8 jeunes séduits par l’expérience du recyclage au Festival des créateurs de mode de Dinan

Corinne Jeammet
Par @CocoJeammet
Journaliste, responsable de la rubrique Mode de Culturebox
Mis à jour le 16/04/2018 à 09H40, publié le 16/04/2018 à 08H59
Le défilé des créateurs en herbe chargés du projet recyclage à Dinan, 15 avril 2018

Le défilé des créateurs en herbe chargés du projet recyclage à Dinan, 15 avril 2018

© Courtesy of Festival de Dinan

Face à la Fast Fashion, des designers repensent cette mode qui se démode et produit des tonnes de déchets au gré de cycles rapides et de coûts réduits. En marge de cette course effrénée à la surconsommation, l’upcycling s’avère une alternative. 8 dinanais de 12 à 17 ans ont tenté cette expérience dans le cadre du Festival international des jeunes créateurs de mode de Dinan. Rencontres.

L'upcycling est l’art de transformer des matériaux récupérés en un produit de qualité supérieure. On ne jette rien, on transforme en utilisant d’anciens vêtements et en les destructurant pour en façonner de nouveaux.

Le Festival international des jeunes créateurs de mode de Dinan 2018 consacre son thème à la mode éco-responsable. Emmanuelle Vigot du Service Enfance-Jeunesse de la Ville de Dinan mène depuis la rentrée 2017 un projet de création de vêtements à partir d’objets récupérés avec 8 jeunes de 12 à 17 ans fréquentant le Point Info-Jeunesse de la ville L'Atelier du 5 bis
Emmanuelle Vigot de l'équipe jeunesse de la ville de Dinan, 15 avril 2018

Emmanuelle Vigot de l'équipe jeunesse de la ville de Dinan, 15 avril 2018

© Corinne Jeammet
"C'est un projet que j'ai monté dans le cadre de ma formation au Brevet pro-animation" explique Emmanuelle Vigot avant d'ajouter : "Après avoir vu au cinéma de Dinan un documentaire "The True Cost" d'Andrew Morgan, ces jeunes ont été sensibilisés à la Fast Fashion".
Why This Film ? 'The True Cost'
"Ce film montre comment sont fabriqués les vêtements, la surconsommation et les dégâts sur la planète... C'est parti de là ! Il y a des images chocs qui les ont marquées. Ce projet est une prise de conscience. Dès décembre 2017, nous avons récupéré des matériaux en vue de la création d'une collection. Nous avons eu l'aide et le soutien de la Fibre du Tri, Le Relais, les habitants de la ville et une artiste dinanaise Danièle Orhan-Horlick. Nous nous sommes lancés. Les jeunes ont travaillé sur les différentes tenues ce qui leur a permis d'apprendre plusieurs techniques." 
Les jeunes dinanais qui ont participé au projet de recyclage dans le cadre du Festival de Dinan, 15 avril 2018

Les jeunes dinanais qui ont participé au projet de recyclage dans le cadre du Festival de Dinan, 15 avril 2018

© Corinne Jeammet
Nora, 13 ans : "Il y avait des produits qui cassaient comme le film VHS, que nous voulions travailler avec une machine à crochet. C'était pas possible alors nous l'avons tricoté à la main. On ne s'attendait pas au résultat, à voir d'aussi belles tenues".  
Maevenn, 13 ans : "Une bénévole de l'Atelier du 5bis est venue nous apprendre à faire du crochet. La créatrice dinanaise Danièle Orhan-Horlick (NDLR : qui a déjà créé des pièces à partir de matière récupérée comme des bustiers en capsules de canettes, des robes en feuille d’arbre…) nous a appris à faire de la couture. On a réussi à travailler tous ensemble".
Marceau, 12 ans : "Moi, j'ai transformé une jupe de fille en jupe cravates que je porte au défilé". 
Maevenn, Nora et Marceau, 3 jeunes dinanais créateurs en herbe qui ont participé au projet de recyclage montrent les tenues qu'ils ont réalisé, 15 avril 2018

Maevenn, Nora et Marceau, 3 jeunes dinanais créateurs en herbe qui ont participé au projet de recyclage montrent les tenues qu'ils ont réalisé, 15 avril 2018

© Corinne Jeammet
Ces créateurs en herbe ont aussi joué les mannequins éphémères puisqu'ils ont porté les 10 tenues qui ont défilé au Théâtre des Jacobins le dimanche 15 avril en clôture du Festival international des jeunes créateurs de mode. 

Franck SorbieR SENSIBILISE a la mode eco-responsable

La récup fait partie de ma génération. Avant de venir à Paris faire mes études, je consultais le magazine "100 idées" du groupe Marie-Claire qui regorgeait d’explications sur la déco et la création (faire des pulls, faire du neuf avec de l’ancien). Je me souviens, par exemple, d’un article sur une suédoise qui chinait aux puces de Saint-Ouen pour constituer de nouveaux vêtements. C’était au milieu des années 70.

Cet esprit est tombé en désuétude avec l’arrivée de créateurs comme Elisabeth de Senneville, qui a été précurseur de l’ère industrielle et technologique. Cette période de récup que j’évoquais avait quelque chose de sentimental, une part de romance, par rapport à la période d’après, au contraire, qui a porté une volonté de modernité, de recherche technologiques…

Aujourd’hui, en terme de mode, on constate un pillage des magasins vintage. La façon dont les vêtements sont portés donne un aspect mode à ces produits d'hier. Une jeunesse déglinguée qui s’habille en fripes, un refus de rentrer dans la norme. Ces jeunes-là ont inspiré de nouvelles tendances sur les podiums. C’est un phénomène de société. La récup, c’est une bonne idée fasse à la masse production qui ne fait pas de bien à la planète !

Des marques engagées dans une démarche éco-responsable

De plus en plus de marques font preuve d’une démarche éco-responsable. Certaines sont engagées de longue date, comme Martin Margiela et ses vêtements labellisés "Artisanal" créés à partir de pièces déconstruites dans ses ateliers parisiens ; ou le label créatif Andréa Crews dont sa créatrice Maroussia Rebecq pratique l’upcycling depuis 15 ans. Aujourd’hui, d'autres créateurs s’adonnent à des opérations ponctuelles : défilé solidaire de vêtements créés à partir de chaussettes recyclées pour l’Association Chaussettes Orphelines de Marcia de Carvalho, collecte de vêtements et chaussures pour leur offrir une seconde vie avec Camaîeu, collection durable H&M Conscious Exclusive avec des accessoires réalisés à partir d'anciens chandeliers et des robes à partir de filets de pêche récupérés sur les littoraux et de déchets en Nylon….

Un sujet d’actualité puisqu’il fait l’objet d’un livre à paraître en avril "Une mode éthique est-elle possible ?" de Majdouline Sbai (Collection Diagonales). L’auteur montre qu’en 20 ans, les Français ont doublé leur consommation de vêtements mais 30 % de leurs achats ne seront pourtant jamais portés. Ce sont 600 000 tonnes de textile qui sont jetées chaque année. Paradoxalement, si Paris est toujours considérée comme la capitale mondiale de la mode, la majeure partie de la production vendue en France est issue d’Asie du Sud-Est. Majdouline Sbai présente les initiatives portées par des créateurs, des ONG, mais aussi des industriels, pour rendre la mode plus responsable.
Une mode éthique est-elle possible ?" de Majdouline Sbai 

Une mode éthique est-elle possible ?" de Majdouline Sbai 

© Rue de l'Echiquier