Salon de Montreuil : l'Afrique du Sud en graffitis par MAK1ONE et des étudiants des Arts Déco

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 27/11/2013 à 16H45, publié le 22/11/2013 à 18H18
Les étudiants de l'ENSAD ont fabriqué les décors de l'espace consacré à l'Afrique du Sud au Salon du livre jeunesse de Montreuil

Les étudiants de l'ENSAD ont fabriqué les décors de l'espace consacré à l'Afrique du Sud au Salon du livre jeunesse de Montreuil

© Laurence Houot / Culturebox

Le salon du livre de Montreuil, qui démarre mercredi prochain, invite cette année les visiteurs à découvrir les cultures de l'Afrique du Sud. La scénographie de l'espace a été confiée à des étudiants de l'ENSAD, en workshop avec MAK1ONE, un artiste sud-africain. Reportage dans le hangar où se prépare la grande palissade qui rend hommage en graffitis aux combats sud-africains.

A deux pas du salon du livre de Montreuil dans un hangar logé au fond d'une cour, une vingtaine d'étudiants s'activent, grosses doudounes, écharpes autour du cou (il fait frisquet dans le hangar) et bombes de peinture à la main.
Dans le hangar à Montreuil © Laurence Houot / Culturebox
Ces élèves en 2e année de l'ENSAD, section images imprimées, avec leur professeur Katy Couprie, plasticienne et auteur pour la jeunesse, travaillent depuis la rentrée avec MAK1ONE, un artiste de Sreet art venu de Cap Town. Ensemble, ils fabriquent le décor de l'espace consacré à l'Afrique du Sud : une grande palissade, sur laquelle textes et icones sud-africaines et françaises graffitées cohabitent.

Les combats de l'Afrique du Sud

"Au début on avait un peu peur, à cause du format", lance Joseph, occupé à dessiner à la bombe le visage de Myriam Makeba, chanteuse et activiste politique sud-africaine. Elle est l'une des 17 icones choisies par l'artiste graffiteur MAK1ONE pour rendre hommage à l'Afrique du Sud.
Afrique du Sud au salon du livre Jeunesse de Montreuil Nelson Mandela © Laurence Houot / Culturebox
"J'ai choisi des personnalités pas forcément connues, mais que j'aimerais que les gens découvrent en France", explique le graffeur. "On a tendance à tout focaliser sur la figure de Mandela, mais si les choses ont changé en Afrique du Sud, c'est grâce à l'engagement de nombreuses personnes", ajoute-t-il.
MAK1ONE et Katy Couprie

MAK1ONE et Katy Couprie

© Laurence Houot / Culturebox
On y retrouve entre autres Ghandi, Steve Biko, militant anti-apartheid mort dans les prisons sud-africaines en 1977, le pasteur blanc Christiaan Frederick Beyers, figure de la lutte anti-apartheid, Desmond Tutu, prix Nobel de la paix en 1984, Evita Bezuidenhout, artiste de cabaret engagé, Ashley Kriel, étudiant tué par la police en 1987...

Liberté, Egalité, Fraternité

MAK1ONE a choisi les figures sud-africaines, les étudiants les icones françaises. "L'idée était de faire dialoguer les deux cultures", explique Katiy Couprie. "C'était pas évident de choisir les personnalités françaises, parce qu'on a pioché dans une très longue histoire, alors que les icones Sud africaines sont des personnalités de l'histoire récente de l'Afrique du Sud", explique Joseph. "Du coup on a essayé de travailler autour du triptyque Liberté, Egalité Fraternité".
Miriam Makeba par Joseph

Miriam Makeba par Joseph

© Laurence Houot / Culturebox
Résultat, une liste riche et éclectique : George Sand, Jean Moulin, Saint-Exupéry, Eluard, Zidane… "C'est  la fierté nationale en France, qui réunit les communautés. Il a aidé à casser les préjugés. Il est aussi un symbole du rêve d'ascension sociale du banlieusard.", explique Mathias, le seul étudiant déjà familiarisé avec les techniques du graffiti.
Zidane par Mathias

