"Mordred" de Justine Niogret, la face tragique de la légende arthurienne

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/02/2014 à 11H19, publié le 07/02/2014 à 12H21
"Mordred", de Justine Niogret

"Mordred", de Justine Niogret

© Mnémos

Justine Niogret publie chez Mnémos, "Mordred", roman articulé autour du fils incestueux du roi Arthur avec sa demi-soeur Morgause et figure du traître dans le cycle arthurien. La romancière porte un nouveau regard sur la mort d'Arthur et de Mordred que la légende affirme être tombés sous les coups l'un de l'autre lors de la bataille de Camlaan.

La légende arthurienne fascine toujours autant. L'une des dernières oeuvres publiées sur le thème est signée Justine Niogret aux éditions Mnémos. Délaissant la geste du roi et de ses fameux chevaliers de la Table Ronde, elle s'intéresse au maudit, à Mordred, le fils des amours incestueuses d'Arthur avec sa demi-soeur Morgause (selon d'autres interprétations il serait même le fils de la fée Morgane, la soeur d'Arthur).
Généralement présenté comme traître, fou et brutal, Mordred trouve avec Justine Niogret une nouvelle humanité.
La couverture de "Mordred" signé Justine Niogret

La couverture de "Mordred" signé Justine Niogret

© Mnémos

Alité, entre la vie et la mort à la suite d'une blessure au dos consécutive à un tournoi, le chevalier Mordred navigue entre la réalité d'une souffrance intolérable, et les rêves qui le ramènent à des périodes antérieures de sa vie, Il revit sa douce enfance auprès de Morgause, sa mère, et sa formation de futur chevalier avec son père , le roi Arthur. Dans une langue claire et nerveuse, judicieuse et limpide, complètement comprehensible bien que semblant écrite en vieux français, l'auteur nous fait partager la pensée du maudit, de "celui qui n'aurait jamais du naître". Jamais, pourtant, il n'est fait mention de cette naissance interdite, de cette malédiction originelle. Elle plane sur le roman, comme une ombre qui voile l'avenir d'un drapé tragique.

Justine Niogret regarde différemment l'issue de l'histoire, cette fameuse bataille qui vit la mort du père comme du fils, chacun tué de la main de l'autre. Elle ouvre une autre porte, plus rédemptrice, une issue qui permet aux deux hommes de racheter par la mort la faute initiale, celle de la naissance. Le livre est court, hypnotique et attachant. Les descriptions de la nature vue par Mordred enfant évoquent une époque où la pharmacopée se cueillait au fil des promenades. les récits guerriers portent le poids des armures et sentent la sueur enfermée des chevaliers puant la transpiration et le cuir bouilli. Justine Niogret possède, grâce à des mots simples et à un rythme d'écriture toujours repensé une extraordinaire puissance d'évocation.

"Mordred" de Justine Niogret (Editions Mnémos)
168 pages - 17 euros