Trouvez chaussure à votre pied à l'expo "Pleasure and Pain" de Londres

 

Entrez dans le monde clos des chaussures de luxe proposé par le Victoria & Albert Museum à Londres. Entouré de rideaux de velours violets et de vitrines de chaussures, vous êtes projeté au milieu d'une collection de plus de 250 paires du monde entier. Futile? On y apprend bien plus que vous ne le pensez sur l'histoire et les civilisations! "Pleasure and pain", plaisir et douleur, du soulier importable au talon vertigineux, vous comprendrez l'origine de l'expression "souffrir pour être belle"...

Marilyn Monroe, la Reine Victoria, Sarah Jessica Parker, Lady Gaga, Kylie Minogue et Daphne Guinness les ont portées, et toutes les plus grandes marques sont présentes : Manolo Blahnik, Christian Louboutin, Jimmy Choo, Prada... L'exposition se développe autour du fil conducteur de la chaussure en tant qu'accessoire indispensable pour mettre en avant son identité, son statut social, voire ses rêves. L'important c'est surtout le luxe qui suscite cette admiration ou euphorie pour les chaussures. Dans ce contexte, souffrir pour montrer sa richesse n'a pas d'importance. La commissaire de l'exposition explique : " Les chaussures ont un aspect révélateur important dans la tenue. Objets splendides et sculpturales, elles sont de puissants indicateurs du genre, statut, identité, goûts et même tendances sexuelles. Notre choix de chaussure peut aider à projeter l'image de la personne que l'on veut être".

Cette citation est bien illustrée par le premier film projeté dès l'entrée. On y voit la même femme, avec la même tenue, faisant le même trajet dans une grande demeure. Ce qui change ? Les chaussures bien sûr (une paire de sandales à talons rouges, une paire d'espadrilles à talons noires en velours et une paire de ballerines). C'est flagrant : la démarche est différente, la personnalité aussi et même l'ambiance est différente, soutenue par des musiques appropriées.

Ce qui est très intéressant, c'est que toutes les cultures du monde entier entretiennent un même rapport avec les chaussures autour de ces trois thèmes : Transformation, Statut et Séduction.

Transformation.

La chaussure alimente un rêve. Elle fait partie de notre monde individuel. Rien que l'expérience vécue lors de l'achat de la chaussure est un rêve en soit. Cette partie de l'exposition est destinée à la chaussure dans le folklore et les contes de fée. La pantoufle de verre de Cendrillon est placée en avant sur un cousin de velours rouge (chaussure crée pour le film Cendrillon de 2015 par Swarovsky). Certaines scènes de films sont aussi présentées et montrent la chaussure comme un mythe. On retiendra les pantoufles rouges magiques de Dorothée, héroïne du Magicien d'Oz (1939). Les chaussures peuvent encore être un objet d'admiration, comme le suggère la mise en vitrine des baskets "Brooklyn" de David Beckham. La citation de Roger Vivier illustre bien cette partie de l'exposition : " Portez son rêve sur un pied est un premier pas pour donner vie à son rêve". Et puis selon Cendrillon, "une chaussure peut changer une vie".

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Statut.

Encore aujourd'hui, les chaussures témoignent du statut social grâce à des symboles identifiables : la semelle rouge de Louboutin est toujours le signe d'un certain luxe par exemple. De façon plus étonnante, le signe de richesse ultime se voit aux chaussures achetées pour ne pas marcher avec. Loin de toutes fonctions pratiques, les Mojari (chaussures de la fin XVIIIème siècle d'Asie du Sud) ne peuvent pas permettre de marcher. Les puissants rois les mettent puisque de toutes façons, ils seront portés sur des chaises. Aujourd'hui encore, certains talons ne permettent que de se déplacer en taxi... D'autres chaussures sont seulement des chaussures d'intérieur, témoignant du luxe de pouvoir rester chez soi sans travailler. Ce nom imprononçable "Qabnqib" désigne des chaussures ottomanes du XVIème siècle de 28,5 cm de talons permettant aux femmes d'éloigner leurs petons du sol chaud des hammams. Indispensables dans une garde robe digne de ce nom en somme. Plus simplement, c'est surtout la décoration des chaussures qui montrent la fortune de la personne entre fils d'or, satin, velours...sans oublier l'intérieur raffiné paré de broderie.

Les codes sociaux sont souvent dictés par les membres des familles royales ou stars. On le voit par les chaussures de la reine Victoria qui sont présentées ou le modèle "Pompadour" qui a influencé les créateurs de l'époque du Roi soleil.

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Séduction.

Le fétichiste des pieds se retrouve à toutes les époques, dans tous les pays. Du pied lotus aux mules de Karl Lagarfeld, le pied dois être mis en valeur afin de se dévoiler de façon érotique. L'idéal du pied lotus en Chine devait par exemple mesurer 7,6 cm de long seulement! Le pied était alors complètement compressé, les orteils recroquevillés sous la voûte plantaire. Les femmes subissaient d'atroces souffrances pour empêcher leur croissance et rentrer dans les petits chaussons de satins cousus comme de petits paquets cadeaux.

Les talons aux XIXème siècle étaient indispensables - notamment pour les prostitués de luxe, qui devaient être vues au milieu de la foule. Enfin, certains éprouvent un certain attrait pour les mules des femmes, dont le pied se retire si facilement. L'idée sous-jacente est une certaine "disponibilité sexuelle". La séduction est aussi un jeu d'illusion dont la chaussure est un réel accessoire. Les talons pour tricher sur sa taille mais aussi sur sa démarche et sa cambrure. Les paillettes ou lacets pour être plus féminine, ou au contraire clous et cuir pour être plus masculine.

 

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Création.

 

A l'étage, tout s'éclaire. Un film montre de très près toutes les étapes de la confection de la chaussures, fait avec minutie et patience.  On a aussi accès aux évolutions techniques et de style, comme la création de chaussures sans talon par la créatrice japonaise Noritaka Tatehana. En amont, la chaussure est un design, une sculpture et une conception.

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Les interviews de Manolo Blahnik, Sandra Choi (Jimmy Choo), Caroline Groves (créatrice), Marc Hare (Mr. Hare) et Christian Louboutin insistent longuement sur le lien primordial qu'il y a entre la création et l'industrie. Tout doit être suivi par le créateur, du dessin à la chaussure portée. Il est aussi question des avancées scientifiques par rapport à la matière de la chaussure. Sont présentées des chaussures en plastique, bois, alliages... Toutes les matières sont présentes ... à choix infini qui permet de  comprendre cette obsession pour les chaussures.

 

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Dans cette structure circulaire et entre ces rideaux en velours, nous étions confinés dans une véritable boîte à chaussure. En tant que femmes, nous étions aux anges dans un monde de rêve, avec l'espoir de posséder un jour toutes ces chaussures. De vrais enfants dans un magasin de bonbons! Mais l'exposition apporte réellement un aspect intéressant, celui du soulier comme témoin d'une culture et d'une époque. La chaussure ce n'est pas qu'un objet glamour, il y a une histoire derrière, et une technique presque scientifique. On y apprend plein de choses, tout en ressortant avec des étoiles dans les yeux...

 

Informations pratiques :

Pleasure and Pain, au Victoria and Albert Museum de Londres

South Kensington
Cromwell Road
London SW7 2RL

Plein tarif : 12£ ; 10h-17h45

13 Juin - 31 Janvier

 

 

 

Sibylle Aoudjhane, avec Loïc de la Mornais