Les "Rendez-vous Tremplin" du Salon jeunesse de Montreuil : les illustrateurs ont 15 minutes pour séduire un éditeur

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Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox

Mis à jour le 02/12/2018 à 20H16, publié le 02/12/2018 à 09H45
Rendez-vous Tremplin avec Thomas Gabison, directeur artistique Actes Sud BD, Salon de Montreuil 02.12.2018

Rendez-vous Tremplin avec Thomas Gabison, directeur artistique Actes Sud BD, Salon de Montreuil 02.12.2018

© Rendez-vous Tremplin, Salon de Montreuil, 02.12.2018

900 rendez-vous en à peine deux jours, ce sont les "Rendez-vous Tremplin" du Salon du livre jeunesse de Montreuil. Près de 400 illustrateurs sont inscrits. Ils ont ont 15 minutes pour séduire 3 des 96 éditeurs qui participent à l'exercice. Reportage.

Louise, carton à dessin posé à ses pieds, attend. Elle a décroché trois rendez-vous. Elle est un peu fébrile. 23 ans, tout juste diplômée des Arts déco à Paris, elle travaille pour Hermès, mais elle ne désespère pas de réaliser un jour son rêve de toujours : travailler pour l'édition. "C'est assez compliqué de décrocher des rendez- vous avec les éditeurs. J'ai réussi à en rencontrer quand même, mais certains ne répondent pas. Donc là c'est l'occasion, et en plus on sait que pendant 15 minutes, ils vont être disponibles, à l'écoute. Donc ça c'est vraiment bien", raconte la jeune fille.

Ces rendez-vous, elle avait 24 heures pour les décrocher : un formulaire à remplir, aucune restriction d'âge, "mais on privilégie quand même les jeunes qui sortent des écoles, et les moins de 30 ans", précise Delphine Dumont, chargée de projets culturels au salon, et responsable de ces rendez-vous tremplins.

"On propose 900 rendez-vous sur un jour et demi. Il faut voir l'ambiance, hier ça se bousculait", raconte-elle. "Les directeurs artistiques sont là pour repérer, bien sûr, mais aussi pour transmettre, conseiller, orienter. Ils jouent aussi un rôle de transmission, de partage, on en a qui reviennent tous les ans, depuis des années", raconte Delphine Dumont. "Cette année, on est contents, parce qu'on a beaucoup plus de petits éditeurs qui participent", ajoute-t-elle. 

"Des conseils et plus si affinités"

"Aujourd’hui je suis venue pour rencontrer des éditeurs parce que ce n'est pas toujours évident par d'autres moyens, je suis là pour montrer mon travail, éventuellement avoir des conseils... et plus si affinités", confie Caroline, illustratrice, 37 ans.
Illustrateur attendant son rendez-vous Tremplin, Salon Jeunesse de Montreuil

Illustrateur attendant son rendez-vous Tremplin, Salon Jeunesse de Montreuil

© Laurence Houot - Culturebox
"Actes Sud BD !" lance une animatrice. Les rendez-vous se succèdent à la vitesse d'un speed dating. C'est le tour de Louise. Elle sort délicatement un paquet de son carton. Déplie le papier de soie, dévoilant des gravures d'une finesse étonnante. Thomas Gabison, directeur artistique chez Actes Sud BD a l'air impressionné.

"C'est mon projet de diplôme. Je parle de mon expérience au Japon, j'y ai vécu 6 mois, et ce qui est étrange c'est que pendant ce voyage, y a plein de souvenirs d'enfance qui ont émergé ", explique la jeune femme à son interlocuteur.

Elle sort plusieurs projets de ses cartons, que le directeur artistique prend le temps de regarder attentivement. "Ça s'est bien passé. Il a vraiment pris le temps de m'expliquer les choses, il m'a aussi fait des critiques constructives, je pense que j'avais besoin d'entendre ce qu'il m'a dit. Cela va me permettre de me repositionner, de savoir quelles sont les choses à améliorer", confie Louise à l'issue de ce premier entretien. "Et il va m'acheter une gravure. Je n'étais pas venue pour ça, mais je suis contente", se réjouit la jeune femme.

"C'est super excitant"

"C'est du dialogue, c'est de la rencontre", explique Thomas Gabison. "C'est dur, aujourd'hui j'en ai 27 à voir mais c'est passionnant. La jeune fille que je viens de voir (Louise) ne fait pas de BD, mais quelle douceur dans le trait, c'est un beau cadeau de voir ça", poursuit le directeur artistique. "Je dis ce que je pense, je n'ai pas de tabous, on n'est pas là pour ça, mais j'essaie de ne pas les froisser, c'est jamais méchant", ajoute-t-il. "10 minutes de rencontre parfois, permettent de poser des questions, et de se dire en sortant, tiens oui, c'est ça que je voulais faire. Ça peut permettre ça : orienter une voie pour la suite".
Rendez-vous Tremplins, Salon jeunesse de Montreuil 2018

Rendez-vous Tremplins, Salon jeunesse de Montreuil 2018

© Laurence Houot - Culturebox
"C'est très rare qu'on rencontre un auteur avec qui on va faire un livre mais ça arrive. Ça m'est arrivé plusieurs fois. C'est ici que j'ai rencontré Brecht Evens, et hier, je crois que j'ai rencontré quelqu'un qui a quelque chose à dire. Dans le dessin et dans sa façon de présenter, je pense qu'il avait un bon livre dans les mains. Et quand ça arrive, c'est super excitant", confie Thomas Gabison.

Un tremplin

Un peu plus loin, un garçon patiente. Il est là pour présenter son projet de BD, sur les députés. "J'ai le soutien de l'institution (l'Assemblée Nationale)", dit-il, "Maintenant, je cherche un éditeur". Debout au taquet, un autre nous confie qu'il aimerait travailler pour l'illustration jeunesse. "Ce sont les premiers rendez vous de ma vie avec des éditeurs. Hier ça s'est passé mi-figue mi-raisin, mais aujourd'hui j'ai eu un bon rendez-vous", se réjouit-il.

"C'est pas facile pour les illustrateur de démarrer", confie Louise. "La plupart des éditeurs cherchent des projets clé en main, avec à la fois le scénario de tout le livre, des planches terminées, ou au moins des croquis très aboutis, du coup ça demande un travail en amont qui est très important, et donc en tant qu'illustrateur ou auteur, tant qu'on est pas rentré dans un circuit, dans un réseau d'éditeurs qui vous font confiance, le soucis c'est qu'on travaille toujours en amont, et sans revenus, c'est très compliqué de démarrer en fait".

"On ne sait jamais trop ce qui va en ressortir, mais cette année, apparemment, 2018 est un bon cru", conclut Delphine Dumont.