Rentrée littéraire : le jubilatoire premier roman de Maria Pourchet, "Avancer"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 02/09/2012 à 09H29
Maria Pourchet

Maria Pourchet

© Laurent Hini

Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. A 32 ans, Maria Pourchet publie "Avancer", drôlissime et décapant premier roman de 220 pages sur une jeune personne en quête d'avenir, Victoria. Celle-ci a trouvé en un pontifiant professeur de sociologie (pléonasme ?) la personne adéquate pour l'entretenir. Hélas, Marc-Ange, puisque c'est son nom, a pour principal défaut ses jumeaux, un garçon surdoué et une fille quasi-débile, dont il a parfois la garde. Chantre des familles recomposées, passez votre chemin.

Avouons-le. On a ouvert "Avancer", le premier roman de Maria Pourchet dont on ne savait rien (sinon qu'elle semble bien connaître l'univers des intellectuels précaires, assassinés avec talent) par simple curiosité. Mais on ne l'a plus refermé avant la dernière page.

De quoi s'agit-il ? D'une jeune femme résolue à ne pas perdre son temps dans une activité sans intérêt alors qu'une "voie royale", elle en est sûre, l'attend si elle est disponible. Victoria - de son vrai nom Marie-Laure, native d'Epinal- vit dans un appartement parisien avec Marc-Ange, professeur de sociologie qui l'entretient. 

Hélas, Marc-Ange a beau avoir quitté sa femme, il hérite de temps à autre de ses enfants, des jumeaux. L'un, le Petit, un insupportable surdoué, passe son temps à balancer aux adultes les vérités qu'ils ne veulent pas entendre. L'autre, une fille, à la limite de la débilité, provoque catastrophe sur catastrophe.

A quoi s'occupe Victoria ? A contempler de son balcon le chantier en face de son immeuble,  trou béant où vivent deux clochards. Excédé de cette oisiveté, Marc-Ange suggère à cette Emma Bovary d'aujourd'hui (sans culpabilité ni arsenic) de se livrer à une enquête sociologique sur les Vélenville - on aura deviné les Vélib...- pour contribuer aux frais du ménage.

Un roman désopilant

S'ensuit un roman désopilant où sont étrillées les familles recomposées, les intellectuels précaires et prétentieux, les profs de sociologie boursouflés, bref tous ceux qui sont moins avares de mépris que d'argent (qui ne coule pas à flots, d'ailleurs).  

Le prof de socio sur les étudiants qu'il exploite : "pour le moment, ils marchent à la gloire. Mais il faut s'attendre à devoir les indemniser". La narratrice, Victoria, sur les thésards : "à un je ne sais quoi de triste et d'arrogant, j'identifie rapidement des étudiants en cycle long". La même sur les doctorants : "je comprends qu'il est presque en doctorat, donc déjà bien à côté des réalités de ce monde".

Le résultat ? Rire garanti à chaque page. Maria Pourchet a compris qu'en temps de crise, on attendait davantage comme antidotes un cynisme et un humour salvateurs qu'un roman dépressif de plus. Son écriture, alerte, vive et joyeuse comme une fanfare, est un enchantement. Recommandation totale.

"Avancer" Maria Pourchet (Gallimard, 17,90 euros).