Au Havre, sur les traces de Raymond Queneau

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/02/2014 à 17H43, publié le 10/02/2014 à 16H47
Raymond Queneau raconta à sa façon sa naissance et sa vie au Havre de 1903 à 1920

Raymond Queneau raconta à sa façon sa naissance et sa vie au Havre de 1903 à 1920

© France 3 Culturebox

C’est dans le métro parisien que Raymond Queneau a campé les aventures de sa célèbre Zazie. Et pourtant, c’est au Havre que le célèbre écrivain a vu le jour en 1903. Il y vécut jusqu’au baccalauréat avant de partir pour Paris. La ville portuaire a changé, mais de sa maison natale à son lycée en passant par la bibliothèque, le visiteur peut encore partir sur les traces de Raymond Queneau.

Reportage : Christiane Lablancherie /Jean Letellier / Sylvain Chemin / Stéphanie Pierson 

https://videos.francetv.fr/video/NI_142071@Culture

Rien ne prédestinait le petit Raymond Queneau à devenir un des écrivains et poètes les plus inventifs du XXe siècle. Ses parents possédaient une mercerie au Havre et Raymond fut leur unique enfant, plutôt sage, bon élève et surtout doté d’une curiosité insatiable pour à peu près tout. Quand en 1920, il décide d’étudier la philosophie, ses parents partent s’installer à Epinay-sur-Orge pour permettre à leur fiston de poursuivre sa licence de philo à Paris.

Quatre ans plus tard et son service militaire effectué, il devient un membre actif du mouvement surréaliste, côtoie André Breton et Jacques Prévert. Mais si le jeune Queneau cherche son style, il a déjà horreur de s’enfermer dans une mécanique, aussi créative fut-elle. Dès 1929, il rompt avec Breton et l’ensemble des surréalistes. Après quelques années difficiles, il publie son premier roman en 1933, "Le Chiendent", qui pose les bases du style Queneau avec, derrière une apparente légèreté où se mêle langage écrit et oral, une vraie logique mathématique.
Raymond Queneau en 1951

Raymond Queneau en 1951

© AFP
Touche-à-tout et infatigable curieux, Queneau exerce plusieurs métiers : journaliste mais aussi traducteur et correcteur aux Editions Gallimard (il en deviendra le secrétaire général), tout en continuant à publier des  ouvrages qui connaissent un vrai succès auprès de la critique. Malgré cela, à cette époque, Raymond Queneau reste peu connu du grand public. Mais les choses changent dès 1946, lorsque Juliette Gréco interprète un texte de Queneau, « Si tu t’imagines », qui deviendra un classique.
En 1947, il sort "Exercices de style", une réussite. L’écrivain décrit  un accident banal au cœur de Paris puis le raconte 99 fois en utilisant 99 styles d’écriture différents. Le style Queneau est alors reconnu et apprécié. L’homme aussi, à qui l’on propose de prendre la direction de l’Encyclopédie de la Pléiade en 1954. Mais la consécration  "populaire" de Queneau, ce sera bien sûr "Zazie dans le métro" qui paraît en 1959. Personnages fantaisistes, situations décalées, argot et jeux de mots, Queneau s’amuse et le public aussi. En 1960, Louis Malle porte le roman à l’écran et confirme ce succès.
Mais Raymond Queneau souffrira de voir le regard porté sur son œuvre, jugée essentiellement comique et légère alors que sa recherche sur l’écriture était plus large et complexe que cela. Illustration de ses recherches qui s’appuient sur la logique mathématique : "Cent mille milliards de poèmes", une œuvre poétique dans laquelle le lecteur combine des vers entre eux. C’est l’époque de l’Oulipo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle, un groupe créé en 1960 avec François le Lionnais, qui réunit écrivains, mathématiciens, poètes et logiciens autour de recherches sur la langue.

Raymond Queneau ne cessera pas de publier jusqu’en 1968. "Le vol d’Icare" sera ainsi son dernier roman. L'écrivain sera ensuite très affecté par la mort de sa femme Jeanine (la sœur d’André Breton) en 1972, et connaîtra des problèmes de santé. Son dernier ouvrage sera consacré aux mathématiques, son autre grande passion. Raymond Queneau mourra le 26 octobre 1976 à Paris.
 
Quelque citations de Raymond Queneau
 

Sa vision de la langue :
Toute forme de langage devrait être reconnue et libre d’exister sans ironie
Les mots, il suffit de les aimer pour écrire un poème
Parler c’est marcher devant soi
 
Zazie dans le métro :
Alors ? Pourquoi tu veux être institutrice ? Pour faire chier les mômes
Si tu comprends autant que moi, alors c’est que t’es moins con que t’en as l’air
 
Et quelques autres bons mots :
Elle était aussi bien de fesses que de face
Vous voyez comme c’est intéressant, les faits divers. Surtout quand ils ont lieu l’été
J’ai l’estomac dans les talons. On aimerait mieux avoir l’étalon dans l’estomac
Ca m’arrive souvent de ne penser à rien. C’est déjà mieux que de ne pas penser du tout