Macron absent du pavillon russe : "une claque" pour la librairie du Globe, grande librairie russe de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/03/2018 à 12H24, publié le 16/03/2018 à 15H41

Les auteurs russes étaient amers vendredi au Salon Livre Paris après le boycott du Pavillon russe par Emmanuel Macron, suite à l'affaire de l'ex-espion russe empoisonné en Angleterre. "Je suis un chef d'entreprise français, et par votre boycott, j'ai reçu une claque", a lancé la directrice de la librairie du Globe, la grande librairie russe de Paris Natalia Turine au président.

Le président Emmanuel Macron a inauguré jeudi soir le Salon Livre Paris, où il a passé presque trois heures. Signe de tensions avec Moscou, il a boudé le pavillon officiel de la Russie, pays invité d'honneur de la plus grande manifestation littéraire en France, provoquant la consternation de la directrice de la librairie du Globe;

La colère de la directrice de la librairie du Globe

"Votre boycott du Pavillon russe, pays invité d'honneur cette année à Livre Paris, a un impact direct sur mes investissements a déclaré Natalia Turine. Et je passe sous silence l'impact sur moi en tant qu'éditrice et intellectuelle", a poursuivi l'éditrice et chef d'entreprise française, dans une lettre ouverte au président Macron dont l'AFP a obtenu une copie.


"’Pays invité d'honneur’ est un titre, certes honorifique, mais qui se paye et qui se paye cher", a souligné Mme Turine. "C'est grâce à l'argent de ces pays invités d'honneur que ce festival est financé", a pointé du doigt l'éditrice en précisant qu'elle avait dépensé "100.000 euros" pour le stand de la librairie du Globe, librairie officielle du stand de la Russie. "Mon entreprise est mise en péril" a-t-elle ajouté.

"Vous avez fait de la culture un point fort de votre projet, mais, face à votre absence sur le stand de la Russie à ‘Livre Paris’ 2018, c'est un tout autre message que vous m'avez délivré", a-t-elle déploré. "Ce boycott m'a fait l'effet d'une douche froide" a regretté Natalia Turine, par ailleurs directrice de Louison Editions, une maison d'édition spécialisée dans la littérature russe contemporaine.

La veuve de Soljenitsyne "peinée"

Natalia Soljenitsyne, veuve de l'auteur de "L'Archipel du Goulag", s'est déclarée "peinée" vendredi par l'attitude du président français Emmanuel Macron.

"La démarche d'hier a peiné beaucoup d'entre nous", a déclaré Mme Soljenitsyne à un journaliste de l'AFP et une journaliste de RFI. Le président français "n'a pas fait ce qu'il fallait et en premier lieu pour la France elle-même", a-t-elle asséné.
Natalia Soljenitsyne (2017)

Natalia Soljenitsyne (2017)

© Alexey Kudenko / Sputnik
"J'avais l'impression, au vu de ce qui s'est passé, pas hier mais ces derniers mois, que le président Macron n'était pas le pire des amis de la Russie", a dit Mme Soljenitsyne avec ironie. "J'avais l'impression qu'il était moins influencé par cette hystérie qui règne dans les médias occidentaux quand il s'agit de la Russie", a-t-elle insisté.

"Quand les diplomates ne savent plus se parler ça devient encore plus important que se parlent les artistes et les gens de la culture et des arts", a-t-elle affirmé. "Tourner le dos au dialogue avec les gens de la culture et des arts c'est extrêmement étonnant et ne sied pas à un leader politique français", a-t-elle conclu avant d'ajouter avec un sourire et en français: "Excusez-moi". 

Les auteurs russes amers ou ironiques

"Honnêtement, nous sommes chagrinés. Pas offensés, mais chagrinés. Parce que nous étions prêts pour cette rencontre, comme un coureur retient son souffle dans la dernière ligne droite. Et pour nous, cela correspondait à la venue du président français. C'était un grand honneur", a regretté Eugene Reznichenko, directeur exécutif de l'Institut Perevod, chargé de promouvoir la traduction d'œuvres russes dans le monde.

Les écrivains de la délégation russe ne sont pas tous des partisans du président Vladimir Poutine, quasiment assuré d'obtenir un quatrième mandat à l'issue de l'élection présidentielle de dimanche.

"Je n'ai jamais dépendu du pouvoir, il ne m'a pas fait de cadeaux et je ne lui dois rien", avait confié jeudi à l'AFP la romancière russe Ludmila Oulitskaïa.

Enfant terrible des lettres russes, Zakhar Prilepine, 42 ans, politicien controversé proche du chef du Parti national-bolchevique Édouard Limonov, mais aussi écrivain parmi les plus doués de sa génération, a choisi de répondre avec ironie.

"Je n'ai même pas remarqué que Macron n'était pas là. Je m'en fiche (...) J'écris des livres russes et les livres ont une vie plus longue que celle des présidents", a dit l'auteur de "L'archipel des Solovki", édité chez Actes Sud, maison d'édition longtemps dirigée par la ministre de la Culture Françoise Nyssen.