Mo Yan, Nobel de littérature controversé, reçoit son prix

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 07/12/2012 à 20H57
Mo Yan lors de son discours devant l'Académie Nobel (7/12/2012)

Mo Yan lors de son discours devant l'Académie Nobel (7/12/2012)

© Jonas Ekstromer / Scanpix Sweden / AFP

Le romancier chinois Mo Yan s'est rendu en Suède afin de recevoir son prix Nobel de littérature vendredi après-midi. L'occasion, au passage, de répondre à ses détracteurs... sans les rassurer.

Jeudi à Stockholm, lors d'une rencontre avec des journalistes, Mo Yan a essuyé un torrent de questions sur les droits de l'homme et la censure.

Devant l'Académie, Mo Yan se défend
Du coup, vendredi, lors de son discours devant l'Académie Nobel, il a tenté de marquer sa distance avec ces débats et de ramener l'attention sur ses livres. Il a reproché à ceux qui le critiquent de pointer une cible qui n'avait "rien à voir" avec lui. Mo Yan a observé que le fait qu'il ait reçu le Nobel de littérature avait "soulevé des polémiques. Au début, j'ai pensé qu'elles me concernaient directement mais, peu à peu, j'ai eu le sentiment que la personne visée n'avait rien à voir avec moi", a-t-il assuré.

"Pour un écrivain, la meilleure façon de parler c'est l'écriture. Tout ce que j'ai à dire je l'écris dans mes oeuvres. Les paroles qui sortent de la bouche se dispersent au vent. Celles qui naissent sous la plume jamais ne s'effacent." Et d'ajouter : "J'espère que vous aurez la patience de lire un peu mes livres."

Les longs romans de Mo Yan, complexes voire déroutants pour les lecteurs étrangers, dépeignent crûment l'histoire tumultueuse de son pays depuis un siècle. Cette histoire, l'écrivain l'a encore évoquée vendredi à travers son parcours personnel, de son enfance auprès d'une mère paysanne illettrée à son passage dans l'armée, sa vocation de conteur, et enfin la gloire littéraire, jusqu'au Panthéon des Nobel.

Depuis que le prix lui a été décerné, "il s'est produit des tas d'histoires merveilleuses, et elles m'ont convaincu que la vérité et la justice existent bel et bien", s'est félicité Mo Yan.

Une rencontre compliquée avec les médias occidentaux
Plus difficile était d'affronter, jeudi, des journalistes occidentaux évidemment plus intéressés par la politique que la littérature. Devant eux, l'écrivain a confirmé ce qu'il avait dit en octobre, qu'il souhaitait la libération de son compatriote prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, emprisonné pour "subversion" après un manifeste pro-démocratie. Mais il l'a fait sans entrain. "J'ai déjà exprimé mon opinion sur ce sujet", a-t-il déclaré, en tâchant d'esquiver les polémiques.

Mo Yan, vice-président de l'Association des écrivains chinois (organisme officiel) et premier Chinois à recevoir le Nobel de littérature, est un héros national aux yeux de la presse gouvernementale. Or, à l'inverse, le prix Nobel 2010 de Liu, autre écrivain, et celui d'un dissident naturalisé français (Nobel de littérature en 2000), Gao Xingjian, ont été complètement ignorés.

Jeudi, une lettre ouverte signée par plus de 130 lauréats du prix Nobel appelait Pékin à libérer Liu. Et parmi ses prédécesseurs, le romancier chinois s'est fait des ennemis, comme la Germano-Roumaine Herta Müller qui a dit avoir pleuré quand elle avait entendu que le Nobel de littérature allait, selon elle, à un auteur qui "loue la censure".

Mo Yan juge la censure "nécessaire" dans certains cas
Les déclarations de Mo Yan sur le sujet étaient donc décortiquées vendredi dans les médias. Jeudi, l'auteur a estimé qu'elle était parfois "nécessaire", la comparant aux fouilles dans les aéroports, qu'elle existait d'ailleurs "dans tous les pays du monde, et que "la seule différence c'est le degré". "Savoir s'il y a une liberté d'expression en Chine, c'est une question difficile", a-t-il estimé, invitant chacun à aller sur l'internet chinois pour se forger une opinion.

Ses mots étaient assez ambigus pour susciter des commentaires divergents. "Quelle misère: le lauréat du Nobel Mo Yan défend la censure", titrait sur son site internet le Los Angeles Times, critique à l'instar des autres médias américains. Néanmoins, le quotidien suédois "Svenska Dagbladet" lui a reconnu une certaine indépendance quand il a souligné que le Nobel était une récompense "personnelle". Le journal a relevé ainsi : "Il a été clair auprès des journalistes chinois sur le fait que le prix n'a pas été décerné à la Chine, où on l'utilise actuellement à des fins patriotiques."