Pierre Guyotat remporte le prix Médicis pour "Idiotie"

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 06/11/2018 à 13H46, publié le 06/11/2018 à 13H39
Pierre Guyotat, écrivain

Pierre Guyotat, écrivain

© BALTEL/LAMACHERE AURELIE/SIPA

Pierre Guyotat a reçu mardi le prix Médicis pour son roman autobiographique "Idiotie" (Grasset), qui retrace son passage à l'âge adulte. L'écrivain avait déjà été honoré lundi du prix spécial du jury du prix Femina pour l'ensemble de son œuvre.

"Cette ‘Idiotie’ traite de mon entrée, jadis, dans l'âge adulte, entre ma dix-neuvième et ma vingt-deuxième année, de 1959 à 1962", résume l'auteur de "Tombeau pour cinq cent mille soldats". Agé aujourd'hui de 78 ans, il vient également de recevoir le prix spécial du jury du Femina ainsi que le prix de la langue française, les deux pour l'ensemble de son œuvre. Roman autobiographique, "Idiotie" est portée par un souffle qui ne faiblit jamais. Le récit commence à l'automne 1958. Le jeune Guyotat, âgé d'à peine 18 ans et donc encore mineur, a quitté Lyon pour Paris persuadé que c'est dans la capitale qu'il pourra accomplir son destin de poète. Son père, médecin, a lancé un détective privé à ses trousses.

Paris sous les ponts, premier roman et guerre d'Algérie

La vie est rude. Il dort sous le pont de l'Alma. Avec sa langue à la fois crue et ciselée, Guyotat nous régale de tableaux animés d'un Paris populaire qui n'est plus. Coursier, il épie un couple par un volet laissé entrouvert. Toutes les obsessions de Guyotat sont là : "j'entends les bouches se baiser, les salives clapoter, les dents tinter, les mains prendre, serrer, caresser fouiller, fouailler, les poils se frotter..."

En 1961, alors que son premier texte ("Sur un cheval") vient d'être accepté par le Seuil il est appelé sous les drapeaux pour servir en Algérie. Son esprit réfractaire ne fait pas bon ménage avec la discipline militaire. Tabassages, vexations des gradés, séjours au cachot... Pages hallucinantes et terribles. "Notre soumission, l'ignorance où l'on nous tient de tout ce qui est et vient, c'est un cauchemar dont, sortant de l'enchantement de la sottise, il faut se réveiller et rire..."

Ramené à la vie civile, Guyotat reste hanté par "tous les égorgés, tous les mutilés du nez, des lèvres, des oreilles, tous les énucléés, tous les démembrés, tous les désendraillés, tous les traqués abattus, tous les battus à mort, tous les déchiquetés, tous les enflammés, bébés jetés contre les murs, mères enceintes éventrées, toutes les violées, tous les torturés (...) victimes à retardement du crime originel de la conquête". Il retourne à Paris, "vers la faim" mais "décidé à en découdre".

Les autres lauréats du Médicis

Rachel Kushner a pour sa part remporté le Prix du roman étranger pour "Le Mars Club", traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter (Stock), tandis que Stefano Massini a remporté le Prix essai pour "Les Frères Lehman" (Globe).

L'an dernier, le prix Médicis avait récompensé Yannick Haenel pour "Tiens ferme ta couronne" (Gallimard) dans la catégorie romans français et l'Italien Paolo Cognetti pour "Les huit montagnes"(Stock) dans la catégorie romans étrangers. Le prix Médicis de l'essai avait été décerné à l'Américain Shulem Deen pour "Celui qui va vers elle ne revient pas" (Globe).