L'écrivain auvergnat Jean Anglade est mort à 102 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/11/2017 à 11H38, publié le 22/11/2017 à 16H20

Jean Anglade, écrivain auvergnat et auteur d'une œuvre littéraire monumentale qui s'est vendue à des millions d'exemplaires, s'est éteint mercredi à Clermont-Ferrand à 102 ans, a-t-on appris auprès de son éditeur Calmann-Lévy, confirmant une information de la presse locale.

Né le 18 mars 1915 à Escoutoux, près de Thiers, dans le Puy-de-Dôme, Jean Anglade vient d'un milieu modeste. Fils d'une servante et d'un ouvrier mort au front en 2016, enfant surdoué, étudiant à l'École normale, il est d'abord maître d'école dans les Combrailles avant de devenir professeur de lettres et d'enseigner l'italien dans un lycée de Clermont-Ferrand, jusqu'en 1975, date à laquelle il prend sa retraite.

Son premier livre, "Chien du seigneur", publié en 1952, raconte l'histoire d'un prêtre-ouvrier dans une usine de caoutchouc qui abandonne la soutane pour se marier. Suivent "La Foi et la Montagne" (1961), qui se passe aux Philippines (Prix des Libraires en 1962), "Les Chiens Vivants" (1967), un huis clos étouffant dans les cellules où les nazis attendaient leur jugement à Nuremberg, et "Le Point de Suspension" (1969), qui se déroule pendant la guerre du Vietnam.

Le succès arrive avec "La pomme oubliée"

Le succès arrive en 1969, six ans avant sa retraite, avec le roman "La pomme oubliée", inspirée de la vie de sa tante Mathilde, dernière habitante d'un village auvergnat abandonné. Par la suite, tous ses ouvrages auront "au moins un pied" dans la région. "Je pars d'Auvergne et j'emmène mes lecteurs en promenade, ailleurs en France, à l'étranger ou dans le passé", expliquait Jean Anglade.

Les héros de ses livres : une garde-barrière, une maîtresse d'école ou un médecin de campagne en Auvergne, dont il vendra les destinées à plusieurs millions d'exemplaires. Il écrira plus d'une centaine de romans, essais, biographies, traductions, livres de poésie et d'humour, albums illustrés.

L'Auvergne inspire toute son œuvre

L'Auvergne, sa région natale, aura inspiré ainsi toute son œuvre, dont la saga couvrant un siècle de la vie des couteliers de Thiers : "Les ventres Jaunes" (1979), "La Bonne Rosée" (1980) et "La permission de mai" (1981).

Du coup, les critiques l'ont souvent catalogué comme écrivain "régionaliste". Une étiquette qui le hérissait : "cette appellation est méprisante ; elle vaut pour ceux qui racontent des histoires de cloches et de sources, publiées à compte d'auteur." Cet ami d'Alexandre Vialatte, autre plume auvergnate de renom, se disait plutôt "romancier réaliste" : "Je n'invente pratiquement aucun personnage. Ils me sont tous suggérés par la réalité et je les arrange à ma façon (...). Ce qui m'intéresse par-dessus tout, c'est l'Homme, qu'il soit Auvergnat ou Chinois."

"Jean Anglade a le génie de la belle histoire. De l'histoire pour elle-même, à laquelle on croit, comme on croit au fait divers fourni par l'actualité", admirait de son côté Vialatte.

Un auteur très discret, resté loin des cercles littéraires

Depuis le bureau de sa maison à Ceyrat (Puy-de-Dôme), il a aussi traduit "Le Prince" de Machiavel et "Le Décaméron" de Boccace, et signé deux biographies du romancier Hervé Bazin et de l'évêque gallo-romain Sidoine Apollinaire.

Très discret, cet homme aux yeux bleus rieurs est toujours resté à distance des cercles littéraires de la capitale. "Paris est très loin", disait-il simplement. Entre-temps, Jean Anglade n'a jamais cessé d'écrire : pour ses 100 ans en 2015 était sorti son dernier livre, "Le Grand dérangement", année au cours de laquelle il fut placé en maison de retraite à Clermont-Ferrand.

Jean Anglade se raconte (sujet France 3 Auvergne - Rhône-Alpes) :