Zidane par Mathias

© Laurence Houot / Culturebox
Pour les autres, c'est plus compliqué, mais ça fait partie du challenge. "Il faut qu'ils sortent de leurs habitudes, de l'académisme",  explique MAK1ONE. "Il nous a demandé de faire l'esquisse à la bombe. Nous, on sait pas faire. On n'a pas appris. Et c'est pas en trois jours qu'on va apprendre", explique Claire, un pot de peinture à la main. "On a négocié les pinceaux", ajoute Ivan, un peu bousculé aussi par ce qu'on lui demande.
MAK1ONE et Katy Couprie au travail avec Ivan, étudiant

MAK1ONE et Katy Couprie au travail avec Ivan, étudiant

© Laurence Houot / Culturebox
Penser à travers la parole de l'autre

"C'est l'intérêt de ce genre de workshop", explique Katy Couprie. "Même si ça les déstabilise, ça a des vertus pédagogiques et humaines irremplaçables. Ça ouvre sur des façons de penser et de créer différentes, ça oblige à penser à travers la parole de l'autre, d'un autre dont la culture est radicalement étrangère. Et c'est formidable aussi parce que ça fédère le groupe pour le reste de l'année", ajoute Katy Couprie, qui a beaucoup expérimenté à titre personnel les échanges avec des artistes étrangers, et notamment africains.
Salon du livre Jeunesse Afrique du sud, graffiti © Laurence Houot / Culturebox
"Je suis très heureux que l'Afrique du Sud soit invitée du salon", explique MAK1ONE "Les infos maintenant arrivent via le net, et c'est comme ça que les européens ont une vision de ce qu'est l'Afrique du Sud aujourd'hui. C'est autre chose d'être là et de faire connaître notre histoire et notre culture." Et l'artiste ne se lasse pas de défendre sa conception de la vie, du monde, et de l'art, qu'il exprime à travers ses graffitis.

Le graffiti comme onde de choc

"Graffiti ça veut dire imprimer sa marque. Ca peut être un chant, une peinture sur un mur, une poésie. Peu importe. Ce qui compte, c'est le signe qu'on envoie, et qui doit venir de l'intérieur, qui doit être sincère et pas dicté par l'argent ou un quelconque académisme. C'est ce que j'essaie de transmettre aux étudiants ici, et à tous ceux avec qui je travaille en Afrique du Sud. Leur dire tu es responsable de ce que tu fais, et de ce que tu exprimes. Tu ne travailles pas pour l'argent, la réussite ou pour plaire aux galeristes. Mais parce que tu veux exprimer quelque chose qui vient de toi.", ajoute-t-il.
MAK1ONE

MAK1ONE

© Laurence Houot / Culturebox
"Peindre sur les murs, c'est comme laisser tomber une goutte dans l'océan. L'onde s'étend loin, loin et il en revient de grandes choses dans son sein.", conclut-il.

La fresque est à découvrir à Montreuil, accompagnée d'un making off du workshop, projeté dans l'espace consacré à l'Afrique du Sud.

(Merci à Marine Reed, qui a traduit l'entretien avec MAK1ONE)

Salon du livre et de la presse jeunesse
Du 27 novembre au 2 décembre
Espace Paris-Est-Montreuil, 128, rue de Paris – 93100 Montreuil


MAK1ONE est né dans les années 1970 dans le township de Mitchell's Plain au Cap. Mak1one est un artiste engagé dans le mouvement Hip Hop sud africain et son mode d'expression est le graffiti. Avec l'association "Heal the Hood", il organise régulièrement des ateliers dans les écoles, avec des enfants pauvres, des enfants plus privilégiés, et aime surtout les mélanger. Outre l'atelier qu'il anime avec les étudiants de l'ENSAD, MAK1ONE animera le dimanche 1er décembre une conférence au salon de Montreuil "Street d’Art, le pouvoir du graffiti".

Katy Couprie est auteur, illustratrice et photographe. Elle est l'auteur entre autres de "Dictionnaire fou du corps" (Thierry Magnier). Son dernier album, "Ah ! Ernesto, donne une seconde vie au seul texte écrit par Marguerite Duras pour la jeunesse. Il sort ce mois-ci aux éditions Thierry Magnier.

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