Goncourt des Lycéens : ce que Nicolas Mathieu, Prix Goncourt, a à leur dire, et réciproquement

Mis à jour le 09/11/2018 à 10H11, publié le 09/11/2018 à 10H12
Nicolas Mathieu, Prix Goncourt 2018 avec "Leurs enfants après eux" (Actes Sud)

Nicolas Mathieu, Prix Goncourt 2018 avec "Leurs enfants après eux" (Actes Sud)

© Vincent Isore / MAXPPP

Couronné du prix Goncourt, Nicolas Mathieu, dont le roman d'apprentissage sur l'adolescence "Leurs enfants après eux" (Actes Sud) reste en course pour le Goncourt des lycéens, s'enthousiasme de sa rencontre et de ses échanges avec les lycéens.

Nicolas Mathieu a rencontré ses jeunes lecteurs lors des rencontres régionales organisées dans le cadre du Prix Goncourt des Lycéens, et il n'a pas été déçu. Engouements ou colères, son livre a suscité des réactions chez les lycéens. 
 
Le roman traite de l'adolescence dans les années 1990. Pensez-vous qu'il parle encore aux jeunes du prix Goncourt des lycéens ?
C'est sûr que le roman est très ancré temporellement, car il y a beaucoup d'éléments biographiques. J'ai été ce garçon qui se prend des vestes avec les filles, qui passe son temps à fumer des pet' et qui arpente sa ville en cyclomoteur. Après, l'époque c'est un point d'ancrage qu'on se donne pour faciliter la tâche. Car les structures de l'adolescence, c'est-à-dire le désir et le malaise, l'ennui et la fringale, cette envie d'exploser et en même temps de se sentir très contraint, ces allers-retours entre l'enfance et l'âge adulte... C'est demeuré exactement pareil."

Pourquoi écrire sur l'adolescence, qu'attendez-vous que vos jeunes lecteurs en retirent ? 
J'avais envie d'écrire un roman d'apprentissage sur l'adolescence, parce que j'aime beaucoup ce genre de bouquin et les teen movies en général. Quand c'est bien fait, c'est vraiment merveilleux. Un roman d'apprentissage c'est un roman de désillusion. L'adolescence a été une période vraiment importante pour moi, que j'ai très mal vécue. C'était une charnière très brutale, mais aussi le moment où j'ai découvert des auteurs majeurs, qui m'ont marqué. C'est là que j'ai lu "Madame Bovary", Bukowski ou "Voyage au bout de la nuit". Je me rendais compte pour la première fois qu'il y avait des manières d'écrire qui vous font comme des électrochocs dans la poitrine.

J'étais très mal, seul dans ma chambre, et les livres m'ont sauvé. Je ne me sentais plus aussi seul, je me trouvais des alliés chez les écrivains et des raisons d'espérer.

J'espère que ça arrive aussi aux adolescents qui me lisent, même si le roman est plutôt destiné aux adultes. Qu'il y en a qui se disent à propos du bouquin +mais oui c'est trop bien vu !+. Je n'attends rien d'eux d'autre qu'ils aient le soulagement immense qu'on mette des mots à leur place sur les choses. 

Comment s'est passé le face-à-face avec les lycéens lors des rencontres régionales ?
Je retire de ces rencontres leur franchise. Le truc intéressant, c'est qu'ils sont encadrés, mais pas censurés par les profs. Les questions sont assez abruptes et nous laissent parfois à poil ! L'autre jour, une gamine qui m'a demandé +Pourquoi tant de vulgarité quand vous parlez de sexe, pensez-vous que les lycéens ne pensent qu'au sexe et sont incapables d'aimer ?+. Je suis admiratif de son courage, après il faut y aller pour répondre à ça ! Elle était heurtée par le livre, ça lui a déplu profondément, ça l'a sans doute même mise en colère. Et elle avait bien préparé sa question pour me la mettre en pleine face. C'est gagné. C'est ça le job de ce dispositif, qu'ils se rendent compte que le livre est vivant, que ça suscite des colères et des engouements, que c'est pas juste une discipline pour faire ses humanités.