Le Goncourt pour Ferrari : "Chute de tension... et joie !"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 07/11/2012 à 17H47
Jérôme Ferrari, Prix Goncourt 2012 pour "Le sermon sur la chute de Rome" (Actes Sud)

Jérôme Ferrari, Prix Goncourt 2012 pour "Le sermon sur la chute de Rome" (Actes Sud)

© Laurence Houot/ Culturebox

Jérôme Ferrari a été sacré Goncourt 2012 pour son 7e roman, "Le sermon sur la chute de Rome". A peine débarqué d'Abu Dhabi où il enseigne la philosophie au lycée français depuis la rentrée, il a fait l'expérience du bain de caméras au restaurant Drouant, "un peu comme un lapin dans les phares", a-t-il dit.

Garés aujourd'hui devant le chic restaurant Drouant parisien (en plus des habituelles voitures de sport) les camions de direct des télévisions. Les passants s'interrogent. Mais que se passe-t-il ? "Le Goncourt monsieur", répondent les photographes, postés depuis le matin devant les portes du prestigieux restaurant.

A l'intérieur, ils sont prêts, calés en bas des marches, caméramans, photographes et journalistes attendent l'annonce, forment un bloc compact. Dicker, Ferrari, Deville, Lê ? Les pronostics vont bon train. La presse suisse est là. Rien n'a fuité cette fois.

Un peu avant avant une heure moins le quart, Didier Decoin descend les marches et annonce : le prix Goncourt décerné à Jérôme Ferrari, écorchant au passage le titre de son roman…

Jérôme Ferrari à son arrivée au restaurant Drouant

Jérôme Ferrari à son arrivée au restaurant Drouant

© Laurence Houot/ Culturebox
Le lauréat arrive une demi-heure plus tard, accueilli par une forêt de caméras et de photographes déchaînés. Hébété, petite barbe naissante (il vient à peine d'atterrir d'Abu Dhabi, il y enseigne depuis la rentrée), Ferrari rejoint difficilement le salon du restaurant Drouant où l'attendent les membres du Goncourt. Il ne reste avec eux que quelques minutes avant que les portes s'ouvrent à nouveau, laissant s'engouffrer la meute. Il faut se frayer un chemin pour pouvoir enfin entendre ce qu'il a à dire.

Le jury du Goncourt, encerclé par la presse

Le jury du Goncourt, encerclé par la presse

© Laurence Houot/Culturebox

Jérôme Ferrari répond aux premières questions

Jérôme Ferrari répond aux premières questions

© Laurence Houot/ Culturebox
Si je m'y attendais ? Non, on ne peut pas s'y attendre. On peut espérer, mais pas s'y attendre. Depuis que je savais que j'étais sur la liste, oui j'y pensais bien sûr. Avant non. On n'y pense pas, c'est inimaginable.

Quand j'ai appris la nouvelle ? Une chute de tension qu'on peut considérer comme une définition correcte de la joie.

Mon sentiment  Je suis content. Pour l'instant je ne vois que des flashs. Je n'ai jamais vu autant de caméras. Je suis terrassé.

Ma matinée Je n'étais pas du tout tendu, j'ai fait de la méditation… Non, pas du tout,  j'étais anxieux en fait.

Le sermon, un livre difficile  Oui je sais, c'est un énorme problème, un livre difficile à résumer, parce qu'il y a plusieurs niveaux narratifs. Disons que c'est un livre sur des cycles de petits mondes.

Mon roman, pessimiste ? Euh, j'espère qu'il y a quand même une ou deux phrases qui portent la vitalité. Mais je ne m'intéresse pas beaucoup à l'optimisme ou au pessimisme, en fait.

Leçon Le rôle des romans n'est pas de donner des leçons, proposer des visions du monde auxquelles on n'a pas pensé peut-être, mais des leçons je ne crois pas. Saint-Augustin oui, ce qu'il nous apprend, c'est que les mondes finissent…

Il n'a pas le temps de terminer sa phrase, que d'autres questions recouvrent la fin de sa réponse, l'heure n'est pas à la philosophie…  mais plutôt au combat de coqs, version presse déchaînée. "Dégage !" crie un photographe à un autre. L'ambiance chargée de testostérone du bar corse de son roman n'est pas loin... D'autres questions arrivent.

A qui je dédie ce prix ? Je ne vous le dirai pas, c'est du domaine de l'intime.

Ce que je vais faire de mon prix Goncourt? Je ne sais pas. D'abord profiter. C'est une étape importante. Mais je vais essayer de continuer à écrire des romans. Je ne sais pas si je continuerai à développer mon univers (Il y a des ponts entre les romans de Jérôme Ferrari). Je ne sais pas. Je n'ai pas envie de creuser un filon. Je ne faisais pas ça avant et j'y serai encore plus attentif désormais. J'aimerais plutôt prendre un virage…

Le succès en librairie avant le Goncourt Oui, c'est une double récompense (le livre a déjà été vendu à 90 000 exemplaires, avant l'annonce du prix Goncourt).

Le déchaînement médiatique C'est curieux, je n'ai pas l'habitude. Etre loin, à Abu Dhabi, pour l'avenir je ne sais pas si ce sera bien mais en tous cas pour les deux mois qui viennent de s'écouler, c'était vraiment une chance d'être loin.

Faire un sermon? Ah non, j'en serais bien incapable. C'est sûr, ce serait très élégant mais je ne peux pas le faire, ça dépasse mes capacités.

Comment je vais fêter mon Goncourt ? Longuement et plusieurs fois.

La Corse Je ne pourrai pas y passer cette fois avant de retourner à Abu Dhabi, mais je veux y retourner vite, la corse fait partie des plusieurs fois (pour la fête).

Mes élèves J'espère qu'ils continueront à m'écouter pendant mes cours…

Le prochain livre Je ne l'ai pas encore commencé. Je ne suis pas si rapide que ça. L'endroit où j'habite et où je travaille (Abu Dhabi) m'inspire. Il n'en dira pas plus.

Les caméras s'éloignent. Ferrari sourit, son livre sur la finitude des mondes a gagné une forme d'éternité.