Daniel Rondeau reçoit le Grand prix du roman de l'Académie française

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/10/2017 à 18H03, publié le 26/10/2017 à 17H09
Daniel Rondeau à Paris en mars 2014

Daniel Rondeau à Paris en mars 2014

© IBO / Sipa

Écrivain, journaliste et diplomate, Daniel Rondeau a reçu jeudi le Grand prix du roman de l'Académie française, pour son ouvrage "Mécaniques du chaos" (Grasset), a annoncé l'Académie.

"Mécaniques du chaos" est un roman polyphonique, mené comme un thriller, décrivant la préparation d'un attentat islamiste en France. "Ce roman représente la somme de tous mes engagements littéraires et personnels depuis plusieurs années", a estimé Daniel Rondeau après la remise de cette récompense. "Je ne suis pas content, je suis très content."

Ancien ambassadeur de France à Malte et par deux fois candidat malheureux à l'Académie française, Daniel Rondeau, 69 ans, est également sélectionné pour le prix Renaudot qui sera décerné le 6 novembre.

L'écrivain diplomate était en lice face à Yannick Haenel, au romancier haïtien Louis Philippe Dalembert et à la romancière Julie Wolkenstein, fille de l'ancien académicien Bertrand Poirot-Delpech. Il a obtenu 14 voix contre 13 à Yannick Haenel, et une à Louis-Philippe Dalembert, a annoncé le secrétaire perpétuel de l'Académie française Hélène Carrère d'Encausse.

Daniel Rondeau avait été repêché par les Académiciens qui ne l'avaient pas retenu sur leur toute première liste.

"Un roman polyphonique, extrêmement original"

Écrivain engagé (notamment en faveur des chrétiens libanais), Daniel Rondeau cherche à tout embrasser. Chaque court chapitre se déroule dans un lieu différent. "C'est un roman polyphonique. C'est extrêmement original, à la fois par le thème traité et la structure", a estimé Hélène Carrère d'Encausse, interrogée par l'AFP.

Soucieux de décortiquer les mécanismes de préparation d'un attentat, Daniel Rondeau emmène son lecteur, au risque de l'abasourdir, de Somalie en Éthiopie, de Turquie en Irak, de Libye en Algérie, ou encore dans une tour de La Défense, dans la banlieue déshéritée de Paris ou dans la prison de Fleury-Mérogis, contrôlée par des détenus islamistes.

Il est question de terrorisme, mais aussi de trafic d'œuvres d'art et d'êtres humains. C'est un monde qui se délite que décrit Rondeau dans un livre où la mélancolie le dispute au désenchantement. Son narrateur, Sébastien Grimaud, est archéologue, spécialiste de l'Antiquité. Mais le roman foisonne de voix singulières. Il y a celle d'Habiba, "boat-people" somalienne rescapée d'un naufrage sur les côtes maltaises, de Moussa, chef de milice esclavagiste, de Levent, diplomate turc au jeu ambigu, de Bruno, policier de la brigade antiterroriste, de M'Bilal, caïd salafiste, de Sami, fils d'immigré algérien, modèle d'intégration en voie de radicalisation, ou encore de Harry, pauvre gamin orphelin d'une cité pourrie de banlieue, utilisé comme "guetteur" par des dealers...

"Mes personnages sont un peu perdus dans la vie"

"Tous mes personnages sont un peu perdus dans la vie", a résumé l'écrivain, interrogé par des journalistes. "J'aborde la vie difficile pour des gens qui habitent dans des banlieues où la République, dans son œuvre d'éducation et son oeuvre d'autorité, a été un peu défaillante".

Tous ces destins vont se croiser ou se frôler. On peut se perdre parfois dans cette toile d'araignée, mais jamais très longtemps.

Ex-militant d'extrême gauche, journaliste, éditeur, ambassadeur

Ancien militant d'extrême gauche (avec les "maos" de la Gauche prolétarienne), journaliste à Libération puis au Nouvel Observateur, Daniel Rondeau a écrit de nombreux romans et essais, dont "Chagrin lorrain" (1979) son premier livre et parfois considéré comme l'un de ses meilleurs. On lui doit aussi "L'enthousiasme" (1988) où il relate son expérience d'ouvrier "établi" en usine, "Alexandrie" (1997) récompensé par le prix des Deux Magots, "Vingt et plus" (2014) et, l'an dernier, "Boxing-club" où il parle de sa passion pour la boxe, un sport qu'il pratique régulièrement.

Éditeur, il a fondé la maison d'édition Quai Voltaire en 1987 avec Gérard Voitey, avant de diriger la collection Bouquins chez Robert Laffont. Ambassadeur de France à Malte en 2008, il avait été nommé en 2011 délégué permanent de la France auprès de l'Unesco, poste dont il a démissionné en 2013.

À la fin du roman, Sébastien Grimaud s'interroge et l'on croit entendre la voix de Daniel Rondeau: "Je me demande de plus en plus souvent si nous ne sommes pas en train d'assister à la fin d'un cycle en Occident et ailleurs, et à la disparition progressive mais inéluctable de cette vie chrétienne qui dure depuis deux mille ans".

L'an dernier, le Grand prix du roman de l'Académie française, doté de 10.000 euros, avait été attribué à Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour "Le dernier des nôtres" (Grasset).