Road Tripes, un drôle de polar déjanté signé Sébastien Gendron

Par @OlivierFlandin
Mis à jour le 17/04/2013 à 18H17, publié le 16/04/2013 à 16H42
Sebastien Gendron, l'auteur de Road Tripes

Sebastien Gendron, l'auteur de Road Tripes

© Arnold Gendron

Pour son septième livre, Sébastien Gendron part sur les traces de deux losers pas magnifiques pour un sou, dans une ambiance de western spaghetti de routes départementales et de zones commerciales.

Comment bien gâcher sa vie jusqu’au bout quand on a tout pour réussir ?
C’est un peu l’idée de ce livre qui suit deux hommes qui se rencontrent à l’occasion d’un petit boulot de distribution de prospectus. Si l’un est un paumé, sans aucune culture et visiblement un peu fou, l’autre apparaît (au départ) comme tout à fait équilibré mais simplement dans une mauvaise passe.

Au chômage après un divorce cet homme se révèle être un gâté de la vie dont le seul problème est d’avoir trop longtemps hésité entre une carrière de dentiste (après ses études, son père lui laisse son cabinet) ou de réaliser son rêve de devenir un grand pianiste, lui dont le talent a été remarqué par les plus grands.

Un drôle de périple
"- Gandhi ? L’autre nègre qui est en taule en Afrique du sud ?
- Non, lui c’est Mandela. Et ça fait vingt-deux ans qu’il est sorti de prison.
-Quoi ? Il s’est échappé ? "

 
Vincent se laisse donc aller à suivre Carrel, son nouveau camarade de galère, dans un périple absurde qui part de la région de Bordeaux jusqu’à la vallée du Rhône, en laissant derrière eux d’énormes dégâts et quelques flaques de sang évitables.
Une sorte de championnat du monde des losers, qui sera l’occasion de croiser les membres d’une secte étrange en Lozère, un collectionneur de voitures très rancunier et bien d’autres personnages rencontrés au hasard d’une course sans logique, si ce n’est  pour les protagonistes de faire toujours le pire des choix. Pour eux et surtout pour les autres.

Drôle et violent
On pense parfois à Tarantino, quand la violence est si incompréhensible qu’elle en devient drôle mais aussi à Depardieu et Dewaere dans Les Valseuses. Le film de Bertrand Blier  se déroule aussi dans la Drôme, et il est aussi question d’un propriétaire de DS Citroën qui a le malheur de se trouver  au mauvais endroit au mauvais moment. On croisera  aussi un policier dont le nom est "Personne", façon western spaghetti. Les références, au 7em art  sont très nombreuses chez Sébastien Gendron qui a fait des études de cinéma (il est aussi réalisateur)  avant de se consacrer à la littérature.
 
La couverture de Road Tripes de Sébastien Gendron

La couverture de Road Tripes de Sébastien Gendron

© Albin Michel
Lecture en musique
Ce polar peut également se lire en musique grâce à une playlist proposée en page intérieur.  On y retrouve notamment Johnny Hallyday, à l’origine d’une sérieuse empoignade entre les deux protagonistes :
 
«  …J’étais sans doute allé un peu  loin avec Johnny Hallyday. Après tout, ça ne faisait que cinquante  ans que ce chanteur à la voix de scie sauteuse polluait les ondes et, à l’échelle des générations humaines, on avait  peut-être mal anticipé les retombées toxiques de ses chansons sur la partie la plus faible de la population. On allait bientôt être confrontés a une armée de fondamentalistes hallydiens semi-peroxydés qui, comme Carell, nous sauteraient à la gorge  sitôt qu’on émettrait un soupçon de moquerie. »

Pour le plaisir des dialogues
Mais toutes ces références ne doivent surtout pas masquer le talent de l' auteur, pour sa plume et son imagination, son sens du rythme et des dialogues. Car plus que d’aller au cinéma ce livre donne surtout envie de lire et de se replonger dans la lecture de « Quelque chose pour le week-end » (édition Baleine, 2011), le précédent livre de Sébastien Gendron, lui aussi hilarant, qui mêlait trafic de cocaïne, invasion de grands pingouins et meurtre conjugal dans une petite bourgade britannique devenue totalement folle. Pour le plus grand plaisir des amateurs du genre, qui aiment à la fois Christopher Moore et Jean-Bernard Pouy.

"Road Tripes " de Sébatien Gendron - Albin Michel - 288 pages  - 17€