Mathieu Riboulet, prix Décembre pour "Les œuvres de miséricorde"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 08/11/2012 à 13H28
Mathieu Riboulet, prix Décembre 2012 pour "Les oeuvres de miséricorde"

Mathieu Riboulet, prix Décembre 2012 pour "Les oeuvres de miséricorde"

© MEHDI FEDOUACH / AFP

Mathieu Riboulet a reçu jeudi le prix Décembre pour "Les œuvres de Miséricorde" (Verdier), récit sur la mémoire héritée des conflits du XXe siècle, multipliant les joutes sexuelles à Cologne ou Berlin pour "suivre l'Histoire à la trace sur des corps d'hommes allemands".

Le romancier a obtenu 6 voix au 3e tour contre 6 à Christine Angot pour "Une semaine de vacances" (Flammarion). Le président du jury Charles Dantzig a alors proposé un 4e tour que les jurés ont refusé.

Le président a alors fait prévaloir sa double voix, comme l'y autorise le règlement du prix, en faveur de Mathieu Riboulet. En 2011, le Prix Décembre avait couronné ex-aequo deux lauréats, pour la première fois de son histoire: Jean-Christophe Bailly pour "Le Dépaysement : voyages en France" (Seuil) et Olivier Frébourg pour "Gaston et Gustave" (Mercure de France).

Dans son livre, Mathieu Riboulet, né 15 ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, s'interroge sur ce qu'il reste aujourd'hui de ces guerres qui, en 1870, 1914 et 1939, ont opposé la France à l'Allemagne: "Que faire de tous ces morts ? Où vivre ? Comment s'aimer ?" Dans les saunas et les back-rooms d'Outre-Rhin, le narrateur choisit l'itinéraire des corps pour rencontrer l'homme allemand, trame narrative d'une réflexion sur l'Histoire, l'art ou la violence.

"Dans le corps d'Andreas gisent les guerriers de 14. Je le sais, je les ai entendus murmurer, je les ai vus pâlir au fil de nos étreintes", confie le narrateur. "Je n'avais jamais pu avant cela penser aux Allemands, à l'Allemagne, à la langue allemande, sans voir se profiler à l'horizon de ces pensées la trace du conflit qui par trois fois nous opposa", dit-il.

Point de départ de ces "fictions et réalités", un tableau du Caravage, à  Naples, illustre les sept oeuvres de miséricorde: "donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, loger les pèlerins, visiter les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts". Autant d'impératifs moraux de l'Eglise, nés de l'Evangile de Matthieu, que l'Histoire va sans cesse ignorer et bafouer. Les étreintes font écho aux corps torturés des martyrs, prétexte à de longues digressions sur l'art, et notamment le Caravage.

L'auteur, qui a fait des études de cinéma et réalisé plusieurs films en autoproduction, n'hésite pas non plus à invoquer les metteurs en scène, Douglas Sirk ou Steve McQueen, sans compter l'historien de l'antiquité grecque Thucydide, la chorégraphe Pina Bausch ou le compositeur anglais du XVIIe siècle Henry Purcell.

Ces va-et-vient entre des scènes de sexe parfois très crues et des réflexions sur l'art pèsent parfois sur le lecteur. Mais dans ce dixième ouvrage, Mathieu Riboulet fait preuve d'une grande  sincérité, une "liberté complète" qu'il attribue à son arrivée aux éditions  Verdier, chez qui il a publié ses trois derniers livres.