Décès de l'écrivain Aharon Appelfeld, voix des victimes des camps nazis

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/01/2018 à 10H30, publié le 04/01/2018 à 09H06
L'écrivain israélien Aharon Appelfeld en 2010 à Lyon

L'écrivain israélien Aharon Appelfeld en 2010 à Lyon

© Andersen Ulf /SIPA

L'écrivain israélien Aharon Appelfeld, une des voix les plus importantes de la littérature israélienne qui avait survécu à la Shoah en Ukraine, est décédé dans la nuit à l'âge de 85 ans, ont annoncé jeudi ses proches. Il avait consacrée son œuvre en grande partie à la vie des juifs en Europe avant et pendant la Shoah.

Aharon Appelfeld était né en 1932 dans un village près de Czernowitz, ville roumaine aujourd'hui en Ukraine, dans une famille juive. Sa mère est assassinée par les nazis et lui est déporté avec son père dans un camp. Il s'en évade seul en 1942 et survit ensuite dans les forêts, "adopté par un gang de criminels ukrainiens".

Garçon de cuisine pour l'armée rouge

Recueilli ensuite par les Soviétiques, il devient "garçon de cuisine" pendant neuf mois pour l'Armée rouge, qu'il quitte en 1945. Après avoir traversé l'Europe avec un groupe d'adolescents orphelins, il gagne l'Italie et immigre en Palestine mandataire.
 
"Personne ne voulait des orphelins en Europe. Le seul endroit où l'on pouvait aller était la Palestine", racontait l'écrivain dans un entretien à l'AFP en 2010.
 
Aharon Appelfeld retrouve son père, lui aussi survivant de la barbarie nazie, en 1957 en Israël.
 
Son premier livre parait en 1962 et sera suivi par plus de 40 ouvrages, romans et recueils de poèmes, écrits en hébreu et traduits dans de nombreuses langues. Il raconte dans son autobiographie "Histoire d'une vie" (1999) comment il a survécu à la Shoah.

De nombreux prix

Récipiendaire de nombreux prix à travers le monde, l'écrivain avait notamment reçu le prestigieux Prix d'Israël en 1983 et le Prix Médicis étranger en 2004 pour son autobiographie.
 
Aharon Appelfeld refusait d'être classifié comme un écrivain de la Shoah même s'il avait donné une voix à ceux qui n'avaient pas survécu. "Vous ne pouvez pas être un écrivain de la mort. L'écriture suppose que vous soyez vivant", avait-il confié à l'AFP.
 
Professeur de lettres à l'université Ben Gourion de Beersheva, dans le sud d'Israël, de 1979 jusqu'à sa retraite, il avait publié son dernier roman, "La Couronne de fer", il y a quelques mois. Homme de gauche, il était membre du Parti travailliste.
 
Il était un ami de l'écrivain américain Philip Roth et ce dernier en avait fait un personnage de son roman "Opération Shylock".
 
La ministre de la Culture israélien Miri Regev a déploré la disparition du romancier "qui nous a laissé des histoires de vie entières qui resteront dans notre souvenir collectif et personnel".

Son dernier roman,"Des jours d'une stupéfiante clarté" (L'Olivier), doit paraître aux éditions de L'Olivier en février 2018. Aharon Appelfeld y fait le récit de l'errance de Theo Kornfeld, âgé de 20 ans, à travers les paysages de l'Europe centrale. Le jeune homme a quitté le camp de concentration abandonné par ses gardiens à l’approche des Russes. Ce dernier roman, annonce la maison d'édition, est traversé par les questions qui ont toute sa vie hanté l'écrivain : "Comment vivre après la catastrophe ? Comment concilier passé et présent, solitude et solidarité ? Comment retrouver sa part d’humanité ?".