Jean d'Ormesson : les premiers extraits de son roman posthume

Publié le 04/01/2018 à 18H49
Jean d'Ormesson dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5 (22 septembre 2011)

Jean d'Ormesson dans l'émission "La Grande Librairie" sur France 5 (22 septembre 2011)

© Baltel / Sipa

L'hebdomadaire Le Point a publié jeudi des textes inédits de Jean d'Ormesson, extraits de son 41e et dernier livre "Et moi je vis toujours", qui paraîtra le 11 janvier chez Gallimard. L'écrivain s'est éteint dans la nuit du 4 au 5 décembre 2017.

Dans son numéro 2366 daté du 4 janvier 2018, Le Point consacre deux pages à des extraits inédits de l'ultime roman de Jean d'Ormesson, que l'hebdomadaire présente avec lyrisme comme "une histoire du monde, en toute simplicité, racontée tambour et cœur battants, à la première personne, par un témoin qui aurait été à la fois l'ami d'Ulysse et le confident d'Alexandre le Grand, l'amoureuse de Ronsard et le découvreur de l'Amérique, à la fois un homme et une femme, un guerrier et un poète".

Le dernier romain de Jean d'Ormesson s'annonce foisonnant d'histoires humaines plongées dans la grande Histoire. Parmi les extraits proposés par Le Point, figurent une histoire de grotte préhistorique et de lumière, une taverne de Carthagène, la découverte de l'Amérique, une amitié avec Ronsard dans l'incarnation d'une jeune femme qui inspira à ce dernier les "Sonnets pour Hélène" : "Je n'ai pas été liée avec Montaigne. Ronsard, en revanche, je ne voudrais pas me vanter, mais je suis très attachée à la vérité, a été un ami. Et un peu plus qu'un ami. Aussi serai-je partiale à son égard. En ce temps-là, mon nom était Hélène de Surgères..."

"Je suis toujours là et vous ne me reconnaissez pas"

"Je suis toujours là et vous ne me reconnaissez pas", écrit par ailleurs le narrateur dans l'un des extraits cités par le magazine :

"Depuis le temps que nous nous connaissons, vous l'aurez remarqué plus d'une fois : plus souvent que la duchesse de Guermantes, plus souvent que la Sanseverina ou mon amie Nane chère à Toulet, plus souvent que toutes nos héroïnes de roman, j'ai beaucoup changé de vêtements. J'ai porté la tunique, la toge, la cuirasse, le voile, le pourpoint, les hauts-de-chausse, le frac, le froc, le complet veston, la dentelle, la mousseline, la jaquette, le corset, la cotte, la cotte d'armes ou de mailles, la salopette, le heaume, le haubert, le vertugadin, le jean, la crinoline, la soutane. Je me mettais à enfiler la blouse du médecin, de l'infirmière, de la pharmacienne, du laborantin, du technicien. Longtemps traitée par l'indifférence, par le stoïcisme, par le mépris, la santé devient une de vos préoccupations majeures, la clé et le but de la politique et de la science. Les précurseurs, les fondateurs, il était encore possible de les distinguer. Impossible de suivre la médecine et la science dans leurs aventures sans fin et dans leur développement. Elles m'envahissent tout entière. Elles se confondent avec moi comme je m'étais confondue jadis avec les conquérants, les peintres ou les poètes. Vous savez ce que je fais, ce que je n'ai cessé de faire ? Je change. Comme l'univers, la vie, le temps, je change et je reste la même. Je suis toujours là, et vous ne me reconnaissez pas."

Le 7 décembre dernier, deux jours après le décès de son père, Héloïse d'Ormesson, très émue, avait présenté sur le plateau de "La Grande Librairie" les toutes dernières lignes manuscrites trouvées sur le bureau de l'écrivain-académicien.