Kaouther Adimi lauréate du Renaudot des lycéens avec "Nos richesses", un portrait du premier éditeur de Camus

Publié le 15/11/2017 à 09H43
Kaouther Adimi Prix Renaudot des lycéens

Kaouther Adimi Prix Renaudot des lycéens

© Hermance Triay

La jeune romancière algérienne Kaouther Adimi a reçu mardi le prix Renaudot des lycéens pour "Nos richesses" (Seuil), a-t-on appris auprès de son éditeur, retrace la vie du libraire algérois Edmond Charlot, le premier éditeur d'Albert Camus dans les années 1930.

Le Renaudot des lycéens, organisé par l'association des Amis de Théophraste Renaudot de Loudun (Vienne) est choisi par des lycéens issus de 14 lycées des académies de Poitiers, Limoges et Nantes.

Dans ce troisième roman de l'écrivaine âgée de 31 ans, Kaouther Adimi nous fait visiter sa ville. "Nos richesses" (Seuil), qui était en lice pour le Médicis, est un roman sur la ville d'Alger, ville accablée par le chômage, la pauvreté et le souvenir des années noires du terrorisme islamique. Dès les premières pages, la romancière nous entraîne jusqu'à la rue Hamani, "l'ex-rue Charras", où au N°2 bis on peut lire cette inscription : "Un homme qui lit en vaut deux"". C'était ici que se tenait la librairie d'"Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de 21 ans, ouvrit la librairie de prêt 'Les vraies richesses'" (le titre d'un texte de Jean Giono).

Deux récits entrelacés : Alger hier et aujourd'hui 

Kaouther Adimi mêle deux histoires, celle de la librairie et d'un jeune Algérien de 20 ans prénommé Ryad, étudiant à Paris, revenu à Alger pour occuper un petit boulot: repeindre la devanture du 2 bis rue Charras et la vider des derniers livres qui y restent. Un nouveau propriétaire veut transformer l'ancienne librairie en magasin de beignets.

La jeune romancière alterne les scènes entre le Alger d'aujourd'hui et cet Alger disparu des années 1930. On croise Albert Camus, Henri Bosco, Max-Pol Fouchet, Emmanuel Roblès ou encore Kateb Yacine. Kaouther Adimi publie des extraits (fictifs) du journal de Charlot qui a définitivement quitté l'Algérie en 1962 avant de mourir à Pézenas en 2004.

Hymne à la littérature

Le 3e roman de Kaouther Adimi est un très beau portrait d'Edmond Charlot, amoureux des lettres et des livres. Un aventurier de la culture, qui toute sa vie, malgré les infortunes et les aléas de l'histoire, a œuvré pour une certaine idée de la littérature, de l'édition, qu'il voulait ouverte et tolérante, respectueuse des uns et des autres. Le livre s'achève sur une page déchirante de Jules Roy, ami d'Edmond Charlot, extraite de ses "Mémoires barbares". "Nous fûmes son rêve", écrit le romancier en parlant de son ami. "A la bourrasque il tint tête tant qu'il put. Je ne l'entendis jamais protester contre l'injustice ni maudire l'infortune qui l'accablait. Par moments, il m'arrive de me demander si nous avons été assez dignes de lui".

On est frappé par la douceur et la pudeur du récit, qui relate pourtant aussi des faits d'une extrême violence, mais que la romancière évoque dans les silences, hors champs. Le roman de Kaouther Adimi est aussi et surtout un hymne à la littérature, aux mots, aux livres, à la culture, qui sont "nos vraies richesses", celles qui ont le pouvoir de nous sauver.

L'an dernier, le prix avait été attribué à Lenka Hornakova-Civade pour "Giboulées de soleil" (Alma).

"Nos richesses", Kaouther Adimi 
(Seuil - 215 pages - 17 €)

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© Laurence Houot / Culturebox, d'après une photo d'Hermance Triay