président de Lai-Momo. Son projet s'inscrit dans un programme plus large de l'Initiative de mode éthique, gérée par l'ONU et soutenue par l'Organisation mondiale du Commerce : pour lutter contre l'immigration clandestine, elle vise à créer de nouvelles opportunités économiques dans les pays en voie de développement.
L'atelier de fabrication de sacs à lama di Reno, décembre 2017

L'atelier de fabrication de sacs à lama di Reno, décembre 2017

© Miguel MEDINA / AFP
Le président de Lai-Momo reconnaît que pour ces gens qui ont tant souffert et fait tant de sacrifices pour rejoindre l'Europe, la question d'un retour est loin d'être simple. Mais "pour nous, l'important est de leur donner des compétences. Qu'ils les utilisent ici ou qu'on leur refuse le droit de rester, on leur offre une chance, un petit plus."