Décès de Yambo Ouologuem, premier Renaudot africain et écrivain sulfureux

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/10/2017 à 15H43, publié le 20/10/2017 à 15H32
L'auteur malien Yambo Ouologuem le 1er août 1971

L'auteur malien Yambo Ouologuem le 1er août 1971

© AFP

L'écrivain malien Yambo Ouologuem, premier Africain lauréat du prix littéraire français Renaudot pour son roman controversé et devenu mythique," Le devoir de violence", est décédé dimanche à Sévaré, dans le centre du Mali, à l'âge de 77 ans.

"Yambo Ouologuem est mort dans un hôpital de Sévaré" dans la région de Mopti. "Il était souffrant depuis un moment", a indiqué à l'AFP Issa Ouologuem, un membre de la famille de l'écrivain.
 
Né le 22 août 1940 à Bandiagara, dans le pays Dogon, à l'époque au Soudan français et aujourd'hui au Mali, il a étudié dans son pays puis en hypokâgne au lycée Henri-IV à Paris et à l'Ecole normale supérieure. Il était licencié en lettres et en philosophie et avait un diplôme d'études supérieures d'anglais.
 
Il enseigne plusieurs années au lycée de Charenton (Val-de-Marne) et publie au Seuil son premier livre, "Le devoir de violence", en 1968. Bien reçu par la critique, son roman reçoit le prix Renaudot mais Yambo Ouologuem est rapidement accusé d'avoir plagié André Schwarz-Bart et Graham Greene. Il affirme que ce ne sont que des emprunts et que son éditeur a ôté les guillements. Le Seuil retire l'ouvrage de la vente en 1971.

Une critique de l'Afrique précoloniale malvenue après les indépendances

Racontant l'histoire, depuis le 13e siècle, des Saïfs, une dynastie qui livre l'Afrique aux conquêtes arabes et à la colonisation occidentale, Yambo Ouologuem pratique dans son livre une critique de l'Afrique précoloniale mal vue juste après les indépendances.
 
"Une hardiesse au moment où tout écrivain africain était censé célébrer les civilisations africaines", soulignait l'auteur congolais Alain Mabanckou l'été dernier dans Jeune Afrique, alors que le mensuel revenait sur "Devoir de violence".
 
"Le roman est reçu par une bonne partie des élites africaines comme une trahison", raconte Jeune Afrique. Léopold Sédar Senghor notamment l'a vertement critiqué.
 
Le livre a été traduit en plusieurs langues et a fait l'objet d'innombrables thèses, dissertations ou articles, notamment aux Etats-Unis.

Yambo Ouologuem était retourné vivre au Mali

Yambo Ouologuem avait aussi publié un livre érotique, "Les Mille et une Bibles du sexe", en 1969, sous un pseudonyme, et un pamphlet, "Lettre à la France nègre", réquisitoire contre la France.
 
Dégoûté, Yambo Ouologuem avait quitté définitivement la France pour retourner vivre au Mali, à l'écart du tumulte, et n'avait plus publié.
 
Le Serpent à Plumes avait réédité "Le devoir de violence" (épuisé) en 2003, la "Lettre à la France nègre" est disponible aux Editions du Rocher qui l'ont rééditée également en 2003.